Questionner le modèle agricole, encore et encore

Récolte de fraises avec Manon, Céline et Adeline. Manon nous certifie qu’elle ne mange que les fraises abîmées…

Il y a des petits hasards qui donne un peu de sel à certaines rencontres. Figurez-vous que Céline, qui effectue son dernier stage aux Grivauds cette semaine, et Manon, notre nouvelle wwoofeuse, se connaissent déjà ! Marche pour le climat, chantiers participatifs, on sent que leur fibre écologique les rapproche. Manon, c’est une graphiste qui va de wwoofing en wwoofing en quête de sens et d’apprentissages. Elle nous pose de nombreuses questions sur notre condition paysanne. Avec elle, on se demande comment notre modèle agricole pourrait sortir de la précarité et gagner en résilience. Et, justement, le projet de Céline est un support de réflexion pertinent. Céline reprend la ferme familiale, aidée de son frère. Sur sa ferme (Ferme du Chapi[1]https://www.lafermeduchapi.com/ ; Et si vous alliez y manger un bout ? Nous, on y songe en tout cas !, dans le Beaujolais), de nombreuses activités agricoles différentes : élevage, grandes cultures (dont des lentilles), légumes et restaurant. Les activités agricoles sont mécanisées, contrairement aux Grivauds. Ce modèle est plus rentable que le nôtre. Par contre, la charge de travail y est tout aussi vertigineuse : les journées sont très longues et les jours de congés sont rares. «Si c’est si peu rentable de produire des légumes, pourquoi le faites-vous alors ?» La question est parfaitement légitime et même Adeline, de retour aux Grivauds pour une nouvelle série de stages, se sent interpelée. Elle aussi ressent l’appel de la terre, l’envie de produire de beaux légumes, dans un cadre riche de biodiversité. Mais s’épuiser à la tâche, ça n’est un objectif pour personne ! Manon nous pousse à nous souvenir de nos motivations profondes, des raisons qui nous ramènent encore et encore à arpenter notre jardin, une caisse de récolte à la main, un plantoir dans l’autre.

Broyage de l’engrais vert

La semaine a été prodigieusement dense et tout avance à grande vitesse. L’engrais vert, notre fabuleux mélange de seigle et de vesce, est broyé, signe que les plantations de choux vont bientôt démarrer. On paille une butte pour des céleris-branches et des fenouils et une autre pour un gros semis de haricots nains. Fabrice se lance dans la plantation des poireaux : une première salve de 1500 est en terre. Des routines se mettent en place sur la ferme : le matin, on récolte et on pollinise les courgettes. Puis on récolte les fraises. Et on emmène tout ça à la bergerie. Le soir, on prend le temps de tailler et palisser nos tomates, qui poussent enfin à une belle vitesse. On profite de l’abondance de main d’œuvre pour chasser les doryphores et pour désherber le blé qui pousse sournoisement dans nos panais. Bref, on ne chôme pas !

Non, vous ne rêvez pas, désormais on roule en merco. L’irrésistible ascension sociale des maraîchers des Grivauds se poursuit.

Autre évènement d’ampleur : mardi, on a troqué enfin notre vieux camion rouge contre un camion bleu un peu plus jeune et un peu plus grand ! Nous voilà endettés de nouveau, mais on a bon espoir que ça nous permettra de gagner en tranquillité. Vous ne pouvez pas vous imaginer le stress que représentait pour nous chaque nouvelle panne. Est-ce réparable ? Est-ce coûteux ? Le camion pourra-t-il être réparé avant la prochaine livraison d’Amap, avant le prochain marché ? Le temps, l’énergie et l’argent que nous allons ainsi économiser nous permettront de nous consacrer pleinement à nos légumes. Et de garder les idées claires pour mieux défendre notre modèle agricole face aux questions de nos stagiaires et de nos wwoofeurs·ses…

À la semaine prochaine !

References

References
1 https://www.lafermeduchapi.com/ ; Et si vous alliez y manger un bout ? Nous, on y songe en tout cas !

Pas d’article mais quelques photos

Chers lecteurs, toutes nos excuses pour l’absence d’article ce week-end ! J’ai de bonnes raisons pour ne pas avoir trouvé le temps de m’en occuper, rassurez-vous. N’empêche, je m’en voudrais de vous négliger complètement, alors je vous ai concocté une petite galerie.

Dernier tour d’honneur pour Charly

Ah si, tout de même ! J’avais envie de dire un petit mot pour Charly, qui vient de terminer cette semaine son dernier stage aux Grivauds. Avec lui, nous avons traversé l’automne, l’hiver et le printemps. C’est peu dire que nos cultures doivent beaucoup à son efficacité. Et que sa générosité restera une grande source d’inspiration pour nous. On te souhaite bon vent, Charly. On te souhaite de terminer avec brio ta formation. On espère que tes pas t’amèneront à arpenter d’autres jardins, car tu y es parfaitement à ta place. Et on espère te revoir ici, bien entendu !

À la semaine prochaine !

Revenir aux Grivauds

Enfin des tomates visibles…

Ni jamais complètement différent, ni jamais tout à fait le même, notre jardin obéit à des cycles que nous tentons maladroitement d’apprivoiser. Le jaune exubérant d’une fleur de courgette, le port victorieux d’une tomate, le fier élancement des haricots à ramer, tout ça, on le retrouve d’année en année. Il nous a fallu attendre le retour de températures plus clémentes pour percevoir les dynamiques à l’œuvre. Nous avons traversé un printemps froid, mais c’était tout de même un printemps. Nos espaces non cultivés sont riches de fleurs de toute sorte et les graminées sont plus hautes que jamais. Tout notre jardin nous le criait depuis des semaines mais nous ne pouvions le percevoir, tant nous avions les yeux rivés sur nos cultures : le printemps est inéluctable. Mais il existe d’autres cycles qui n’obéissent pas à l’enchaînement des saisons : ceux des retours de nos petites mains…

Cécile, la Miss Courgettes des Grivauds, est de retour !

Tenez, prenez Cécile ! Après être passée trois fois l’année dernière, la voilà de nouveau parmi nous. Projet agricole ? Non, pas du tout. Dommage, d’ailleurs, parce quand elle n’écrase pas les œufs de limace ou de coccinelle, elle est la reine du paillage et des récoltes de courgettes. Vous la questionnerez sur ses motivations, nous, on n’a toujours pas bien compris ce qu’elle fait là, vu qu’elle nous charrie toute la journée (là, c’est le moment où vous nous plaignez). De manière générale, toutes les raisons sont bonnes pour nous demander de revenir : envie d’approfondir un apprentissage (jardinage, botanique, ornithologie, etc.), envie d’une parenthèse verte dans une vie trop grisouille, envie de voir comment évoluent les légumes qu’on a plantés ensemble, envie de voir le jardin sous l’éclairage d’une autre saison, tout nous convient. Avec ses quatre passages et ses huit semaines cumulées, Cécile détient désormais le record de présence au jardin… Cette année, des retours, on en a déjà connu deux autres : Milan (wwoofeur en 2018) et Adeline (wwoofeuse en 2019). Et c’est à chaque fois un plaisir immense de les entendre raconter leur voyage, leurs expériences, de nous donner des nouvelles du monde, de ce monde qui existe hors de notre ÉcoJardin et dont nous n’aurions que peu d’échos autrement.

Thibaut pollinise les courgettes

Aux côtés de Cécile, il y a encore le valeureux Thibaut, l’homme qui plante les céleris-raves plus vite que son ombre. Avec tout ce petit monde, on paille, on plante, on désherbe et on sème des carottes. Depuis que les températures sont reparties à la hausse, les besoins en taille et en palissage se font de nouveau sentir dans les tomates. Tant mieux ! Mais la grosse nouveauté de la semaine, c’est surtout la reprise des paniers de l’Amap de Bourbon-Lancy. Au programme : carottes nouvelles, oignons nouveaux, navets nouveaux, radis, chou chinois et salade. L’année dernière, pour mémoire, on avait déjà des courgettes et des petits pois. Ne vous inquiétez pas, ça viendra… En attendant, on est très heureux de retrouver nos Amapiens, qui font un bel accueil à nos légumes tout frais. À la sortie de ce printemps, on accepte tous les encouragements…

À la semaine prochaine !

Une reprise de l’Amap en forme de point d’interrogation

Ça, c’est l’eau qu’on draine depuis nos serres. Depuis qu’il a été creusé, ce fossé n’a quasiment jamais été à sec…

Jamais on n’a autant planté de légumes de printemps aux Grivauds. Jamais on n’a été autant inquiets pour la constitution des paniers de juin. Ce paradoxe, on vous en a déjà parlé plusieurs fois, il est du à un contexte météorologique d’une rare complexité. Car, redisons-le, le printemps a été dramatiquement froid et humide. Et, pour le moment, nos sites de prévisions n’arrivent pas à nous annoncer un retour aux normales de saison. La température plafonne à 15°C l’après-midi, les éclaircies sont rares et courtes et, comble du comble, on a souvent des nuits beaucoup plus claires que nos journées, ce qui fait qu’on se réveille régulièrement avec des petits 5°C. Quant aux précipitations, elles dépassent les 120 mm pour le mois de mai, ce qui en fait un mois excédentaire de 50%. Tous nos chemins sont boueux et les zones les plus basses de notre parcelle sont de nouveau inondées, comme en janvier. Est-ce qu’on vous parle de l’averse de grêle de la semaine, qui nous a sectionné quelques courges ? Non, on garde ça pour nous.

Ça c’est sûr, avec tout ce qu’il pleut, on a le temps de désherber nos cultures d’été (dont les poivrons et les aubergines). Et de constater qu’elles végètent.

Dans un tel contexte, nos légumes d’été prennent forcément du retard. Des plantes comme des aubergines, des poivrons ou des haricots, ça a besoin de beaucoup de chaleur. Dans les aubergines, seuls les pieds greffés semblent vraiment démarrer. Côté tomates, on sent un peu de croissance. Mais on ne voit pour le moment aucune tomate se former. On s’attend à une première récolte après le 15 juillet, trois semaines plus tard que l’année dernière. Les courgettes n’ouvrent pas des fleurs tous les jours et les pieds restent encore petits. Les paniers de juin et juillet vont être très délicats à préparer, on le sait déjà. Notre collègue de Sorbier, à l’Amap de Dompierre a déjà anticipé cette difficulté en proposant des paniers seulement une semaine sur deux en attendant les tomates. Allons nous devoir annuler des paniers ? C’est tout à fait possible. Allons-nous devoir renoncer au marché de Vichy pour pouvoir donner la priorité à nos paniers d’Amap ? Ça aussi, c’est à envisager.

Ce qui est sûr, c’est que cette météo printanière va avoir un impact économique non négligeable. Trois semaines de légumes d’été en moins sur l’année, c’est un sacré manque à gagner ! On sait bien que ça n’est la faute de personne et que tout le monde est logé à la même enseigne. Mais, n’empêche, ça nous rend quelque peu nerveux. Quand, mais quand la saison va-t-elle enfin démarrer ? Vendredi, on guette un intervalle sans pluie pour récolter les radis pour la vente à la ferme. Devant l’absence de créneau sec, je me résous à faire la récolte sous un petit crachin froid. On tourne en rond dans nos serres, impatients de pouvoir retourner travailler dehors, de planter nos céleris et nos betteraves. De pouvoir semer nos carottes et planter nos pommes de terre.

Palissage des tomates avec Elsa et Thibaut

Des bonnes nouvelles cette semaine ? Oui, tout de même ! On a semé nos panais, palissé une partie de nos tomates, planté des salades et du basilic. Mais surtout, on a terminé de planter nos courges ! Jamais on ne les a plantées aussi rapidement. Thibaut et Elsa, nos petites mains du moment, n’ont même pas eu le temps de s’en lasser et en redemandent encore… Heureusement qu’ils sont-là ces deux-là, d’ailleurs ! Parce qu’ils nous empêchent de sombrer dans la maussaderie, notamment grâce à une technique imparable : celle qui consiste à nous préparer de petites douceurs pâtissières quotidiennement ! Crumble de rhubarbe, tiramisu aux spéculoos, pain perdu… Sans parler des mayonnaises maison pour accompagner nos bâtonnets de carottes nouvelles. Elsa nous quitte ce week-end et on la remercie bien bas pour sa présence au cours de ces deux semaines. Elle cède sa caravane à une revenante aux Grivauds. «Une revenante ? Quelqu’un de connu sur ce blog ?» Oh que oui ! Allez, les paris sont ouverts !

À la semaine prochaine !

Produire de la matière organique in-situ avec des plantes spontanées

À gauche, un engrais vert à base de seigle et vesce. En face, une zone de jachère. Deux façons de produire de la biomasse in-situ. Notez tout de même la différence de hauteur…

D’accord, d’accord, ce n’est sans doute pas un titre d’article très aguicheur… Mais je vous encourage à vous accrocher un peu, car on va approfondir aujourd’hui un concept important dans le MSV (Maraîchage sur Sol Vivant) : celui qui dit qu’il faut constamment nourrir son sol. Qu’entend-on nous par «nourrir le sol» ? Eh bien, pour que le sol soit actif, pour qu’il soit auto-fertile (comme dans une prairie, ou dans une forêt), il faut qu’il ingère continuellement des matières organiques. Et plus ces matières sont carbonées, mieux c’est ! Aux Grivauds, nos sols sont principalement nourris à la paille. La paille est un intrant pour nous, car elle n’est pas produite sur place. On est obligés de l’acheter. En MSV, le must du must, c’est de produire sa matière organique directement sur le sol qui va la digérer. C’est le principe de l’engrais vert : on sème une céréale (et d’autres bricoles comme des légumineuses, des moutardes, des phacélies, etc.), on la laisse se développer et on la détruit. On bâche le mulch ainsi formé et on plante à travers. Avec un engrais vert, en plus des matières déposées sur le sol, il faut compter celles qui sont produites directement DANS le sol (les racines en décomposition et leurs exsudats). L’intérêt agronomique est énorme ! Malheureusement, réussir un engrais vert, c’est difficile en MSV. Comme nos sols sont couverts, les graines ont du mal à toucher terre. Et lorsque la levée se fait, elle est souvent très éclaircie par nos limaces. Il y a un semis qu’on réussit généralement bien, c’est celui d’automne, à base de seigle et de vesce. Mais sa réussite n’est pas systématique.

La planche de courgettes (à droite) était initialement en jachère (comme la planche de gauche). Mais c’était une jachère peu performante (avec beaucoup de potentilles notamment). On a ajouté une dose de paille au mulch avant de bâcher.

Il existe une deuxième manière de produire de la matière in-situ. Il suffit pour cela de laisser une planche de culture s’enherber spontanément. Ça prend un peu de temps (il faut compter une grosse année de jachère) mais ça ne demande vraiment aucun effort. Par contre, on ne va pas vous raconter des salades : ça ne produit pas autant de biomasse qu’un bon engrais vert. Surtout si la végétation est de type vivace rampante (potentille, renoncule, trèfle). Avec un peu de chance, on verra quelques graminées prairiales s’installer mais elles ne produiront jamais autant de paille qu’un blé, un seigle ou un sorgho. Alors, dans ce cas-là, après avoir broyé la végétation, on ajoute une petite couche de paille sur le sol. Et ensuite seulement, on installe la bâche. C’est précisément comme ça qu’on a procédé pour nos courgettes et nos courges. À une petite différence près : les courges ont été bâchées avant l’hiver. Alors que la planche des courgettes vient seulement d’être broyée. Du coup, les racines ne sont pas mortes et c’est difficile d’y faire pénétrer nos plantoirs.

Thibaut et Elsa à la récolte des épinards.

Et ce sont nos deux wwoofeurs de la semaine, Thibaut et Elsa, qui en font les frais… Tous les deux viennent d’horizon très différents : industrie pour Thibaut, architecture pour Elsa. Le premier a été déjà été wwoofeur, la deuxième non. Mais l’un·e et l’autre sont joyeusement volontaires et se fondent rapidement dans la faune grivaldienne (encore des amateurs de chats, d’ailleurs). Des paillages, quelques désherbages, de la plantation, la semaine avance vite et c’est déjà l’heure de préparer le marché de Vichy. Cette fois-ci, c’est Fabrice qui s’y colle et Thibaut et Elsa l’accompagne tous les deux. Un luxe inattendu puisque les deux se mettent rapidement à vendre comme s’ils avaient fait ça toute leur vie !

À la semaine prochaine !

On veut des fleurs dans nos tomates, on veut des fleurs dans nos courgettes !

On pourrait presque cacher un maraîcher dans notre seigle !

«C’est fou comme l’herbe a poussé !» s’exclame Charly. Il a seulement quitté le jardin une dizaine de jours et il nous explique à quel point il sent du changement, ne serait-ce que dans nos prairies. Et c’est vrai que depuis quelques jours, les graminées s’en donnent à cœur-joie. Aux fleurs de Vulpins et de Bromes mous s’ajoutent désormais celles des Pâturins des prés, des Houlques laineuses, des Fétuques élevées et des Flouves odorantes. J’adore ces floraisons, que je trouve toujours particulièrement élégantes et graphiques. Et puis, je comprends l’enthousiasme de Charly : en traversant le verger, on se sent désormais comme accompagnés dans la prairie tout au long du chemin qui mène vers les champs. Lorsqu’on marche au milieu de l’herbe haute, on se sent littéralement enveloppé de végétation, dilué dans un paysage dans lequel on ne pourra bientôt plus prétendre être vu de loin, dans lequel l’animal humain ne domine plus son chemin. L’herbe haute, ça rend un peu modeste. Aux tiges des graminées s’accrochent follement les vrilles des Vesces et les minuscules aiguillons des Gaillets gratterons. Et pendant que nos yeux se laissent accrocher par le vol d’une libellule ou d’un papillon, une vie discrète mais abondante s’installe à toutes les hauteurs de la prairie : des abeilles, des mouches, des punaises, des fourmis, des araignées et j’en passe. On obtient une belle biodiversité à bon compte en arrêtant simplement de tondre ces espaces verts… D’où vient dès lors que nous n’avions pas perçu ce changement d’ambiance, pourtant significatif ? C’est que notre esprit est ailleurs.

Des fleurs de tomate, on en veut encore et encore !

Notre esprit est tourné vers la première livraison d’Amap, dans deux semaines. Et en particulier, nous sommes obnubilés par les floraisons de nos courgettes et de nos tomates. Car, tout est un peu en retard dans notre ÉcoJardin. La faute à un printemps désespérément froid, qui retarde tout, ça vous le savez déjà. Les premières fleurs de tomates sont arrivées cette semaine et elles sont encore très discrètes. Les courgettes ont commencé leur floraison quelques jours plus tôt mais elles n’ont produit pour l’instant que des fleurs femelles. Ce qui signifie qu’aucune pollinisation n’est encore possible… De toute façon, compte-tenu du froid qui règne encore dans le jardin (4 à 6°C le matin, 13 à 15°C l’après-midi), les insectes pollinisateurs ne sortent presque pas… Dans les petits pois, la situation se décante tout doucement et on devrait pouvoir faire une première récolte avant la fin du mois. Par contre, nos haricots à ramer n’ont toujours pas démarré, ce qui est extrêmement préoccupant. Les pommes de terre sortent timidement de la paille et les rangs apparaissent par à-coups. Soyons justes : il y a quelques cultures qui démarrent mieux que les années précédentes : les choux de printemps, les choux chinois, les navets, les oignons, les choux-raves, les petits pois de plein champ et les fèves… Et il semblerait qu’on ne manquera pas de salades cette année !

Plantation de tomates : 3ème et dernière série. Charly et Alexandre à la manœuvre.

Les implantations ont continué bon train. On est à l’heure sur notre planning pour tous les légumes d’été : tomates, aubergines, poivrons et concombres. L’année dernière, on plantait encore des aubergines fin mai. Cette année, on a une bonne longueur d’avance : lundi prochain, on devrait avoir terminé de planter tous nos légumes d’été. Oui, tous. Notre célérité aura au moins eu un mérite : nos plants ne sont pas épuisés lorsqu’on les met en terre et reprennent rapidement. Les plantations de tomates nous ont d’ailleurs occupé une bonne partie de la semaine. Ce qui nous a permis de faire connaissance avec Alexandre notre stagiaire de la semaine. Alexandre nous vient de loin : le Cfppa de Brie-Comte-Robert en Seine-et-Marne ! Pour le moment, il profite de ses stages pour voir un maximum de techniques et de structures différentes. Il ne pense pas s’installer immédiatement, se sentant encore trop débutant. Pourtant le goût pour le maraîchage et la motivation sont déjà bien là ! Il nous bombarde de questions techniques, nous obligeant à détailler le moindre de nos gestes professionnels. Son passage aux Grivauds a été court mais intense et on le retrouvera un jour avec plaisir s’il le souhaite ! Merci Alexandre pour ton coup de main et ta bonne humeur. Je m’en voudrais aussi de ne pas saluer comme il se doit le départ d’Hélène, qui nous a quitté mardi matin, avec quatre incroyables semaines ! Hélène aura été à nos côtés pendant une grande partie de ce froid printemps. Son enthousiasme et son implication nous auront servi d’aiguillon pour ne pas céder à la morosité et pour poser sans cesse sur notre jardin un regard curieux et passionné. Là encore, ne vous inquiétez pas trop : il y a de fortes chances pour que vous la retrouviez un jour ou l’autre sur ce blog…

À la semaine prochaine !

Bottes ou pas bottes ?

Des tomates cerises ? Non, des radis !

Ah non, on ne va pas encore vous parler de météo ! Encore qu’on aurait des raisons de se plaindre, parce que le compte n’y est pas : il fait encore plutôt froid et gris. Bon, d’accord, il a plu cette semaine : une grosse vingtaine de millimètres d’eau, ce qui n’est vraiment pas du luxe dans cette période de sécheresse. Mais lorsque je parle de «bottes» dans le titre de cet article, je ne fais pas référence aux grandes chausses imperméables que nous avons eu le plaisir de ressortir ces derniers jours. Je veux plutôt parler des bottes de légumes. Parce que ça fait partie des figures imposées au printemps : on vend ses légumes nouveaux en bottes. Carottes, navets, oignons, aillet et … radis. Or, cette semaine, on a un petit problème avec nos radis : ils sont plutôt beaux mais … ils n’ont presque pas de fanes ! Du coup, c’est presque impossible de placer un élastique et de tenir l’ensemble. La solution s’impose d’elle-même : pour ne pas gâcher nos radis, il va falloir les vendre en barquette. Alors, oui, ça constitue un travail supplémentaire pour nous puisque nous devons couper les feuilles au moment de la récolte et préparer les barquettes avant le marché. Mais je vois deux avantages intéressants à cette technique. D’abord, elle permet de laisser dans le champ une partie du légume qui est rarement consommée (parce que, ne nous voilons pas la face, les fanes de radis finissent bien plus souvent au compost que dans la soupe…). Ensuite, elle permet de conserver plus longtemps le radis : privé de son feuillage, le radis ne transpire plus et reste ferme plus longtemps. Contre-intuitif, n’est-ce pas ? C’est particulièrement vrai avec les bottes de carottes. Si vous laissez les feuilles, même au frigo, alors les carottes se ramollissent en moins de 48h.

Pioche, sécateur et bonne humeur, la recette parfaite pour un désherbage façon Grivauds.

Cette semaine, on passe beaucoup de temps à désherber… Chez nous, le désherbage, c’est une opération qui a souvent lieu avant la plantation. Avant le paillage de la planche, plus précisément. Il y a une certain nombre de planches qui n’ont pas été occultées cet hiver et qui ont quelques thalles de graminée, des rumex, des pissenlits, des chardons et parfois … de la potentille (grrrrr). On retire les talles avec une pioche bien affûtée et le reste au sécateur. Une opération pas toujours marrante, mais qui nous fait gagner beaucoup de temps pendant la culture. À la manœuvre, Adeline et Hélène, qui sont devenues des pros de l’arrachage de chardons !

On plante encore des tomates, notamment des plants greffés plutôt en bonne forme. Adeline nous réapprend à plier nos bâches (vidéo à suivre). Mais on n’en oublie pas non plus de rester vigilants avec la faune et la flore du jardin. Fabrice attire notamment notre attention sur les nombreux nouveaux oiseaux de la semaine : Hypolaïs polyglotte, Fauvette des jardins, Rougequeue à front blanc, Pouillot siffleur et Bergeronette printanière. La semaine se termine avec une nouvelle crainte météorologique : on nous annonce une gelée lundi prochain…

À la semaine prochaine !

La ferme aux insectes

Bourdon sur renoncule

Lorsque Fabrice a adopté la technique du MSV en 2017, il avait une intuition très forte : celle que le non-travail du sol participerait à l’augmentation de la biodiversité de l’ÉcoJardin. Il se doutait que la faune du sol s’en trouverait favorisée : vers de terre, cloportes, collemboles, etc. Le paillage permanent a rapidement servi d’habitat à nos amies les limaces, qui se sont mises à pulluler. Dès l’année suivante, on percevait déjà l’installation de nombreux prédateurs de limaces : vers luisants (lampyres), carabes et staphylins. On a longtemps eu les yeux braqués sur ces insectes auxiliaires. De la même façon, on est toujours extrêmement attentifs à l’arrivée des prédateurs de pucerons : larves de coccinelles et larves de syrphes, entre autres. Dans notre champ de vision, il y a aussi tous ces insectes et ces araignées qui se font beaucoup trop remarquer pour qu’on ne les oublie : les grillons et leurs stridulations, les majestueuses argiopes-frelons, les grandes libellules colorées (dont les libellules déprimées), les punaises gourmandes de concombre (Nezara Viridula), les bourdons et les abeilles, si précieux pour la pollinisation, etc. Mais il suffit d’un peu d’attention pour comprendre qu’on n’avait fait que percevoir la surface des choses. Le pari de Fabrice est correct : il existe une vie entomologique folle aux Grivauds et cette semaine, avec le retour de la chaleur, cette vie est facilement perceptible. On aurait tort de se limiter aux ravageurs et aux auxiliaires, le spectacle qui nous est offert est fascinant de diversité, tant dans ses formes, dans ses dimensions que dans ses couleurs. Comme toujours, le plaisir de la découverte est encore plus vif lorsqu’on va jusqu’à l’identification de l’insecte. À partir des nombreuses photos prises sur le terrain (voir la galerie ci-dessous), Hélène se charge d’identifier tout ce qu’on a pu croiser dans la semaine. Nous ne sommes pas les seuls à apprécier cette exubérance naturelle. On a pu observer les mésanges charbonnières faire des allers-retours sur nos bords de serre, à deux pas de nous, emportant une chenille ou un petit insecte à chaque vol. Mécaniquement, plus d’insectes, c’est plus d’oiseaux…

Plantation des tomates greffées : il faut travailler avec délicatesse pour ne rien casser. Céline et Fabrice à la manœuvre.

Les températures enfin printanières signent le lancement des plantations de tomates. Avec Céline (qui fait un bref retour cette semaine), on plante les premiers plants greffés. On prend bien soin à ne pas enterrer le point de greffe et à ne pas remettre de la paille sur le collet pour éviter tout problème sanitaire. On les surveille comme de l’huile sur le feu, on a hâte que les plants reprennent et s’étoffent pour résister à toutes les agressions de ce nouvel environnement (les coups de vent, l’humidité, les chats…). On complète cette première série avec du plant simplement repiqué (sans greffe) : on a décidé de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier et on s’assure un minimum de production de cette façon-là. Charly aussi est de retour et avec lui on plante des betteraves, des tomates cerise, des aubergines, etc. Pour la première fois depuis de mon arrivée aux Grivauds, on est à l’heure sur notre planning d’implantation et de semis. Du coup, on a décidé de s’offrir notre samedi après-midi ! Un évènement inédit à cette saison…

À la semaine prochaine !

Que le printemps vienne. Enfin.

Une bulle froide très «bien» située…

Que le printemps vienne. Que les gelées cessent enfin. Que les plantes se rassurent, qu’elles se sentent en confiance et qu’elles s’autorisent de nouveau à pousser. Que le jardinier dorme sur ses deux oreilles sans craindre pour ses haricots, ses courgettes et ses aubergines. Qu’il s’effeuille de ses lourds vêtements d’hiver. Qu’il s’active avec joie, que ses plants de tomates trouvent le chemin de la terre riche et nourricière, que sa conversation s’allège, que son cœur s’ouvre en même temps que les fleurs des champs et les bourgeons des arbres. Viens, printemps, viens ! N’aie pas peur, nous saurons t’accueillir, nous saurons te fêter.

Même en serre, on garde les vêtements chauds…

Il a gelé tous les jours cette semaine. Avec des valeurs systématiquement comprises entre -3°C et -4,5°C. Ces gelées ont des conséquences immédiatement perceptibles pour nous : tout est en retard, tout est stressé. Petits pois, radis, choux-fleurs, courgettes, haricots verts, salades. On note partout des colorations suspectes : des blancs et des jaunes, chloroses typiques de carences ou de stress thermique, ou du violet, signe que les plantes émettent force anthocyanes pour lutter contre le froid récurrent, détournant temporairement le fruit de la photosynthèse pour créer de coûteux tannins. Chez nos collègues, les mauvaises nouvelles pleuvent : là des fèves en fleurs qui capitulent, là des petits pois fraîchement sortis de leurs poquets qui abdiquent sans tambour ni trompette, là des fruitiers qui ne donneront rien… C’est très difficile pour nous de dire quelles seront les conséquences à terme de cette interminable vague de froid. Les rendements de fin de printemps seront affectés, c’est certain. Et la précocité des légumes d’été s’en trouve fortement hypothéquée. On sent que c’est de nouveau une année où va falloir beaucoup communiquer avec nos amapiens et nos clients de Vichy pour expliquer pourquoi les paniers et le stand tardent à se remplir.

Plantation et paillage de pommes de terre en plein champ : Adeline et Hélène à la manœuvre.

Je ne peux pas m’empêcher de ressentir une légère déception vis-à-vis de cette situation météorologique. Cette année, on avait pourtant anticipé beaucoup de choses (voir l’article de la semaine dernière) et on était enfin à l’heure sur notre calendrier de plantations. On aurait aimé un démarrage de saison un peu plus calme, un peu plus clément avec nous… Tant pis. On essaie du mieux qu’on peut de rester légers et de continuer à travailler d’arrache-pied pour la suite de la saison. L’efficacité de nos petites mains de la semaine nous aide énormément : Adeline et Hélène forment un binôme solide et leurs expériences respectives leur permettent d’être rapidement autonomes. La journée est émaillée de petites coupures pour prendre le temps d’examiner une plante ou de photographier un insecte. Hélène se charge ensuite de terminer l’identification de retour à la maison. Une exploration minutieuse de notre jardin qui nous permet d’oublier un peu le vent glacial qui nous oblige à récolter des poireaux en manteau mi-avril…

À la semaine prochaine !

Vague de froid : on était prêts !

À 8h10, alors que le jour est levé depuis une heure, il fait encore -7°C en serre…

«Denis, as-tu remarqué que les épinards sont plus sucrés après une vague de gel ?» C’est Hélène, notre nouvelle wwoofeuse qui me fait remarquer que la synthèse de sucre est une façon pour les plantes de se préparer au froid : car l’eau sucrée gèle à une température plus basse que l’eau pure. En bon lecteur de Marc-André Sélosse[1]Dont le dernier livre «Goûts et couleurs du monde» traite des tannins. , je savais que les plantes émettaient des tannins appelés anthocyane pour lutter contre le froid. Ce colorant rouge est visible partout dans la nature en ce moment, compte-tenu des températures très basses que nous venons de vivre. On est tout de même descendus en dessous de -7°C, ce qui est un record à cette date !

Conséquence du gel : nos petits pois ont jauni (et même blanchi par endroits).

Aux Grivauds, la problématique du gel en avril devient récurrente. Voire, elle s’accentue. Du coup, on commence à développer aussi nos propres stratégies pour traverser avec sérénité ces dernières vagues de froid de la saison. Bien entendu, il y a des voiles thermiques partout dans nos serres et dans notre champ, ça, c’est le minimum. Ensuite, il y a beaucoup de cultures qui ont été implantées sur toile tissée. Par exemple, 7 planches sur 8 sur bâchées dans les serres 6 et 7 (nos serres d’intersaison). Car sur ce genre de surface sombre, il gèle moins fort que sur de la paille claire et brillante. Si on doit pailler une planche avant avril, alors, soit on couvre la paille avec une toile tissée, soit un broie la paille pour qu’elle soit plus fine, moins épaisse, et qu’elle ne ralentisse pas trop le réchauffement du sol. À quoi on ajoute les tunnels nantais en plein champ pour faire pousser nos épinards et nos carottes. Il y a là un ensemble de dispositifs assez laborieux à mettre en place mais qui sont devenus indispensables pour affronter à la fois les gelées de fin de saison et la lenteur de réchauffement du sol en MSV. Une dernière stratégie que nous avons mis en place consiste tout simplement … à ne plus planter de cultures sensibles avant le 10 avril. On va perdre sans doute en précocité mais on y gagne en stress. Au final, en terme de dégâts, on a surtout perdu des blettes fraîchement implantées et nos petits pois à ramer ont curieusement pâli. Mais on ne perd aucun plant, ni aucune courgette.

Beaucoup de manipulation de voiles thermiques cette semaine. Mathilde, pour sa dernière semaine de stage aux Grivauds, apprend à les rouler rapidement.

Cette semaine, quand on s’approche des serres, on entend de drôles de chants. Et pour cause, notre nouvelle wwoofeuse, Hélène, a décidé de faire chanter en canon notre petite équipe. Mathilde et Roman, qui savent aussi chanter, se frottent eux aussi à l’exercice et le liseron disparaît de nos oignons et de nos carottes au son du «Bruit doux de la pluie» ou du «mighty tree of Yggdrasil». Nos chants du matin nous donnent du courage pour les longs chantiers de semis de printemps : petits pois, pois mangetout et fèves. On dit au revoir à Mathilde et Roman, dont c’était le dernier stage aux Grivauds. On se console en préparant joyeusement les prochaines planches en serre de légumes d’été (haricots, aubergines et poivrons).

À la semaine prochaine !

References

References
1 Dont le dernier livre «Goûts et couleurs du monde» traite des tannins.