Une semaine de contemplation active aux Grivauds

Cette semaine, c’est Charlène qui prend le contrôle du blog des Grivauds. Charlène est wwoofeuse chez nous pour une dizaine de jours. Ses talents de dessin et son regard émerveillé nous permettent de profiter d’un aperçu singulier et sensible de notre petit monde.

Demain, dès huit heure, à l’heure d’hiver,
Je partirai. Vois-tu, même si l’on ne m’y attend pas.
J’irai par la route, j’irai à deux roues.
Je ne puis demeurer loin des sols vivants plus longtemps.

Je chanterai le cœur ouvert dans la serre trois,
En oubliant le dehors, les yeux rivés sur le paillage,
Ensemble, le dos courbé, les mains enterrées,
l’automne sera chaud au-dedans de moi.

Je ne goûterai plus un légume sans y penser,
Ni les feuilles d’épinard, ni les feuilles de blette,
Et quand je rentrerai, je déposerai dans un vase,
Un bouquet de persil frisé et de bourraches fleuries.

« Le MSV attire des gens qui aiment la vie sous toutes ses formes, des personnes qui sont attirées par la beauté de la biodiversité. Un beau jardin ça agrège pas mal de belles personnes. »
                                                                                                        Sandrine

« La beauté [dans le cadre du jardin], la contemplation, la spiritualité sont des énergies que je ne sais pas expliquer avec mon bagage scientifique.»
                            Yolande

« Dans le jardin il y a la poésie et la biologie qui se tiennent la main.»
                                                                                                                                         Denis

« Mais tout autour de nous la nature nous offre des exemples de structures assez primitives, qui n’ont jamais été correctement observées, exploitées ou utilisées par les designers ; elle nous montre des schémas biologiques qui valent la peine d’être étudiés et sont accessibles à tous ceux qui profitent d’un dimanche après-midi pour partir en promenade.»
                                             Victor Papanek


« Je suis content quand j’entends des éclats de rire dans le jardin. »
                                                                                                                                   Fabrice

Cocotte

Non, Florian, ça ne va pas exploser !

Fabrice et moi, on adore le céleris rave. On le prépare en gros bâtonnets crus qu’on trempe ensuite dans une sauce à la crème ou dans de la mayonnaise. Le goût est soutenu mais plus léger que si le légume est cuit. On y distingue même de légères nuances anisées. La consistance peut dérouter ; c’est croquant, mais pas autant qu’une carotte, et ça n’est pas juteux du tout, contrairement à un radis. On pourrait faire un long inventaire des légumes qu’on gagnerait à manger plus souvent cru, tant la mise en œuvre est simplissime : navet, chou-rave, chou blanc, chou-fleur, betterave, fenouil, etc. Préparer quelques bols de crudités, histoire de mettre un peu de couleurs, de saveur et de vitamines sur la table, c’est vraiment un geste quotidien pour nous. Le temps qu’on y consacre est minimum. À ce stade, je devine, cher lecteur, que vous avez le sourcil froncé. «Mais où veut-il en venir ?» Patience.

Le chou blanc, c’est aussi délicieux cru !

Combien de fois avons-nous entendu, sur le marché, à l’Amap, dans nos propres cercles intimes : «mais ça, je ne sais pas comment ça se prépare» ? Et de nous demander une recette. Personnellement, face à un nouveau légume (oui, ça m’arrive encore), je ne commencerais pas par aller feuilleter frénétiquement mes livres de recettes ou me ruer sur internet. Je le sens, je le découpe, je le rappe et ensuite seulement j’essaie de le cuire. Et la plupart du temps, pour un premier contact, l’histoire se termine dans le panier vapeur de ma cocotte. Ces étapes sont importantes : ça me permet de mieux cerner la personnalité du légume et d’en exploiter plus tard le potentiel gustatif. C’est comme ça que j’intégre dans mon propre répertoire culinaire des légumes comme le cerfeuil tubéreux, le rutabaga ou une nouvelle courge. Attendez ! Quoi ? Même la courge se mange crue ? Oui. Et je me souviens de Pierre-Yves, le collègue de la ferme de Joca, qui me fait goûter une fine tranche crue de Galeuse d’Eysine en me lançant «alors ? ça a un goût de pomme, non ?». Ma cocotte, c’est vraiment une arme redoutable pour s’approcher de la vérité toute nue du légume. Je découpe de gros quartiers (pommes de terre, carottes, courges, panais, navet, etc.) et je fais cuire une dizaine de minutes à la vapeur. Au moment du service, on peut faire très simple : un filet d’huile d’olive, un tour de poivre du moulin, une noix de fromage à pâte persillée qui viendra fondre langoureusement au contact du légume tout chaud. Je ne cesserai de vous le répéter : si le légume est bon, foutez-lui la paix !

C’est fini les aubergines ! Normalement, sur cette planche, la semaine prochaine, on y trouvera des épinards.

«Bon, mais à part discuter cuisine, vous faites quoi aux Grivauds ?» Bon, d’abord, je vous signale qu’on a toute une saison dans les pattes, alors, on a le droit d’aborder de temps en temps des sujets plus légers, et toc ! Et donc aux Grivauds, cette semaine, on a fait avancer plusieurs chantiers, comme le débâchage des courges ou comme la désinstallation des aubergines. Mais l’essentiel n’est pas là ! Non, l’essentiel c’est que je me suis offert deux jours de congés ! Et que lundi, Fabrice a passé la matinée les yeux en l’air pour compter les passages de pigeons en migration. Ça y est, après sept mois d’une rare intensité, on commence enfin à relâcher un peu le rythme…

À la semaine prochaine !

Des pieds fragiles dans des Sabots d’Argile

Ne comptez pas sur nous pour opposer les micro-fermes et les grosses structures. Nous savons bien que ça n’est pas avec du petit maraîchage hyper-qualitatif que nous réussirons à amener des légumes bio sur toutes les tables. La filière s’enrichit de ces différentes échelles qui se complètent, s’émulent, s’entraident. Dans notre secteur, la plus grosse ferme maraîchère, c’est les Sabots d’Argile, à Marigny. 14 hectares de légumes de pleine terre, 2.3 hectares de serres froides et 3 hectares de prairies pour la faune et la flore auxiliaires. Le tout labellisé bio et Demeter. Et cette ferme vient de déposer le bilan.

De jolis plateaux de 112 mottes, c’est ça qu’on allait chercher un mardi sur deux à Marigny…

C’était devenu un rituel pour Fabrice : toutes les deux semaines, le mardi, il allait leur rendre visite et revenait avec une trentaine de plateaux de mottes fraîchement pressées. L’occasion de discuter avec Alain Regnault, le patron de la ferme ou avec l’un ou l’autre des encadrants du personnel (une vingtaine de salariés tout de même !). Il prenait l’air du temps, parlait boutique ou météo, prenait le pouls d’une filière dont nous ne sommes qu’un tout petit rouage. En plus des plateaux de mottes, les Sabots d’Argile vendait aussi du plan pour les maraîchers et faisait aussi de la revente en demi-gros, histoire d’aider les collègues à compléter leur stand en enrichissant leur gamme. Leur disparation est une mauvaise nouvelle pour l’ensemble des acteurs de la bio en Allier. Nous avons évidemment une pensée affectueuse pour tous ceux qui faisaient vivre cette grosse ferme, les Regnault, les encadrants et tout le personnel. Nous avions apprécié tout particulièrement le témoignage de Clément, un de nos stagiaires de l’année passée, qui y avait travaillé plusieurs mois et qui faisait partager un peu de cet esprit de ruche qui y régnait. En ce qui nous concerne, c’est surtout la question de la production des mottes qu’il va falloir se poser. Acheter une motteuse ? Seuls ou à plusieurs ? Acheter et stocker du terreau ? Où et comment ? Bref, passé l’effarement causé par la mauvaise nouvelle, c’est un nouveau défi qui s’offre à nous et que nous allons devoir relever pendant l’hiver.

Nina et Florian, vaillants wwoofers qui traversent une semaine de grisaille avec le sourire.

En attendant, on ne se laisse pas abattre et on continue de faire vivre nos Grivauds bien-aimés avec une ardeur redoublée. Des plantations, des récoltes, des bâchages pour l’hiver ; de nouveau, ce sont de nombreux chantiers qui ont avancé cette semaine. À la manœuvre, on note la présence de deux nouveaux wwoofeurs : Nina et Florian. Ces deux-là sont kinés et profitent de quelques mois de césure pour filer un coup de main dans les champs. On n’est pas vraiment les premiers à les recevoir et ça se sent : ils sont rapidement à l’aise, connaissent bien leurs légumes et ont déjà plein d’anecdotes jardinières dans leur musette. Comme il fait désormais trop froid pour recevoir dans la caravane, c’est à notre tour (à Sandrine et moi) de recevoir nos précieuses petites mains. Ne le répéter pas à Fabrice, mais on a tiré de nouveau des wwoofeurs qui cuisinent comme ils respirent… Je ne vous décris pas nos repas, ce serait indécent. Bon, Nina est amoureuse de Mi-Roux, ce qui est proprement inconcevable pour nous et Florian place trois citations de Kaamelott par phrase, ce qui donne l’impression de travailler constamment avec Guetenoch et Roparzh. Mais vu comment ils nous ont vaillamment aidés sur le marché de Vichy ce matin, on leur pardonne tout.

À la semaine prochaine !

Comment transformer ses tomates en épinards ?

D’abord, on désinstalle le palissage. Au premier plan : Samuel, le mari de Fabienne, en wwoofing chez nous.

Ça fait un certain temps qu’on réfléchit avec Fabrice à ajouter un volet «formation ésotérique» à notre activité. Les légumes, en soi, c’est quand même vachement terre-à-terre (surtout les carottes). Admettez : même si vous regardez une pomme de terre droit dans les yeux pendant de longues heures, ça n’est pas comme ça que vous apprendrez quoi que ce soit des secrets de l’univers. Et puis, le maraîchage, c’est pas super rentable. Fabrice rêvait d’un petit coupé-cabriolet un peu nerveux et moi je me verrai bien m’offrir une montre hors de prix ostentatoire (pour pouvoir râler quand Cécile n’est pas à l’heure dans le champ après la pause méridienne). Bref, on s’oriente vers de la formation alternative à prix modique (on pensait commencer par demander 500€ par personne et par jour et augmenter si ça prend bien). En plus, on a un atout de choc pour attirer de nouveaux publics : Fabrice a plus ou moins des faux airs de Pierre Rabhi (en plus jeune). Toutes les chances sont donc de notre côté. Reste à définir l’orientation générale. Biodynamie, électroculture, soin des plantes par la musique, tout ça, c’est déjà pris. Nous, on veut frapper très fort : on va faire de l’alchimie ! Et comme on est sympas, on vous offre gratuitement notre première leçon : comment transformer des tomates en épinards ?

Après broyage, on écarte le mulch et on élimine les vivaces.

Tout commence à partir d’une plantation de tomates un peu fatiguée par de longs mois d’été torrides. Important : la plantation doit avoir été convenablement paillée au printemps. D’abord, on récupère les fruits qui pourraient encore mûrir et on retire le palissage. Ça, vous voyez, on l’a fait la semaine dernière sur deux fois 40 mètres de culture en serre. Ensuite, on broie tous les rémanents (les pieds de tomates, la paille et toutes les adventices). On obtient un joli mulch qui sent encore la feuille de tomate. Et là, attention, suivez bien, ça devient technique. On ramène tout le mulch sur les bords de nos planches de telle sorte à bien voir le sol. Maintenant, il s’agit de repérer toutes les racines qui n’ont rien à faire là (pissenlits, potentilles, renoncules, etc.) et de les retirer. On peut éventuellement s’aider d’un sécateur si le sol est trop dur. Chez nous, le sol est devenu tellement souple (à force de manger de la paille) qu’il suffit d’élever la voix un peu fort pour que la potentille sorte toute seule du sol en s’excusant, ce qui constitue un gain de temps précieux. On profite que le sol est à nu pour le réhydrater généreusement par aspersion. Ensuite, on réinstalle la paille sur la planche. La dernière opération consiste à bêtement planter des épinards à travers la paille. Attendez quelques semaines et hop ! vous avez des épinards.

Cécile : «Est-ce qu’il faut aussi planter le gros épinard roux et poilu ?»

«Quoi ? Mais qu’est-ce que c’est que cette arnaque ? Y a rien de magique là-dedans ! Avec la pierre philosophale, au moins, on transforme du plomb en or !» Alors, déjà, arrêtez de crier, vous couvrez le chant des oiseaux et Fabrice risque de louper un vol de pigeons à cause de vous. Et ensuite, c’est bien gentil votre pierre philosophale mais personne ne sait où elle a été rangée, alors on se rabat sur ce qu’on peut. Et en l’occurrence, un petit itinéraire technique pour plantation d’automne sous serre, c’est ce qu’on a de plus magique en stock : c’est simple, c’est terriblement efficace et ça produit de délicieux épinards, plein de calcium. Bon, il faut admettre que la vitesse d’exécution de ces différentes tâches a été très largement démultipliée cette semaine, grâce à notre joyeuse équipe de petites mains : Cécile, notre saisonnière, Fabienne, notre stagiaire et Samuel, son mari, qui s’offre une petite semaine de wwoofing chez nous en guise de vacances…

Oui, on a même eu le temps de récolter nos betteraves de garde !

En fait, si vous passez cette semaine visiter la ferme et que vous l’avez connue en été, vous constaterez plusieurs petites révolutions. Vous l’avez compris, la serre 2 contient désormais deux planches d’épinards. Mais en plus, presque toute la serre 4 a été nettoyée et les plantations d’automne y vont déjà bon train : salades et mâches. Les dernières courges sont récoltées et on a fait rentrer nos betteraves de garde. Et en plus, on se paie le luxe de faire quelques allers-retours à la déchetterie pour virer ces affreux tas de déchets qui nous encombraient depuis le printemps. Là, à ce stade, vous devriez hausser un sourcil de scepticisme. Auraient-ils trouvé le secret de la semaine de 10 jours pour pouvoir y faire entrer autant de travail ? Non pas, notre secret est bien plus prosaïque : nous ne sommes pas allés à Vichy. Pourquoi ? Eh bien, justement pour pouvoir mettre un coup de fouet à tous ces chantiers d’implantation sous serre. On en avait marre de n’avoir le temps de rien et de systématiquement planter nos plants avec plus d’une semaine de retard. Voilà, maintenant, on est à jour et on est prêts à retourner à Vichy, le stress en moins, la joie d’avoir bien travaillé en plus ! Merci Fabienne, merci Samuel et merci Cécile !

À la semaine prochaine !

Verger de la Brouette Bleue : des buttes paillées, des essences mélangées, des haies bocagères. C’est vraiment très prometteur !

PS de dernière minute : Aujourd’hui (samedi), je suis allé faire un tour aux portes ouvertes des Jardins de la Brouette Bleue. Mais si, on vous en a déjà parlé, c’est un magnifique verger planté par Aurélie Cleenwercke à Saint-Aubin-sur-Loire. Cette année, elle a récolté ses premières pommes. Les choses vont aller en s’accélérant avec la maturité des arbres. On a hâte de pouvoir goûter leurs fruits !

Les jardins les plus beaux

Fabrice récolte les haricots même malade et sous la pluie ! Si ça n’est pas de l’abnégation, ça !

Attendez ! Laissez-moi un instant retrouver mes esprits. Je me sens pris d’un léger vertige, je ne reconnais plus mes Grivauds. Où suis-je ? Les éléments se déchaînent, tout me semble soudainement chaotique. Il y a encore quelques jours, notre jardin n’était-il pas écrasé de soleil, désespérément assoiffé, pris dans une routine infernale de récoltes ? Que s’est-il passé ? Nous voilà en bottes, pataugeant sans cesse, mouillés jusqu’aux tréfonds de l’âme. Fabrice récolte les haricots sous la pluie avec une tête de lapin myxomateux, des mouchoirs plein les poches, en répétant à qui veut l’entendre «mais non, je n’ai pas de fièvre». Pas de panique, c’est juste un rhume, mais comme c’est très rare, c’est tout de suite impressionnant. Mais ce qui change le plus, c’est qu’on entend sans cesse rire. Et pour cause : Fabienne est de retour et sa bonne humeur n’a pas changé d’un iota depuis son dernier passage aux Grivauds. Cécile n’est pas en reste, elle répond désormais à nos vannes du tac-au-tac et tente d’enrôler Fabienne dans le SPMG (Syndicat des Petites Mains des Grivauds). Finalement, ce qui surprend le plus, quand on fait le point, c’est que ce joyeux chaos ait été autant productif au final ! Les pommes de terre et les courges sont récoltées, le mesclun et la mâche sont plantés, deux buttes complètes de tomates (serre 2) ont déjà été désinstallées. On avance à grands pas !

A priori, les stagiaires n’ont pas l’air trop en souffrance chez nous. C’est déjà ça.

Fabienne, wwoofeuse en 2018, est désormais stagiaire chez nous et entre deux fous rires, elle nous bombarde de questions. «C’est quoi votre outillage ? Comment le sol est-il préparé ?» On peut comprendre pour elle que la période soit frustrante : tout est déjà planté (ou presque) et les paillages sont terminés. On récolte toujours beaucoup même si le manque de soleil et la baisse des températures ont quasiment mis fin aux légumes d’été (les haricots verts et les courgettes ne donnent presque plus). C’est un peu comme si on lui racontait notre histoire en commençant par la fin. Bon, heureusement, on réussit à lui faire manipuler un peu nos merveilleux petits plantoirs. L’occasion pour Cécile et moi de rester bouches bées devant la célérité de l’exécution… De son côté, Fabienne s’étonne de la simplicité des itinéraires techniques. «Ce sont vraiment les vers de terre qui travaillent le sol de vos carottes ? Et vous ne taillez ni vos concombres ni vos melons ?» On bombe un peu le torse quand elle s’étonne qu’on ait eu le temps de faire autant de choses pendant la saison : 500 pieds de courge ? 750 pieds de tomates ? 10 000 poireaux ? Des plants d’aromates ? Des fleurs ? Mais comment c’est possible ? Bon, ça n’est un secret pour personne : nous ne sommes jamais seuls. Et si notre ÉcoJardin est si productif, c’est qu’il est le fruit d’un travail partagé. Il y a les wwoofeurs, les stagiaires et nos saisonniers (Maxime puis Cécile). Chacun a apporté sa pierre à l’édifice et le jardin s’en est trouvé grandi, embelli. On nous demande régulièrement : comment faites-vous pour vous souvenir de tout le monde ? Regardez autour de vous, regardez nos cultures, partout s’inscrit le souvenir des efforts partagés, des discussions interminables et des éclats de rires. En emmenant nos légumes à l’Amap ou au marché, on vous emmène toutes et tous dans notre camion et la bonne mine de notre stand est le reflet de vos coups de main, de votre soutien, de vos encouragements. On n’oublie évidemment pas que notre situation actuelle doit beaucoup à cette formidable solidarité qui vous a animée ce printemps, lorsque nous étions si bas financièrement.

Des courges qui ont été plantées collectivement et récoltées collectivement.

Et tant pis si tout est continuellement à recommencer. Un nouveau wwoofeur, un nouveau stagiaire et il faut tout ré-expliquer : comment fonctionne le MSV, comment on plante, comment on récolte. On repointe le même doigt vers la même fleur, vers le même papillon en disant : «tu as vu ? tu connais ? c’est beau, hein ?». Nous serons toujours émus de voir leurs yeux s’ouvrir d’étonnement ou d’émerveillement devant notre petit monde végétal, animal, fongique. Sans cesse devons-nous resemer nos salades, sans cesse ressemons-nous ces petites graines écologiques que vous emporterez avec vous et que vous disséminerez peut-être. (À ce stade, je me rends compte que je viens de comparer nos wwoofers à des salades et que le syndicat de Cécile risque de connaître un gros afflux d’inscriptions.) Vous auriez bon ton de me rétorquer que c’est tout de même un drôle de modèle économique que le nôtre, qui compte autant sur de la main d’œuvre bénévole. N’importe, notre modèle intègre surtout beaucoup de joie et de partage, il flirte gentiment avec la décroissance et il sent bien plus les fleurs sauvages que le pétrole. De semis en semis, de plantations et plantations, il accueille le défilé des saisons en même temps que le joyeux ballet des petites mains. L’automne peut bien venir envelopper notre jardin de son grand manteau de grisaille, rien ne nous fera douter de notre aphorisme : les jardins les plus beaux sont toujours des œuvres collectives.

À la semaine prochaine !

Allier Bio : se rassembler, s’organiser, peser

Quel est le point commun entre nos collègues de Layat (à Trézelle), des Mangetouts (à Saligny-sur-Roudon) et nous (ÉcoJardin des Grivauds) ? «Vous sentez tous la sueur à la fin de la journée ?» Non non, vous n’y êtes pas ! Sachez que nos trois fermes sont adhérentes à Allier Bio ! De même qu’une quarantaine d’autres fermes dans l’Allier. Avec nos journées de travail à rallonge, il est compréhensible qu’on manque d’énergie et de temps pour se structurer en réseau. Et pourtant… Notre agriculture, héritière d’un demi-siècle d’intensification à base de pétrochimie, n’en est qu’au tout début de sa révolution écologique. Si la société civile a une part à jouer dans la mutation de notre production agricole, ceux qui sont concrètement engagés dans des pratiques plus vertueuses sont aux premières loges pour défendre un nouveau modèle. Échanger, se former, confronter les techniques, voilà déjà un premier intérêt à se réunir. Et puis, il y a la promotion de la filière, sa structuration à un échelon local, encourager les conversions, aider les nouvelles installations. Et surtout, défendre les intérêts des agriculteurs bio.

Allier Bio a été créée en 1992. Je vous épargne un certain nombre de vicissitudes mais toujours est-il qu’en 2018, il n’y avait plus qu’une douzaine d’adhérents et l’association était moribonde. Sous l’impulsion d’un petit groupe motivé, l’association a alors commencé à retrouver le chemin de la lumière. Se réunir régulièrement de nouveau, constater le besoin d’une organisation départementale des producteurs bio, faire émerger des pistes de réflexion, tout ça prend du temps. Ceux qui sont passés aux Grivauds ces derniers mois ont pu voir Fabrice s’éclipser fréquemment, que ce soit pour des visio-conférences ou des déplacements. Un tel engagement de sa part aurait-il été possible à l’époque où il était seul à faire tourner la boutique ? Sans doute que non. C’est pour cela que vous ne m’entendrez pas râler en récoltant les haricots en son absence. Car, même si j’avoue avoir du mal encore à sortir du jardin, je soutiens pleinement la cause. Retournons à nos moutons. Allier Bio a reçu l’aide d’une des animatrices de Bio 63, l’association jumelle de la nôtre du côté Puy-de-Dôme. Sous son impulsion, une campagne d’adhésion est relancée et un processus de recrutement pour un(e) salarié(e) est mis sur les rails. Une assemblée générale a été tenue lundi et elle a réuni une trentaine de participants (producteurs, distributeurs, consommateurs, membres de la Chambre d’Agriculture, etc.). La nouvelle salariée (Julie Bourry), tout fraîchement recrutée, est aussi présente. Fabrice en ressort très enthousiaste : «il y a une vraie dynamique et chacun a pris conscience de la nécessité de se réunir de nouveau sur le département.» Les adhésions se poursuivent et il y a encore de la marge ; l’Allier compte tout de même 350 producteurs bio ! Rapidement, l’association doit être en mesure de proposer des formations, des visites, des colloques, de la documentation, etc. Il y a donc du pain sur la planche !

Cécile, ex-wwoofeuse, désormais ouvrière agricole aux Grivauds. Qu’on vienne pas nous dire que l’ascenseur social est en panne ! Notez que pour lui souhaiter la bienvenue, on essaie de l’amadouer avec de gros légumes. Car oui, c’est bien une betterave de 2,4 kg que Cécile vient de récolter ! Notez aussi que si ça continue comme ça, on aura bientôt des légendes de photo plus longues que l’article lui-même. Vraiment n’importe quoi !

Et maintenant, la réponse à la question que tout le monde se pose depuis la semaine dernière : mais qui donc ont-ils employé(e) pour les aider pour les semaines à venir ? Résumons les épisodes précédents. Nous récoltons beaucoup (et en particulier des haricots) et nous faisons de gros marchés en ce moment. Nos wwoofeurs ne nous suffisent plus et nous devons passer à la vitesse supérieure en terme de main d’œuvre. Ajoutons à ça que le wwoofeur qui devait venir cette semaine et qui avait réservé sa place en mai… ne vient tout simplement pas et ne répond plus à ses messages. Bref, cette semaine, si on avait pas pris les mesures qui s’imposent, on aurait été tous seuls et on aurait sans doute passé l’intégralité de la semaine à récolter/préparer les Amaps/préparer le marché de Vichy. Et pendant ce temps-là, les plants traînent dans les caisses et poussent de petits cris lamentables à chaque fois qu’on passe devant : «plantez-nous ! plantez-nous !». L’horreur ! Alors ? Eh bien, on a appelé à l’aide celle qui a gagné le prix de la wwoofeuse la plus déjantée des Grivauds : Cécile ! Elle est déjà venue deux fois nous voir, elle connaît nos cultures par cœur, elle récolte les courgettes comme personne et elle nous fait très souvent rire ! Le CV parfait. On a évidemment une pensée pour Maxime, notre génial saisonnier de printemps, qui débute actuellement sa formation pour devenir maraîcher à son tour et qui est donc indisponible, de fait.

Avons-nous rattrapé notre retard cette semaine ? Non, malheureusement. Nous avons bien réussi à nettoyer deux planches en serre 5 mais nous n’avons planté que 4 caisses de mâches. Et le plant de mesclun est tellement haut que nous allons devoir le tailler avant de le planter… Mais ne désespérons pas : la semaine prochaine, nous serons 4 dans le champ. Car, nous recevrons pour deux semaines une stagiaire qui est déjà passée aux Grivauds en tant que wwoofeuse… Saurez-vous deviner qui ?

À la semaine prochaine !

«Ah non mais c’est pas vrai, ils nous refont le coup du suspens comme la semaine dernière ? Mais quel manque d’imagination !» Oui, bon, écrivez un article par semaine pendant 3 ans et ensuite vous viendrez me donner des leçons d’originalité.

Il était temps !

Plantation de salades, avec Yolande

On nous annonce de l’eau pour la semaine prochaine ! Enfin ! De l’eau ! L’eau, c’est une substance liquide qui mouille, vous voyez ? Nous, on a un peu oublié à quoi ça ressemble alors on est un peu fébriles. Bon, ne nous mentons pas, même sans pluie, on arrivait quand même à faire pousser nos légumes. Et même plutôt mieux que l’année dernière : plus de goutte-à-goutte, une aspersion plus efficace et plus rien ne semble vraiment en souffrance. Mieux encore : nos haricots donnent à plein, nos poireaux d’été sont magnifiques, on s’extasie devant nos carottes. Bref, on n’est pas vraiment à plaindre. Mais, par ricochet, on est aussi débordés par les récoltes et par la préparation de nos ventes (paniers d’Amap et marché de Vichy). Moralité : on peine à garder le rythme pour les implantations sous serre. Certes, on a réussi à planter un peu cette semaine : de la mâche, de la salade, une première série d’épinards et du persil. Mais ça ira moins vite pour la suite : on n’a plus de planches propres pour accueillir notre prochaine série de mesclun et notre prochaine série de mâche. Fabrice a réussi miraculeusement à dégager quelques heures entre deux récoltes pour commencer le nettoyage de la serre 5 et pour lancer un semis d’engrais vert pour les futures planches de choux mais on sent qu’on marche un peu sur des œufs. Heureusement qu’il y a Yolande, notre wwoofeuse-rédactrice d’articles qui impulse dans notre aventure l’énergie qui nous fait parfois défaut en cette fin de saison…

Oh mais c’est qu’il reste encore pas mal de poivrons à venir !!! Si ça pouvait faire oublier le fait qu’on n’ait plus de tomates…

C’est quand on se sent complètement épuisés le lundi soir après plus de cinq heures de récolte de haricots verts qu’on prend de grandes résolutions : il va falloir lever le pied plus tôt que prévu. Mais comment faire pour concilier ce besoin de modération avec un jardin qui est toujours autant exigeant ? La réponse est simple : il faut embaucher. Et cette fois-ci, on tergiverse moins qu’au printemps : nos finances sont de nouveau saines et les perspectives de vente pour l’hiver sont bonnes. Alors, oui, c’est reparti pour un emploi saisonnier ! Saurez-vous deviner vers qui nous nous tournons cette fois-ci pour venir nous épauler ?… Le suspens est intenable, n’est-ce pas ?

Réponse la semaine prochaine !

De la chaise à la terre

Cette semaine, changement de rédacteur pour notre article de la semaine : c’est Yolande, de passage aux Grivauds pour deux semaines de wwoofing, qui s’y colle ! Sa formation universitaire en biologie et en écologie lui permet d’avoir un regard singulier sur notre ÉcoJardin. Alors, Yolande, explique nous pourquoi tu as eu envie de faire une pause dans tes études qui, semble-t-il, se passent plutôt bien pour toi ?

De la chaise à la terre, du bureau à la serre, des cahiers aux semis, du cartable à la cagette, de la théorie à la pratique ; les Grivauds sont pour moi synonymes du passage de l’abstrait au concret.

2 années de classe prépa bio + 1 année de L3 biologie santé + 1 année de master d’écologie = 4 années supplémentaires à étudier après le bac. De Grenoble à Cachan ou encore Orsay (sud de Paris), j’ai simplement changé de salles de classe, de professeurs, de noms religieusement donnés à des cours dispensés hors sol. Une formation riche, passionnante dans l’ensemble, mais bien loin de la vie réelle d’où sont pourtant issues toutes ces connaissances qu’on m’a transmises.

Connaissances docilement ingurgitées dans la perspective première, il faut l’avouer, d’être bêtement restituées aux examens. De ces années est progressivement né un sentiment de décalage, de manque de sens et de cohérence, une impression d’avancer sans but précis. Une année de pause s’imposait. Ainsi, poussée par une intense curiosité, une soif d’apprendre et de découvrir autre chose, j’ai décidé de consacrer un an de mes études en quête de moi même, de la vie que j’ai envie de mener, du monde dans lequel je veux vivre, de la société et du futur en lesquels j’ai espoir. Une année afin de me reconnecter à ce qui est pour moi essentiel et me fait vibrer, avancer. Une année pour prendre du recul, fonctionner différemment, aller à la recherche de l’autrement.

Une année lors de laquelle j’ai décidé de réaliser des expériences de bénévolat en écologie, principalement alpine, domaine qui, férue de montagne, me passionne. J’en profiterai pour me lancer dans mon projet de faire de la communication scientifique : médiation, sensibilisation et éducation à la nature et à l’environnement. Je réaliserai aussi des wwoofings en parallèle. Ils alimenteront ce projet avec un volet axé sur l’agriculture et ses produits. Ces wwoofings ont avant tout pour objectif d’aller à la rencontre de ceux qui cultivent le sol et que j’admire profondément et d’apprendre comment se nourrir à partir de la terre. Cette compétence si élémentaire est pourtant de nos jours réservée aux agriculteurs au sens large du terme. Je trouve cela aberrant que le système scolaire n’inclut pas un apprentissage des bases de jardinage. De manière générale, apprendre à me servir de mes dix doigts au quotidien me tient également à cœur car l’école n’apprend pas non plus à cuisiner, coudre ni à se servir de son sens pratique et manuel. Enfin, les hôtes que j’ai choisis ont fait un pas plus ou moins grand vers la décroissance, avec des modes de vie simples et proches de la nature que j’aimerais expérimenter. Mais il est facile de rêver sans jamais rien entreprendre, place à l’action!

Ainsi ai-je atterri à l‘Écojardin des Grivauds, mon premier Wwoofing. Ce lieu a été créé en 2011 par Fabrice qui vit sur place et qui m’accueille. Je suis logée dans une chouette caravane aménagée tout près des serres et des légumes (peut être une stratégie afin de maximiser les chances que je sois opérationnelle le plus tôt possible…).

Dès mon arrivée, le décalage entre la nature et les savoirs que j’ai assimilés me saute aux yeux. Le premier jour, en compagnie de Denis je me remémore tant bien que mal mes cours de botanique lors desquels j’ai appris à réaliser des dissections et présentations florales (schéma d’une dissection organisée), du vocabulaire mais aussi à reconnaître les principales familles d’angiospermes (les plantes faisant des fleurs) à l’aide de quelques caractéristiques clés. C’est cette dernière compétence que j’essaie d’appliquer dans le monde réel. Je parviens à attribuer à quelques plantes leurs familles mais mes critères sont souvent insuffisants. D’autres critères se révèlent être évidents sur le terrain mais il ne m’ont pas été appris. Ainsi les Lamiacées par exemple, (famille de la sauge, de la lavande ou encore du thym) possèdent souvent une tige carrée. Cependant des individus d’autres familles partagent ce caractère, il n’est donc pas un indicateur suffisant. Denis m’apprend alors que ces plantes possèdent souvent des organes odorants : feuilles, tiges, fleurs. Cette particularité que je connaissais pas est bien plus immédiate pour les reconnaître mais… à condition d’être au contact des plantes ! Les livres sont certes bientôt numériques mais pas encore connectés à notre sens olfactif… Denis est calé en identification florale. Il connait très bien les plantes qui l’entourent et pas que celles cultivées ou liées aux cultures. Fabrice a contribué à ce savoir notamment en lui transmettant ses connaissances de naturaliste à propos des plantes sauvages.

Avec Denis nous formons un binôme très complémentaire, il a l’expérience du terrain et j’ai les explications théoriques de certains phénomènes et le vocabulaire pour nommer et décrire les végétaux (morphologie, anatomie). J’étais ravie de pouvoir lui indiquer que les pétales qu’il remarque à l’extrémité du concombre à chaque fois qu’il en cueille un, sont un indicateur de position de l’ovaire.

Concombre portant à son extrémité libre des restes de pétales

Observez, les restes de pétales sont à l’extrémité la plus éloignée du plant. Cette position indique que le fruit s’est développé sous le réceptacle floral (zone portant les pétales), ainsi l’ovaire qui s’est transformé en concombre était situé sous la fleur.

Récolte de concombre du 11 septembre.

La présence de ces restes de fleur indique que les concombres sont jeunes. Ils se sont développés récemment, les pétales sont tout juste fanés (fraicheur, croquant et douceur garanties lors de leur dégustation!).

Le fruit est en effet le résultat de la transformation de l’ovaire (partie du pistil, organe reproducteur femelle) après fécondation. Les graines du concombre sont elles issues des ovules, les gamètes ou cellules reproductrices femelles.

L’ovaire est dans ce cas dit infère (en dessous de). Vous l’aurez deviné, à l’inverse un ovaire supère sera situé au dessus du niveau d’implantation des pétales. C’est le cas de la tomate, de la famille des Solanacées. Remarquez en effet les restes de sépales (organes positionnés sous les pétales et verts le plus souvent) au sommet de la tomate. Cette fois les restes de fleur sont sur la partie du fruit la plus proche du plant.

Fruits d’un plant de tomates indigo, une variété ancienne.

D’autres récoltes peuvent aussi être agrémentées de petites touches de biologie végétale. Ainsi Denis sait maintenant que les feuilles des oignons se nomment tuniques. Connaître ce terme est purement informatif et totalement inutile dans la pratique ; n’aidant absolument pas à savoir quand planter ou ramasser l’oignon, ni quelles conditions physicochimiques ou météorologiques sont favorables à son bon développement. Il révèle l’obsession humaine de tout nommer. Il aurait été plus profitable que je sache la raison de la mauvaise productivité des plants cette année ! Cependant il est possible d’aller au delà du vocabulaire et de chercher ce qu’il désigne afin de lui donner du sens. En effet les organes qu’il décrit sont particuliers et les étudier permet de comprendre leur rôle et pourquoi cette architecture de l’oignon a été sélectionnée positivement lors de l’évolution. Les tuniques sont des feuilles transformées, adaptées au rôle d’organe de stockage de l’oignon. Elles sont desséchées à l’extérieur, leur accumulation par couches concentriques joue un rôle protecteur contre le froid notamment. Les tuniques charnues d’épaisseur croissantes en allant vers le centre, sont situées à l’intérieur. Elles contiennent des réserves pour le développement du futur individu ayant lieu à la fin de l’hiver. Cette plantule est sous forme d’embryon avant qu’elle ne germe et que vous puissiez la voir. C’est cette petite pousse verte au centre de votre oignon lorsqu’il n’est plus de première jeunesse et qu’il croit qu’il doit vite faire une pousse pour repartir au printemps!

Denis à son tour au fil des plantations attire mon attention sur des caractéristiques ou des états anormaux de plantes. Je les ignorais totalement mais en essayant de les rattacher à ce que je sais je peux retrouver l’explication au niveau cellulaire grâce à mes cours d’histologie ou même au niveau moléculaire parfois ! Je peux aussi toucher et observer en détail les maladies provoquées par différents pathogènes ou nuisibles. Je connaissais pour certaines par cœur les modes d’attaque du végétal en ayant à peine une idée des conséquences sur le feuillage, les racines, les rendements. J’étais capable de décrire les mécanismes de défense de la plante sans savoir s’ils étaient efficaces, leurs coûts pour la plante ni comment les repérer.

Ce partage de connaissances est magique. Je découvre comment se manifestent à l’échelle macroscopique (du visible) des processus étudiés et comment les détecter. Je fais des liens entre des descriptions lues et la plante sous mon nez ou encore entre les agencements cellulaires, les échanges moléculaires et leurs implications dans les champs.

Il est tellement plus facile et ludique d’apprendre en pratiquant. Je réveille l’enfant au fond de moi, toute fière de voir qu’elle connaît un peu des choses et qui a envie d’en apprendre encore bien d’autres! Et pour ça je peux compter sur Denis et Fabrice et à toute la vie qui s’épanouit sur leurs terres!

Une Graphosoma italicum alias punaise arlequin en pleine exploration d’une Apiacée (famille anciennement nommée Ombellifères) du jardin.

Yolande

Ô mon beau plantoir

Traverser la paille, travailler la terre sur une minuscule surface, creuser des trous coniques, couper des racines, cet outil sait faire tout ça !

Régulièrement, on nous pose la question de la mécanisation en MSV (Maraîchage sur Sol Vivant) et on nous demande s’il n’existe vraiment aucun outil intermédiaire entre nos plantoirs tout-pourris et les gros tracteurs qui puent. Alors, qu’on se le dise une fois pour toute : oui, aux Grivauds, on est sans doute sous-équipés. Mais on est devenus tellement performants avec nos outils qu’on hésite à investir dans les fameuses «cannes à planter». Dans nos champs, il y a deux outils qu’on utilise quotidiennement : le sécateur et le plantoir. On ne parlera pas aujourd’hui de nos sécateurs (je vous réserve un petit article sur l’enherbement pour l’hiver, bande de veinards) mais je voudrais m’attarder une seconde sur nos plantoirs. D’ailleurs, quand on dit «plantoir», c’est un peu inexact. Certes, le plantoir conique nous sert de temps en temps (notamment pour les poireaux) et d’autres collègues en MSV n’utilisent que ça. Mais ce sont surtout des transplantoirs que nous utilisons. Les gros, en forme de pelle, nous servent pour planter les grosses mottes (tomates, courgettes, haricots, etc.). Si vous jardinez un minimum, vous en avez forcément un comme ça chez vous. Par contre, nous disposons ici d’un mini-transplantoir, adapté à la plantation des mini-mottes de 3,5×3,5 cm. Cet outil a été conçu pour extraire une carotte de sol en vue de déposer la motte dans le sol. Et de fait, c’est de cette façon que nous procédons pour les choux. Par contre, pour tout le reste, on utilise une autre propriété de ce plantoir : sa pointe est très dure et elle nous permet d’effectuer un petit travail du sol très localisé, juste à l’endroit où la motte doit être plantée. Ensuite, on vient appuyer la motte sur cette terre meuble et ça doit coller. Lorsque j’étais ouvrier agricole, on m’a appris que «coller, c’est planter». À l’époque, je plantais sur sol travaillé mais avec notre plantoir, on retrouve les mêmes sensations. Il y a deux choses supplémentaires à signaler. Premièrement, nous plantons généralement après paillage de la planche, ce qui signifie que l’outil puis la motte doivent traverser la paille, mais sans trop l’écarter si possible. Avec notre petit plantoir, on peut atteindre le sol simplement en secouant rapidement (vibrant) la pointe dans la paille. À ce moment-là, on tapote le sol deux ou trois fois et on ressort du paillage. Le cône ainsi formé a juste la taille de la motte et il n’y a plus qu’à planter. Quand l’opération est bien réalisée, il n’y a que le terreau de la motte qui voit la lumière, le sol reste caché sous la paille, ce qui évite plus tard que des graines d’annuelles (genre mouron ou chénopode) ne germent autour du plant. Dernier détail, l’outil est si solide que je peux attaquer une racine de vivace avec, si elle me gène : pas besoin de changer d’outil si je tombe sur un pissenlit ou un rumex. Et si vous persistiez à trouver ça rudimentaire, sachez que de nombreux jardiniers sur Sol Vivant plantent … à la fourchette. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé lorsque j’ai découvert le MSV. J’étais wwoofeur à l’époque. Mais c’est une autre histoire.

Oh ! Un clone de notre merveilleux plantoir !

Mais cet outil magique, me direz-vous, où peut-on le trouver ? Bonne question, d’autant plus qu’on a un certain nombre de stagiaires qui se sont posés la même question ; on leur apprend à utiliser notre mini-transplantoir, alors autant qu’ils en disposent à leur tour lorsqu’ils seront installés. Malheureusement, notre plantoir adoré est … un outil artisanal ! Impossible à trouver dans les catalogues professionnels ou dans les magasins de jardinage. Qui plus est, depuis quelques mois, après deux grosses années de bons et loyaux services, notre outil a commencé à présenter des signes de faiblesse : le bois s’est élargi autour de l’axe et le rivet supérieur s’est cassé. Moralité : il me blesse la main et il m’oblige à une plus grande dépense d’énergie. Sans parler de l’angoisse profonde qui nous saisit à chaque fois qu’on l’égare. On s’imagine alors planter des séries de 1344 mottes de mâche à la fourchette… Il était temps qu’on prenne des mesures ! Et on n’y a pas été par quatre chemins : on a cherché un ferronnier autour de chez nous pour lui refiler le bébé. Coup de chance, il y en a un à Beaulon (M. Fontverne, Artemis Métal) et il a accepté immédiatement de relever le défi. Finalement, on se retrouve avec 5 nouveaux plantoirs et l’ancien se fera prochainement réparer. On va désormais pouvoir planter à plusieurs, laisser des plantoirs à différents endroits stratégiques du jardin, en refiler aux collègues (ou futurs collègues). Bref, tout est permis et l’avenir s’éclaircit subitement ! On va pouvoir de nouveau planter comme des fous à une cadence frénétique ! À nous les grosses planches de mâches, à nous les interminables séries de navets ou de betteraves ! À nous le succès, à nous le bonheur. Si avec ça on ne devient pas maîtres du monde, ah ah ah ah ah ah.

Cécile et Sandra mettent en terre la dernière caisse de plants destinés au plein champ ! En l’occurrence, il s’agit d’une série de mâches.

Pardon, je m’égare. L’enthousiasme, vous comprenez. Alors quoi de neuf cette semaine ? Eh bien, justement, on a joliment planté ! Des radis et des mâches en plein champ, d’abord. Ce qui, d’ailleurs, constitue notre dernière plantation de plein champ pour cette année (si on exclut l’ail). Et puis, on a commencé à remplir nos serres d’intersaison avec des scaroles, des frisées, des laitues et du mesclun. À nos côtés, on retrouve Sandra qui termine cette semaine son stage inaugural de BPRAPH (la même chose qu’un BPREA mais pour l’horticulture) et … le grand retour de Cécile, la wwoofeuse bretonne joyeusement délurée qu’on avait reçue en juillet, en même temps qu’Alice, avec qui elle formait un binôme mémorable. Bref, Cécile a un millier d’histoires à nous raconter après ses deux précédents wwoofings (dont un à Terre et Humanisme) et son séjour a un goût de trop court. Et aussi un bon goût de glace bio…

À la semaine prochaine !

Nous aussi, on veut une rentrée !

Profiter d’un blog maraîcher pour faire de la pub pour la chorale de Pierrefitte, c’est scandaleux ! Venez vous plaindre nombreux le lundi 7 septembre à 20h00.

Bon, c’est vrai qu’à tout choisir, c’est surtout de vacances dont on aurait besoin mais chaque chose vient en son temps… En attendant, il y a un moment que nous attendons avec impatience pour sortir un peu la tête du jardin : la rentrée de la Fanfare de Diou ! Ça fait depuis mars qu’on a du abandonner nos activités musicales, à cause d’un certain virus… Pour Fabrice, il s’agissait de cours de hautbois. Ceux qui ont été hébergés aux Grivauds cette année ont pu quelques fois l’entendre taquiner la double hanche, histoire de ne pas perdre la main (et la lèvre). Ces cours d’instrument et de solfège, on les doit à la Fanfare de Diou et à Lydie Curtil, qui s’est débrouillée tant bien que mal pour garder le contact avec ses élèves via Skype pendant le confinement. En ce qui me concerne, ce qui m’a manqué pendant la période, c’est la petite chorale qui s’est mise en place cette année à Pierrefitte, toujours sous la tutelle de la Fanfare. Cette chorale, constituée d’une douzaine de chanteurs, commençait tout juste à donner ses premiers concerts. L’arrêt brutal de ses activités nous obligera sans doute à reprendre un peu les choses au début : le souffle, la posture, le placement vocal, la justesse… Sans oublier les mélodies et les paroles. Les cours d’instruments reprennent cette semaine et la chorale la semaine prochaine. Bien entendu, il y aura un protocole sanitaire à respecter mais ça nous fera du bien de nous retrouver, c’est certain ! En fait, c’est même plus que ça : pour nous, ce décloisonnement est capital ! Il nous permet de nous souvenir d’une chose qu’on aurait tendance à oublier : il existe une vie en dehors de notre ÉcoJardin. Et ça fera baisser le stress accumulé en cette fin de saison.

Ça c’est juste la récolte des tomates cerise ! À gauche, Sandra, en stage chez nous pour 10 jours ; à droite, Mathilde venue en renfort pour faire tomber de la Datterini !

«Stressés ? Vous ? Avec votre cadre idyllique, vos papillons et vos chats ?» Eh bien oui, un peu comme tout le monde, j’imagine, lorsqu’une activité tient trop à cœur. On est devenus très exigeants et on a envie de tout réussir. Et en ce moment, aucun relâchement n’est permis ! Les récoltes vont bon train, notamment dans les haricots. Si bien que le marché de Vichy nous prend quasiment une journée et demie à préparer. Vendredi, malgré la pluie matinale, on est quand même dehors pour récupérer les haricots, les courgettes, les carottes, les poireaux, les salades, les blettes, les choux, les céleris branches, le maïs, etc. Le samedi, le réveil sonne de plus en plus tôt (4h45 pour ma part) tellement le stand est devenu long à monter. On ajoute à ça les Amaps de Bourbon-Lancy (qui ont eu le droit à des poireaux cette semaine) et de Dompierre (qui ont profité de nos haricots verts et de nos carottes) et on voit que la semaine est déjà très remplie. Or, les installations de légumes ne sont pas terminées ! Dans le champ, il nous reste des radis d’hiver à planter ainsi qu’une série de mâches. Et dans les serres, c’est toute l’intersaison qui doit être mise en place : blettes, persil, laitues, chicorées, mesclun. À voir la taille de nos plants, on sent qu’on a déjà une grosse semaine de retard et ça ne risque pas de s’arranger ! Il y aurait une nouvelle tournée de désherbage à effectuer dans les carottes, le liseron dans les poireaux d’hiver, les bords de serre à tondre, les oignons qu’on n’a toujours pas fini de récolter… Bref, on est de nouveau à la bourre !

Bon, allez, je vous laisse, j’ai des partitions à préparer pour la rentrée de la chorale.

À la semaine prochaine !