Jusqu’ici, tout va bien…

Ajout du lundi 1er août – Ce matin, en consultant Reporterre, je suis tombé sur un article intitulé «Nos plantes crèvent» : Dans la Drôme, les paysans abattus par la sécheresse. Et, tout à coup, j’ai vu qu’il manquait une dimension capitale à mon article de la semaine, celle de l’empathie. Égoïstement, je me réjouissais qu’on puisse encore arroser nos plantations. Alors que d’autres vivent des situations prodigieusement difficiles. Voir ses plantes mourir par manque d’eau, il n’y a rien de plus violent, de plus désespérant pour un·e maraîcher·e. Je voudrais, n’ayant d’autre pouvoir entre mes mains, témoigner à ces collègues tout mon soutien, toute ma sympathie.

Carte des restrictions d’eau dans l’Allier (Cliquer pour zoomer)

Il ne pleut plus. Après un mois de juin record (plus de 200 mm de précipitation), on vient d’enregistrer le mois le plus sec depuis que Fabrice a commencé à faire des relevés (2011) : il est tombé 1,5 mm d’eau pour ce mois de juillet. Les restrictions d’eau se renforcent partout en France et l’Allier n’est pas épargnée. À Pierrefitte, sans surprise, on est sur le bassin de Loire et ça nous place dans une situation qui est encore confortable : on est simplement en état d’«Alerte» (voir la carte). Par exemple, on a encore le droit d’irriguer les cultures maraîchères, sans restriction aucune. Bon, par contre, il est interdit d’arroser sa pelouse. Mais il est encore autorisé d’arroser un terrain de golf (à condition de le faire la nuit). Cherchez pas[1]Le tableau détaillant les différentes restrictions liées au niveau d’alerte est téléchargeable ici : https://www.allier.gouv.fr/IMG/pdf/220801_cp-1_tableau.pdf. Nous, notre puits tient toujours le coup alors qu’on le met beaucoup à contribution en ce moment. La canicule des semaines précédentes et les différents coups de vent ont eu des effets très desséchants sur les sols et la végétation. On a le regard braqué sur les prévisions météorologiques et, pour le moment, la sortie de la sécheresse n’est toujours pas annoncée. Jusqu’ici tout va bien. Mais jusqu’à quand ?

Lancer l’irrigation, c’est la première chose qu’on fait en arrivant au jardin le matin. Chaque jour une nouvelle ligne.

Même si les températures ne sont pas excessives, le soleil reste agressif. Les dernières courgettes et les derniers choux chinois sont plantés sous voile d’ombrage. Les oignons, à peine récoltés, sont mis à sécher sous les pommiers. Et on est contents d’avoir blanchi nos serres : ça nous permet de récolter des tomates jusqu’à des heures avancées de la matinée. Et tant mieux, d’ailleurs, parce que les récoltes commencent à devenir interminables ! La récolte de tomates de vendredi a duré plus de deux heures et totalisait quasiment 100 kg de fruits. Laurence continue de nous seconder bravement, alternant les discussions sérieuses et les tacles potaches. Son humour nous donne un petit coup de fouet au bon moment : on sent que la saison a commencé depuis longtemps et on pourrait avoir envie de se relâcher un peu… Alors, on se mange une petite mûre en passant et on repart. Laurence, s’il te plaît, on a dit UNE mûre. Non mais.

Elles sont tellement bonnes les tomates des Grivauds ! Difficile de résister à la tentation, surtout après une récolte aussi longue…

Et maintenant, il va falloir vendre toutes ces tomates. Comment faire ? Ça va être le défi des jours à venir. Parce qu’une bonne partie de la recette de l’année se joue sur cette culture. Et qu’à Vichy, malheureusement, le compte n’y est pas ! À suivre… En attendant, si vous avez envie de tomates, contactez-nous ! Elles sont tellement bonnes, si vous saviez…

À la semaine prochaine !

References

References
1 Le tableau détaillant les différentes restrictions liées au niveau d’alerte est téléchargeable ici : https://www.allier.gouv.fr/IMG/pdf/220801_cp-1_tableau.pdf

Et s’il suffisait d’une recette ?

Allez, Laurence, c’est parti ! Objectif 1000€ ! Tiens ? C’est quoi ces papiers blancs dans les corbeilles de légumes ?

Laurence [1]La wwoofeuse du moment, voir article précédent rêve d’assister à un marché à 1000€ à Vichy. Comme on en faisait en 2020. Pour réaliser un tel exploit, il faut beaucoup de marchandises, et c’est le cas en ce moment. Nos haricots-rame ont atteint leur pic de production cette semaine, les tomates commencent à donner sérieusement, les aubergines sont magnifiques et il pleut des courgettes et des concombres. Le reste de la gamme est solide : carottes, pommes de terre, betteraves, salades, oignons, blettes, choux, etc. Tout y est ! On a même de la rhubarbe cette semaine. L’enjeu est donc d’attirer de nouveaux client·es. Ou d’amener celleux qui n’achètent que de la salade à manger aussi quelques concombres et courgettes. J’ai fini par me ranger derrière l’avis de tous·tes ces wwoofeur·euses qui nous ont suggéré de placer des recettes sur notre stand. Et pourquoi pas ? Mais à plusieurs conditions : que ce soit des recettes simples, bon marché et végétariennes. Pour le moment, je me suis concentré sur 4 petites fiches-recette. Je me suis contenté de décrire la façon dont je cuisine ces légumes au quotidien, tout simplement. Les voici :

On le voit, j’y fais explicitement référence à la qualité de nos cueillettes (courgettes et pâtissons) ou de notre choix variétal (mini-concombre).

En rédigeant ces fiches, je me suis fait une réflexion. Je crois que ça fait quelques années que je me trompe sur ma conception de la cuisine. Celleux qui me connaissent savent que je revendique une certaine simplicité culinaire. Cuire peu, utiliser peu d’aromates, découper grossièrement, faire peu de mélanges. Bref, rester proche du goût du légume. J’ai d’ailleurs rédigé un article qui résume cette vision : Cocotte. Je hausse les épaules quand on me parle de «recette» parce que je n’en utilise pas. Ou plutôt, je n’en utilise plus. J’ouvre mon frigo, je sors quelques légumes et je me demande : «comment vais-je les préparer aujourd’hui ?» Je fais beaucoup de salades de légumes crus, des soupes, des sautés (ou des currys de légumes) et des légumes vapeur. Mais, en réalité, pour en arriver à cette épure, pour avoir la main aussi sûre dans mes découpes, dans mes cuissons ou dans mes assaisonnements, il a bien fallu quelques années d’apprentissage. Et aussi … quelques recettes. La recette, ça évite le complexe de la page blanche, ça évite de réinventer l’eau tiède, ça rassure. Alors, voilà, il est temps que je donne les miennes. Et ce faisant, je suis obligé de constater qu’il y a plusieurs petites astuces que je réalise sans réfléchir et qui sont le fruit de l’expérience. Comme le fait de ne pas trop remuer un pâtisson en cours de cuisson (ça vaut pour les courgettes et les courges en hiver, d’ailleurs). Ainsi, donc, je comprends que certains légumes demandent une petite éducation si on ne veut pas tourner en rond et répéter sans cesse le même plat. Combien de fois ai-je entendu que nos amapien·nes étaient perdu·es avec leurs navets, parce que, en dehors de la soupe, iels ne savaient pas quoi en faire… Je rêve d’une école où, au baccalauréat, on demande aux élèves quelques rudiments de cuisine et de jardinage. Des savoirs à mon sens bien plus pertinents dans notre monde détraqué que toutes nos absurdes règles grammaticales. Mais ceci est une autre histoire…

À la semaine prochaine !

PS : Sur le stand, il y avait 24 fiches. À la fin du marché, il n’en restait que 2. Et ça a provoqué plusieurs petites discussions plutôt chouettes. Donc, c’est encourageant. Alors, non, on n’a pas réussi à faire 1000€. Par contre, on a dépassé les 700€, ce qui n’était pas arrivé depuis quelques mois. Alors, on se dit que c’est déjà ça ! Et que cette histoire de recettes, ça aura peut-être un impact positif sur nos ventes dans le futur. À suivre…

References

References
1 La wwoofeuse du moment, voir article précédent

Fleurs-soleils

Séneçons jacobés, fleurs-soleils des prairies sauvages

Devant chez moi, j’ai laissé pousser un vaste Cirse des marais. La plante est spectaculaire de part son ampleur. Le·la visiteur·euse est sensible tantôt au charme violacé de ses fleurs, tantôt à l’aspect inquiétant de ses longues épines. «C’est un chardon ?» – «Non, mais c’est une cousin du chardon.» Et voilà l’occasion de parler des astéracées. On est en été, les floraisons se font déjà plus rares. C’est fini les prunus, les tilleuls, les pâquerettes. Dans les friches, dominent les fleurs d’ortie et de carottes sauvages, qui n’intéressent pas tellement les abeilles. Par contre, mon Cirse, il est visité toute la journée par tout un tas d’hyménoptères. Un peu plus tard, quand les graines seront prêtes, les Chardonnerets élégants recommenceront leur ballet. Parfois, la biodiversité, ça n’est pas compliqué : il suffit d’un peu de lâcher-prise et de patience.

Chardons à graines : cliquez sur la photo pour l’agrandir et voir les pappus délicats qui entraînent les graines dans le vent

Vous auriez tort de hausser les épaules devant un pissenlit. D’abord parce qu’il porte un nom bien plus classe que le vôtre[1]Taraxacum officinale, excusez du peu !. Ensuite parce que s’il décide de ramener toute sa famille, vous feriez moins les malin·es. Les astéracées comptent 23 500 espèces, répartis en 1 600 genres ! C’est la deuxième famille de plantes la plus riche en espèces[2]derrière les Orchidacées. Ce sont essentiellement des herbacées, c’est à dire, des plantes qui ne forment ni des arbres, ni des arbustes. Ça ne veut pas dire qu’elles ont toutes des dimensions de pâquerettes, hein ! Regardez à quelle hauteur pousse un artichaut. Ou un topinambour ! Dans le champ des Grivauds, on joue souvent à reconnaître les plantes. Et cette semaine, on est tombés plusieurs fois sur des Vergerettes du Canada ou sur des Laitues sauvages[3]Tu as vu, Nel, je ne descends plus à l’espèce avant d’avoir vu les akènes. Je progresse, non ? Oui, parce que entre la Laitue vireuse et la Laitue scariole, la différence est … Continue reading. Je me suis alors dit : «tiens, ça pourrait faire un sujet d’article : ça fait longtemps que je n’ai pas parlé de botanique sur le blog». Alors, je me suis mis à mieux regarder autour de moi et j’ai du me rendre à l’évidence : les floraisons d’astéracée sont encore très présentes, même au cœur de l’été. Toutes ont en commun d’être constituées d’un capitule de fleurs minuscules. Ce capitule peut être immense (Tournesol) ou très réduit (Séneçon commun). Les laiterons et les laitues nous offrent l’occasion de parler de latex. Avec les chardons, on illustre l’anémochorie des graines munies de pappus : les petites aigrettes de soie qui surmontent les fruits leur permettent d’être dispersées par le vent. Les matricaires à odeur de pomme, la délicatesse de l’arôme des vergettes et les achillées finement odorantes offrent l’occasion d’une pause olfactive. L’œil se réjouit avec les centaurées et les bleuets. Mais moi, il y a deux plantes que je trouve remarquables. Les grands Séneçons jacobés (Jacobaea vulgaris) d’abord, avec leurs fleurs en forme de soleils orangés. Ils forment de grosses thalles et dominent allégrement une prairie rabattue par les pluies d’orage. Ensuite, il y a les Cardères sauvages. Ah les cardères ! C’est tellement fou cette plante ! C’est une plante qui a des épines sur ses feuilles ! Pas sur le limbe comme les chardons mais directement sur la face ventrale de la feuille ! C’est une plante dont les feuilles sont soudées par paire pour former des cuvettes qui recueillent l’eau de pluie et dans lesquelles les oiseaux peuvent venir se rafraîchir. C’est une plante dont les capitules (l’organe qui supporte les fleurs) sont ovoïdes ! Et les fleurs s’ouvrent en formant des lignes violettes. Si vous ne tondez pas votre prairie, les capitules secs de cardère peuvent rester plusieurs années le nez en l’air, distribuant sur un temps très long la séduction de son port riche de mille petits détails charmants (même ses longues bractées valent le détour !).

La semaine a de nouveau été très productive, comme vous pourrez le voir dans la galerie qui suit. Notons le retour de Claire, la wwoofeuse-cycliste-multi-récidiviste. Cette fois-ci, elle débarque avec Laurence, qu’elle a rencontrée dans un autre wwoofing. Toutes les deux sont déjà très complices et l’ambiance s’en ressent. On a beaucoup ri cette semaine, vous comprendrez pourquoi en voyant les photos…

À la semaine prochaine !

References

References
1 Taraxacum officinale, excusez du peu !
2 derrière les Orchidacées
3 Tu as vu, Nel, je ne descends plus à l’espèce avant d’avoir vu les akènes. Je progresse, non ? Oui, parce que entre la Laitue vireuse et la Laitue scariole, la différence est subtile…

On sait qu’on est à l’heure quand…

Ça y est, on s’occupe enfin des doryphores dans les pommes de terre !

… quand on a le temps de s’émerveiller de l’ouverture des Cardères ? Ah non pardon, c’est quand on a le temps d’aller récolter les doryphores dans les pommes de terre. Ou de tirer le blé qui pousse dans les poireaux. Ou plus simplement, c’est quand les plants de choux et de salades sont mis en terre au bon stade (et non pas après avoir traîné des semaines dans une caissette desséchée). Bref, c’est quand on a le temps de prendre soin de toutes les cultures. Quand on a le sentiment de faire de nouveau correctement son métier de maraîcher et non plus de courir après le temps pour faire «au mieux».

À la fin de cette semaine, on peut enfin pousser un soupir de soulagement : on est de nouveau à l’heure. De nombreux chantiers qui avaient été lancés dans les semaines précédentes sont enfin terminés : les 10 000 poireaux de l’année sont enfin en terre, les fenouils sont plantés, les melons aussi, les tomates sont toutes taillées et palissées et les betteraves de conservation sont semées. L’énorme chantier «choux» a avancé d’un coup sec et on va pouvoir sereinement attaquer la plantation des choux-fleur dès lundi. On a même récolté les échalotes et on les a mises à sécher à l’ombre des pommiers. À quoi est dûe cette soudaine poussée estivale ? Que s’est-il passé aux Grivauds pour qu’on réussisse à sortir de nouveau la tête du sac ? Eh bien, n’ayons pas peur de l’avouer : ce joli succès, on le doit clairement … à nos petites mains de ces derniers jours ! Comprenez-moi bien, les wwoofeur·euses et stagiaires des semaines passées n’ont pas démérité, loin s’en faut ! Mais cette semaine, nous étions très nombreux·ses et ça a créé une sorte de fièvre de travail, qui a permis à toute l’équipe de donner le meilleur d’elle-même. Nos quatre compagnons de galère, vous les connaissez déjà : ce sont Mickaël (stagiaire BP Horticole à Neuvy, sorte d’incarnation humaine de la joie de jardiner), Simon (stagiaire BPREA, en projet d’installation dans le Puy de Dôme ; le seul habitant des Grivauds capable d’appeler Fabrice «patron» quotidiennement sans sourciller), Salomé (ex-stagiaire 2021, spécialiste de la bouture de fraises et des gants à l’envers) et Nadja (notre salariée du moment, maître désherbeuse de panais et palisseuse de tomates). Comme tout le monde commence à être à l’aise au jardin, on peut se permettre de faire des petits groupes de travail plus ou moins autonomes. Et tout avance de front.

Curieuse ambiance dans la serre 3, qui vient d’être «blanchie». Constatez que les tomates sont palissées, que les poivrons sont désherbés et que leur palissage est en cours. Quand je vous dis qu’on reprend la main partout !…

Du coup, on a même le temps d’anticiper la vague de chaleur de la semaine prochaine, en blanchissant les serres en avance. Les tomates et les poivrons sont protégés contre les coups de soleil. Et on limite la prolifération des acariens phytophages. Sans parler du fait que les récoltes en serre seront plus agréables. Bref, pour tout cas, ça mérite de passer des heures en équilibre sur une échelle avec un pulvérisateur horriblement lourd sur les épaules… Merci Fabrice !

À la semaine prochaine !

Il faut savoir séparer le basilic de la tomate

Des planches de basilic comme ça, on en a deux… Autant dire que si vous avez des envies de pesto, c’est maintenant ou jamais.

On a deux planches de basilic qui donnent prodigieusement. Les pieds sont beaux et généreux, les feuilles bien vertes et on le gère suffisamment bien pour l’empêcher de fleurir et le récolter toujours au bon stade. Mais, jusqu’à présent, les tomates n’étaient pas mûres, alors on avait bêtement du mal à nous sentir légitimes à avoir autant de basilic de façon si précoce. À quoi bon, puisque leur principal compagnon de l’été se fait attendre. Et pourtant, nos client·es se réjouissent déjà de la présence de cet aromate. Qu’attendions-nous pour nous féliciter avec iels de son parfum franc et évocateur ? D’ailleurs comment caractériser cet arôme ? Poivré, mentholé, cannabinoïde[1]Ah si, avouez que ça sent un peu la beuh. ? Chacun·e voyage avec cette fragrance en fonction de son histoire olfactive personnelle.

Le basilic, ça fait partie de la grande famille des lamiacées. La famille de la menthe, de la sauge, des lavandes, des lamiers et de la germandrée. Une grande partie des plantes aromatiques sont les cousines du basilic. Reconnaître une lamiacée, c’est facile : les feuilles sont opposées et décussées (elles pivotent de 90°C à chaque nœud), les tiges sont carrées et les fleurs sont à symétrie bilatérale[2]Méfiez-vous, ces critères ne sont pas suffisants, mais ça donne un indice. Des basilics (Ocinum basilicum), il en existe des tas de variétés. Des grands, des petits, des verts, des rouges, des qui viennent de Gêne (Genovese), de Grêce ou de Thaïlande (Basilic thaï). Des qui sentent la cannelle ou le citron. Nous, on se concentre sur le Basilic ‘Grand vert’, un grand classique. Les tiges peuvent monter jusqu’à 40 cm de haut. C’est généreux, c’est beau et ça fait des pestos doux et délicieux. L’année dernière, avec quelques bouquets de basilic de retour du marché, une wwoofeuse malicieuse a tenté de le faire sécher et de l’infuser. Résultat : ça marche ! Et c’est même surprenant tellement c’est bon. D’ailleurs, il existe des variétés spécialement développées pour ce genre d’utilisation. On appelle ça des Tulsis, ou Basilics sacrés.

C’est facile de faire pousser du basilic. Une terre généreuse, pas mal d’eau, et voilà. Par contre, ce qui est compliqué, c’est de le récolter au bon stade. Concrètement, on cherche à récolter les brins les plus grands possibles. Mais si on attend trop, alors les fleurs apparaissent et c’est loupé. On prélève en coupant assez bas, au dessus d’un nœud pour permettre à des bourgeons axillaires de prendre le relai. Sur un même pied, on peut prélever entre 5 et 7 brins si on se débrouille bien. Après, la plante est tellement stressée qu’elle fleurit quasiment immédiatement. Un dernier conseil, si vous avez un pot de basilic dans votre cuisine ou quelques plants dans votre jardin, ne prélevez pas les feuilles une par une : la plante déteste ça et se met à fleurir. Prélevez toujours des tiges entières. Et si ça vous fait trop, mettez les tiges dans un verre d’eau. Tout simplement.

Bon, tout ça, c’est bien beau, mais ça ne vous dit pas ce qu’on a bricolé cette semaine, à part sniffer du basilic. Eh bien, vous le saurez en regardant les photos, bande de petit·es curieux·ses !

À la semaine prochaine !

References

References
1 Ah si, avouez que ça sent un peu la beuh.
2 Méfiez-vous, ces critères ne sont pas suffisants, mais ça donne un indice

Courges : l’impossible culture ?

Après la grêle : on perd toute la première génération de fruits dans les courges et les pieds sont très abîmés.

C’est ma cinquième année aux Grivauds. Et c’est la troisième fois qu’on assiste impuissants au massacre de nos courges par un orage de grêle. 2019, c’était début juillet. 2021, c’était fin juillet. 2022, c’est fin juin. D’ailleurs, rien ne nous garantit qu’on n’en reprendra pas une dose dans l’été… Cette fois-ci, les glaçons étaient si gros qu’ils ont perforé les bâches de serre. Les dégâts sont vraiment importants. La bâche de la serre 2 est bonne à jeter. Bon, c’était une bâche déjà très ancienne qu’il aurait fallu changer cet hiver. Mais, là, pardon, on avait d’autres chats à fouetter. Ah oui, parce que, c’est peut-être ça qui nous fait le plus râler : on était suffisamment débordés pour ne pas avoir envie de gérer les conséquences d’une grêle pendant les chantiers poireaux et choux… Genre éplucher deux cents pieds de blettes pour qu’elles repartent du cœur. Genre rustiner les bâches de serre pour éviter qu’il ne pleuve sur nos tomates. Début janvier, je me souviens avoir fait le vœu d’une «année calme», histoire de souffler un peu après 2021, qui avait été particulièrement difficile à gérer. Vœu non réalisé. Ma dernière année aux Grivauds me laissera l’impression d’avoir constamment couru dans tous les sens…

Cette année, on a quand même progressé d’un cran dans notre anticipation de la grêle. On a couvert les salades et les courgettes avec un filet anti-insecte. Résultat : partout où le filet a tenu sur les courgettes (c’est à dire quand le vent n’est pas venu malicieusement le soulever), les pieds ont été parfaitement sauvegardés ! Pour les salades, le résultat est mitigé. Les grêlons ont stagné sur le haut des salades et ont brûlé les feuilles, laissant d’importantes traces noires derrière eux. On va quand même tenter de vendre ces salades abîmées à Vichy. Par contre, les courges… on n’a rien protégé du tout. De nombreux pieds sont cassés. Il va falloir attendre un peu pour qu’ils se refassent une santé. Et toute la première génération de fruits (notamment de magnifiques potimarrons) est bonne à jeter. On aura quand même des courges. Mais, comme l’année dernière, on sait déjà qu’on n’aura pas assez pour passer l’hiver. Dans ces conditions, désormais, faut-il ou non inclure dans le prix de vente le risque important de se faire grêler la culture ? Ça paraîtrait légitime. Des solutions existent pour protéger les cultures extérieures mais elles sont laborieuses. On pourrait souscrire à une assurance récolte pour les courges. Mais est-ce rentable ? À étudier. Certain·es collègues investissent déjà dans du filet anti-grêle. En tout cas, il parait impensable désormais de ne pas penser à la grêle dès l’installation.

On n’est pas restés les bras croisés cette semaine : 400 choux ont été plantés, ainsi que la quatrième série de concombres et la deuxième série de poireaux. Les plants de la troisième série de poireaux attendent déjà dans notre chambre froide… On a taillé, palissé et paillé une grosse partie de nos tomates et nos poivrons sont enfin désherbés (merci Nadia !). Tout ça en préparant en même temps nos paniers d’Amap et notre marché du samedi… Allez, on ne fléchit pas : l’été ne fait que commencer !

À la semaine prochaine !

Paradoxe aux Grivauds : comment la réussite de notre printemps handicape notre été

À Vichy, notre stand n’a jamais été aussi complet à cette période de l’année ! Plein de courgettes, de concombres, de petits pois… Jeu : reconnaissez-vous la vendeuse de la semaine ? C’est une «petite main» historique des Grivauds ! (Cliquez pour agrandir)

En ce moment, avec Fabrice, on réalise un petit rêve : réussir à aller toutes les semaines sur le marché de Vichy, hors période de tomates. C’est inédit pour nous d’avoir autant de légumes à cette période. De même, en avril, on avait du rendre nos visites à Vichy plus régulières, pour écouler nos épinards et nos salades. Actuellement, ce qui embouteille notre chambre froide, ce sont les betteraves, les petits pois, les choux cabus, les courgettes et les concombres. Ah, et aussi quelques centaines de magnifiques salades de plein champ. Que s’est-il passé ? Les conditions météorologiques sont très favorables à une belle précocité, contrairement à l’année dernière. Et puis, on a encore fait des progrès, en termes de choix techniques : le réchauffement et l’hydratation des sols ont été mieux gérés. La fertilisation a été plus généreuse. Bilan : non seulement on a de la salade en continu (ce qui n’était pas le cas les années passées, où les premières salades de plein champ patinaient dans la choucroute), mais en plus elles sont énormes… Nos deux débouchés habituels (l’Amap de Bourbon-Lancy et le Marché de Vichy) sont à peine suffisants pour écouler tous ces beaux légumes, c’est fou !

Alors, oui, du coup, ça fait rentrer plus d’argent que les années passées. Et, ça, c’est quand même le but du jeu. Mais, et c’est là tout le paradoxe, ça nous laisse aussi beaucoup moins de temps pour planter, semer, désherber, palisser nos tomates. Mine de rien, préparer le marché de Vichy, ça nous prend une journée complète. La récolte des petits pois nous occupe trois bonnes heures, et on l’a effectuée deux fois cette semaine ! De plus, l’un de nous deux s’absente toute la matinée du samedi pour tenir le stand du marché. Alors, oui, semaine après semaine, le retard s’accumule. On se concentre sur l’imposant chantier des poireaux : pailler et planter les milliers de plants fraîchement reçus. Malheureusement, le soleil est si violent que les pauvres petits poireaux semblent brûler dans la paille, à peine installés dans le sol. On arrose pour calmer le jeu. Et on doute. Dans les serres, les tomates poussent tellement vite qu’on n’arrive plus à suivre leur croissance. Certaines s’écroulent, insuffisamment palissées. Les dernières séries de concombres et de salades patientent dans la pépinière. Et l’immense chantier choux est au point mort. De toute façon, c’est impossible de planter sur une toile tissée avec une telle température. Notre logiciel de planification ne cesse de nous seriner que nous devrions être en train de semer des carottes et des haricots verts. Bref, on est dépassés.

Des tomates qui s’écroulent aux Grivauds : ça aussi c’est du jamais vu…

Alors, oui, de nouveau, on envisage une embauche. Inutile de vous jeter sur votre clavier pour postuler : on a déjà quelqu’un sous le coude. On attend que ce soit officiel pour vous présenter l’heureux·se élu·e qui aura l’insigne honneur de redresser nos tomates. En attendant, je vais aller me baigner dans la Loire, pour éviter de terminer grillé comme un poireau des Grivauds…

À la semaine prochaine !

Légumes d’été : on fait le point

Elles sont mûres quand ces tomates ? Fin juin ? Début juillet ? Suspens…

«Alors, c’est quand les tomates ?» J’ai rencontré un jour un maraîcher qui répondait toujours de la même manière à cette question : «vous prenez votre première envie de tomates et vous ajoutez deux mois». Comme quoi, les bons mots, ça fait sourire, mais ça ne renseigne pas toujours. Nous, ce qu’on peut vous dire, c’est qu’on n’a jamais planté les tomates aussi tard (fin avril à mi-mai), mais qu’on n’a jamais eu une saison aussi précoce. Comme quoi, la franchise, ça fait du bien, mais ça peut aussi être source d’ambiguïté.

Vous vous en souvenez, cette année, les tomates sont toutes greffées et conduites sur deux brins. Deux fois moins de pied que l’année dernière. On les a plantées en rang central et on a placé des cultures de part et d’autre. On peut déjà en tirer un premier bilan. D’abord, on a choisi de privilégier un gourmand assez haut, pour assurer une bonne ventilation sous les pieds. Concrètement, on a gardé le gourmand situé sous la première grappe. Ce gourmand prend d’abord le temps d’émettre une série de feuilles avant de produire une grappe de fleurs. Ce qui signifie qu’on a deux fois moins de premières grappes que l’année dernière. Et ça, on ne l’avait pas tellement anticipé… Ça signifie qu’on aura une fin de saison beaucoup plus soutenue que le début de saison. Ensuite, on a pu constater l’impact des cultures adjacentes sur la croissance des tomates. Flanquée de salades ou de persil, la tomate prend nettement le dessus et pousse normalement. Le persil est même un peu stressé et certains pieds présentent déjà des signes de montaison. Entourée de betteraves et de choux chinois, la tomate semble souffrir de la concurrence et la croissance est retardée. Et malheureusement, des betteraves, on en a planté tout plein. Sous les betteraves, le sol est tout sec : on soupçonne une concurrence en eau. En dehors de ça, on est impressionnés par le port de notre série la plus précoce, qui est majestueux. Et par la croissance vertigineuse des tomates cerise. À suivre.

Aubergines en serre 4, entourées de fenouils

Les aubergines sont elles-aussi toutes greffées. Quel que soit le lieu où elles ont été implantées (on en trouve dans trois serres différentes), elles ont démarré avec une vigueur hallucinante. Certaines feuilles sont déjà immenses. Les premières fleurs se sont ouvertes depuis une semaine. L’occasion de nous extasier devant cette alliance insolente de jaune et de violet. Là aussi, il y a deux fois moins de pieds que l’année dernière. Mais, l’année dernière, les pieds non-greffés (qui étaient majoritaires) n’avaient presque pas donnés. Donc, que tout le monde se rassure : ça va partir en moussaka tout ça. Les poivrons sont bien plus vigoureux que l’année dernière, sans être éclatants pour autant. On a en plantés un peu plus : on a vraiment envie de pouvoir en mettre régulièrement à l’Amap. Pour le moment, il reste un épineux problème : où trouverons-nous le temps d’aller les désherber ? Beaucoup de blé pousse sur ces deux planches… Les concombres sont plutôt beaux. Il y a 9 pieds greffés. Pour le moment, on ne les trouve pas plus vigoureux que les autres. À voir s’ils ont une meilleure longévité. Les courgettes se portent joliment, en serre comme en extérieur. On a déjà pu en vendre pas mal, à l’Amap et sur le marché. Les haricots grimpants, c’est plus compliqué : la planche est plus irrégulière et on a déjà des attaques d’acariens. Quant aux semis de haricots nains en plein champ, reconnaissons-le, on a du retard…

Là, normalement, c’est le moment où je vous fais un topo sur les petites mains de la semaine. Mais, William, stagiaire de retour au jardin, a choisi de se présenter lui-même à travers une petite danse :

À la semaine prochaine !

Le mystère de la jeunesse du MSV

Le MSV, c’est facile. Et c’est confortable.

Ajout du 6 juin 2022 : Après relecture de l’article, Marine me suggère de mentionner l’existence d’un label pour l’Agriculture de Conservation des Sols : Au Cœur des Sols.

C’est si simple le MSV[1]=Maraîchage sur Sol Vivant, pour rappel… ! Vous voyez, dans la serre 1, on avait une jolie planche de carottes. On récolte, on broie[2]Sans broyeur, dans un jardin, on se serait contentés de rabattre les hautes tiges. Par exemple au sécateur. les herbes qui ont poussé, on repaille légèrement, on bâche et on plante des melons. Aucun travail du sol, aucun désherbage. Tout va très vite et ne demande quasiment aucune énergie, ni humaine, ni mécanique. C’est si simple, qu’on se demande pourquoi on n’y avait pas pensé plus tôt. Il y a encore quelques années, jardiner, c’était forcément se confronter à la fourche-bêche (ou à la grelinette) et à la binette sous les lourds soleils d’été. Se lancer dans le maraîchage, c’était apprendre à manipuler tout un tas d’outils barbares, genre charrue, herse étrille, rotavator, actisol et j’en passe…

Attention, Marine, je crois que Miroux essaie de se faire passer pour un panier d’Amap…

C’est le genre de discussions qu’on a eues avec Marine, la wwoofeuse de la semaine dernière. Marine, elle a travaillé à l’APAD, l’Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable. Son rôle était d’accompagner les agriculteur·ices en transition vers l’Agriculture de Conservation des Sols[3]Aussi appelée Agriculture de Conservation tout court, ou Semi Direct sous Couvert. Je vous l’accorde, ça n’est pas avec des appellations comme ça qu’on va faciliter … Continue reading. L’ACS, c’est un peu la grande sœur du MSV. Elle fait ses premiers pas aux États-Unis dans les années 50, avec pour but de réduire l’érosion des sols et d’améliorer leur fertilité. Mais c’est seulement à partir des années 90 qu’elle prend son envol. Les chiffres de 2016 montre que la surface mondiale en ACS dépasse les 12%[4]A. Kassam, T. Friedrich & R. Derpsch (2019) Global spread of Conservation Agriculture, International Journal of Environmental Studies, 76:1, 29-51, DOI: … Continue reading. Deux questions se posent : pourquoi est-ce que les produits de cette agriculture sont si peu visibles pour le grand public et pourquoi cette agriculture est-elle si récente ? Vous allez le voir, les deux questions sont liées.

En ACS, comme en MSV, on s’interdit de travailler le sol. Pas de labour, pas de binage. On plante ou on sème directement dans un couvert végétal ou dans un mulch[5]Couche de végétaux en décomposition sur le sol servant de paillage et/ou de nourriture pour le sol. Mois après mois, si rien n’est fait, les adventices[6]C’est le synonyme de «mauvaises herbes» que vous devez utiliser devant nous si vous ne voulez pas qu’on vous jette des potentilles dessus… s’installent. Genre des rumex. Genre du chiendent. Genre de la potentille rampante. Nous, en MSV, quand ça arrive, on dégaine une arme redoutable : la bâche plastique ! On pose une toile tissée sur les planches enherbées et, tintintin, les potentilles meurent au bout de quelques mois. C’est le principe de l’occultation. En jardin, on peut opérer avec des cartons, en faisant bien attention de choisir des cartons sans encre et sans traitement. En ACS, impossible d’opérer de cette manière-là… Alors, on dégaine les herbicides chimiques. Dont le glyphosate. Ce qui fait que, pour le moment, un produit issu de l’ACS ne peut pas être labellisé AB[7]En réaction à cet article, Nathalie Cerclé, de la Ferme de Layat, me mentionne qu’iels produisent des céréales sous couvert de luzerne permanent sans travail du sol et sans désherbant … Continue reading. Alors que la charrue, qui est une plaie écologique majeure, est autorisée en Bio… Pour le moment, aucun label n’existe pour aider le consommateur·rice à repérer les produits issus cette pratique. Et, de toute façon, l’usage du glyphosate ternit d’avance l’image de l’ACS. Ainsi, c’est la bâche plastique qui rend le MSV possible et ce sont les herbicides qui rendent l’ACS envisageable. D’où la jeunesse de ces pratiques. Je suis désolé de vous l’apprendre, mais on vit vraiment dans un monde dans lequel rien n’est simple…

C’est grâce à l’existence des toiles tissées que le MSV est possible : c’est comme ça qu’on peut planter à travers un couvert végétal sous avoir à retourner le sol.

On dit au revoir à Lucas, notre Brésilien de choc et on dit bonjour à Diane. Diane, qui est aussi une voyageuse hors-pair, et qui est prête à consacrer plus de deux heures de son après-midi pour aller en vélo acheter du sucre Bio à Digoin, afin de faire de la confiture de fraises. Les chantiers d’implantation ont ralenti avec la reprise des amaps mais on ne baisse pas les bras : il reste encore beaucoup de poireaux et de choux à planter !

À la semaine prochaine !

References

References
1 =Maraîchage sur Sol Vivant, pour rappel…
2 Sans broyeur, dans un jardin, on se serait contentés de rabattre les hautes tiges. Par exemple au sécateur.
3 Aussi appelée Agriculture de Conservation tout court, ou Semi Direct sous Couvert. Je vous l’accorde, ça n’est pas avec des appellations comme ça qu’on va faciliter l’appropriation du concept par le grand public…
4 A. Kassam, T. Friedrich & R. Derpsch (2019) Global spread of Conservation Agriculture, International Journal of Environmental Studies, 76:1, 29-51, DOI: https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00207233.2018.1494927?journalCode=genv20
5 Couche de végétaux en décomposition sur le sol servant de paillage et/ou de nourriture pour le sol
6 C’est le synonyme de «mauvaises herbes» que vous devez utiliser devant nous si vous ne voulez pas qu’on vous jette des potentilles dessus…
7 En réaction à cet article, Nathalie Cerclé, de la Ferme de Layat, me mentionne qu’iels produisent des céréales sous couvert de luzerne permanent sans travail du sol et sans désherbant chimique. À creuser !

Les Grivauds par temps chaud et sec : l’endroit idéal pour vivre une expérience allergique de qualité

Les graminées, c’est aussi un élément paysager

Rien à faire, aux Grivauds, on a une grande tendresse pour les graminées. Vous savez, ces grandes tiges/feuilles que vous appelez «herbes» en mettant un peu tout le monde dans le même sac. Le genre de plantes, qui, dans une pelouse « bien entretenue », n’atteint jamais le stade de la floraison. Et de toutes façons, à quoi bon laisser fleurir puisque la floraison est si peu colorée, si peu spectaculaire. Encore, un coquelicot ou un bleuet, passons. Au moins, c’est décoratif. Mais un panic ou un dactyle, aucun intérêt. Sauf que … non, nous, on y trouve plusieurs intérêts. D’abord, les graminées sont d’excellents couvres-sols. Elles ont un rôle clé dans les écosystèmes prairials : elles produisent beaucoup de biomasse et leurs racines structurent le sol à toutes les profondeurs. Elles produisent force graines, ce qui présente une source de nutrition pour de nombreux oiseaux (comme les moineaux par exemple). Et en plus … elles ont la classe ! Non, mais c’est vrai, dès qu’on s’y intéresse un tout petit peu, on y détecte une foule de formes, de hauteur, structure. C’est riche. C’est beau. Tout simplement.

Panicule de Dactyle aggloméré au moment de l’anthèse (stade où les fleurs sont fonctionnelles)

Alors, du coup, vous vous doutez qu’on a tendance à ne pas entretenir nos bords de champ plus que nécessaire. On tond pour dégager des chemins. Éventuellement, on vient entretenir le tour des serres. Mais c’est à peu près tout. Forcément, les graminées en profitent pour s’exprimer joyeusement. La vague de chaleur que nous traversons a permis une précocité et une intensité remarquables des floraisons de graminées. C’est de moment idéal pour que ces plantes lâchent en masse leur pollen dans l’air chaud. Tiens, mais pourquoi font-elles ça, d’ailleurs ? Eh bien, tout simplement parce que leur pollinisation est anémophile : les pollens (gamètes mâles) sont portées par le vent, dans l’espoir qu’ils croisent les stigmates d’une autre fleur, parfois à plusieurs kilomètres de distance de la première, assurant par là même un bon brassage génétique. Compte-tenu du caractère aléatoire de l’opération, chaque plante a intérêt à émettre une quantité énorme de pollen pour avoir une petite chance de réussir une fécondation. Problème : ce pollen est allergène.

Cette semaine, on en a eu une illustration parfaite dans notre champ : Lucas, le wwoofeur brésilien et Mickaël, notre stagiaire du moment, nous ont donné un magnifique concert d’éternuements en stéréo ! Le rhume des foins dans sa plus belle expression, les histamines dans leurs œuvres, les mouchoirs au creux des mains, prêts à être brandis en signe d’abdication face à la violence de la poussée allergique. Il parait que la prévalence du rhume des foins est en augmentation ces dernières décennies. La pollution urbaine jouerait beaucoup (notamment l’ozone et le dioxyde d’azote, émis par le trafic urbain). L’hygiénisme aurait aussi un impact visiblement. Mais, normalement, les paysan·nes ne sont pas concerné·es, puisque iels n’ont pas le temps de faire leur ménage… Claire, wwoofeuse-cycliste multi-récidiviste, de retour pour quelques jours, assiste au spectacle en riant. Nos deux volontaires aux yeux rouges se moquent gentiment d’eux-mêmes et rient des excès de leur réaction immunitaire. L’ambiance reste légère, même sous un soleil d’une remarquable agressivité. C’est l’essentiel : c’est ça qui nous aide à garder le cap dans une période aussi dense…

À la semaine prochaine !