10 ans de relevés météorologiques aux Grivauds : un bilan riche en enseignement

Cette semaine, c’est de nouveau Fabrice qui prend le relai sur le blog. Et cette fois-ci, il nous a concocté un bilan météorologique de l’année 2020, ainsi que de l’ensemble de l’histoire de l’ÉcoJardin, depuis sa création en 2011, jusqu’à aujourd’hui.

Monsieur météo, voilà un surnom qui me colle à la peau ! Quel temps fera t-il demain, la semaine prochaine ? Combien a t-il plu hier, le mois dernier ? Autant de questions qui me sont posées depuis plusieurs années par des voisins, des collègues, des clients… Je suis parfois un peu gêné de dire les choses… Oiseau de mauvaise augure !

Un bon vieux pluviomètre que nous relevons tous les jours

La climatologie est une de mes passions, certainement la plus ancienne. J’ai commencé à consigner certaines observations à partir de 1985[1]une année très particulière qui a marqué ma mémoire, un certain mercredi 16 janvier 1985 aux alentours de 7h30 le pont de Sully sur Loire (Loiret) s’effondrait dans le fleuve ; ce matin là la … Continue reading. J’ai très vite récupéré un pluviomètre que j’ai installé dans le jardin de mes parents à Saint Benoit sur Loire dans le Loiret. Mon père continue de relever les quantités de pluie depuis mon départ en 1997. J’ai poursuivi à Manglieu, petit village du Puy-de-Dôme dans lequel j’ai passé une dizaine d’années. Et depuis 2011 je consigne les données de Pierrefitte sur Loire. L’intérêt est personnel mais il participe aussi à la mémoire collective ! Et comme pour tout jardinier, le temps qu’il fait, qu’il a fait ou qu’il fera a une incidence sur notre travail et nos choix techniques !

Mais venons-en au sujet qui nous intéresse aujourd’hui : le bilan météorologique de l’année écoulée.

Une année 2020 encore une fois marquée par un très fort déficit pluviométrique qui débute après un hiver particulièrement sec (gros déficit de janvier à mars). Des températures assez douces sans véritable excès à part des journées caniculaires qui deviennent récurrentes ! L’année démarre très vite par un fort ensoleillement et des températures douces sans pluies significatives jusqu’à fin avril puis une petite période plus humide et plus grise suit jusqu’à mi-juin (58mm dans la journée du 12 juin!). Ensuite nous avons encore une période bien sèche et ensoleillée jusqu’à la mi-septembre, suivie d’un mois très pluvieux (160mm sur 30 jours !). La fin d’année est encore une fois particulière avec quasiment aucune pluie en novembre et à nouveau du temps gris (18 jours de pluie en décembre). En ce qui concerne les températures minimales que nous suivons également, 57 jours de gel le matin, tout à fait dans la normale ici, la dernière gelée le 14 avril avec -2,3°C et la première le 19 octobre (-0,5°C). La température la plus basse de l’année, -6,1°C, a été enregistrée à deux reprises, le 21 janvier et plus étonnamment le 1er avril !

Pluviométrie mensuelle (et nombre de jours de pluie) de l’année 2020 aux Grivauds

Pour les maraîchers que nous sommes, c’est le nombre de jours de gel entre le 1er mars et la fin avril qui nous impacte le plus, l’effet est immédiat sur le démarrage de la saison de production. Cette année ce sont 18 jours de gel (13 en moyenne sur les dix dernières années). Autant dire de belles nuits de stress quand on sait qu’il va geler mais qu’on ne sait pas à quel point ! Et tous les ans son lot de stress ! Le vent, le gel, la grêle, la sécheresse et l’excès d’eau sont des choses auxquelles se confronte tout paysan, et depuis 10 ans il s’en est passé des choses !

Des évènements météorologiques sont venus perturber le jardin durant ces années. Un énorme coup de vent le 28 avril 2012 réduit à néant une de mes serres de 50m de long et en endommage une deuxième, tout est à replanter et reconstruire dans l’urgence ; un an après la création du jardin c’est un coup dur ! Les 2 années qui suivent sont très humides et je peine à cultiver d’autant plus que je travaille le sol et que la parcelle n’est pas drainée ! Le 6 juillet 2019 c’est un orage de grêle qui vient nous assommer en pleine saison, décidément le climat n’est pas tendre pour l’humain qui l’affronte !

Pluviométrie annuelle des 10 dernières années ; attention : données incomplètes pour 2011

Sur les 3 dernières années on accuse un déficit de plus de 500mm de pluie, c’est à dire 20% de pluviométrie en moins par an ! Les conséquences sont très importantes sur nos cultures mais bien plus sur les plantes pérennes comme les arbres fruitiers qui souffrent énormément ; de nombreux pommiers sont morts depuis 2 ans sur le site des Grivauds, et d’autres arbres aussi, des érables sycomores notamment.

Il n’en a pas été de même sur les dix dernières années. Le climat est assez changeant : des successions d’années globalement sèches ou humides se suivent à un rythme variable.

(Cliquez pour agrandir) Tableau récapitulatif de la pluviométrie mensuelle depuis la création de l’ÉcoJardin

Et côté températures ? Même si je ne note pas tout je peux dire que d’une année sur l’autre il y a des constantes comme les hivers doux, à part les 3 premières semaines de février 2012 ou les nuits sont très froides avec des minimales entre -10 et -15°C durant 11 jours ! Un autre phénomène notable est une période froide récurrente entre la fin février et début mars qui arrive bien souvent après une longue période douce. Et pour finir, les périodes de canicules deviennent fréquentes et ne sont plus concentrées sur juillet/août.

Sur les 10 années depuis la création de l’écojardin, nous avons eu 5 années très sèches, 3 très humides et 2 dans la normale.

C’est quoi la normale à Pierrefitte ? Eh bien c’est en moyenne une pluviométrie annuelle de 807mm, 118 jours de pluie (oui c’est peu finalement!), 53 jours de gel et des amplitudes importantes dans une journée (souvent 20°C entre le matin et le soir !) de mars à octobre. C’est ce qu’on nomme un climat océanique à tendance continentale.

Le climat est naturellement changeant mais ces changements deviennent globalement imprévisibles et brutaux, c’est un fait ! La nature encaisse tant bien que mal et le jardinier doit s’adapter. Cette adaptation passe par des changements dans le choix des variétés de légumes, des décalages dans les dates de semis et d’implantation des cultures, des protections spéciales quelque soit la saison et une utilisation réfléchie de l’eau d’irrigation. Des programmes de recherche/action sont en cours, nous sommes inscrits dans un de ces programmes au niveau de l’Auvergne, ce sera le sujet d’un prochain article !

Allez, je vous donne un bon tuyau, et c’est gratuit ! Il existe 4 jours dans l’année durant lesquels il n’a jamais plu en 10 ans : le 14 avril, le 29 août, le 3 et 10 septembre ; c’est le moment de prévoir un barbecue !

À la semaine prochaine !

PS : Vous trouverez un aperçu des chantiers de la semaine dans la galerie ci-dessous.

References

1 une année très particulière qui a marqué ma mémoire, un certain mercredi 16 janvier 1985 aux alentours de 7h30 le pont de Sully sur Loire (Loiret) s’effondrait dans le fleuve ; ce matin là la température descendait à -21°C, point culminant d’une vague de froid qui dura plus de 2 semaines. Heureusement pour moi et plusieurs dizaines d’autres collégiens, il n’y avait pas cours les mercredis ; c’était l’heure de passage des bus sur ce pont ! Je crois que c’est à partir de ce moment-là que je me suis intéressé à la climatologie et la météorologie.