L’incroyable interdiction

Aux Grivauds, en préparation de la future interdiction de tondre les pelouses, on a laissé la tondeuse au placard.

L’actualité est devenue folle, tout va trop vite, on tombe de Charybde en Scylla ! Le confinement se renforce et s’allonge, les hôpitaux saturent, les marchés sont interdits (mais pas celui de Pierrefitte, ouf!), on dézingue le code du travail à tout va sous prétexte que c’est l’état d’urgence et on nous somme d’aller rejoindre la «Grande Armée de l’Agriculture». Période propice à jeter des idées dans tous les sens, comme on sèmerait autant de graines, si bien que notre premier ministre s’exclame : «nos compatriotes occupent leur temps comme ils peuvent : certains ont déjà tondu cinq fois leur gazon et taillé quatorze fois leurs haies» (propos recueillis par Mediaporte). Rebondissant sur cette saillie humoristique, certains de nos parlementaires ont fait le lien entre nos crises actuelles (pandémies, réchauffement climatique, pollution de l’air) et la baisse inexorable de la biodiversité dans le monde (lire à ce propos l’excellent article du Monde Diplomatique qui résume bien la situation). Et voilà que le bruit court qu’on nous prépare ni plus ni moins qu’une interdiction de tondre les pelouses et de tailler les haies dans les jardins ! L’interdiction porterait sur les mois de mars à octobre (inclus) au motif que ces espaces pourraient constituer de formidables réserves de biodiversité si on voulait bien les laisser un peu tranquilles.

Premières floraisons de graminées : le vulpin des prés.

Une pelouse non tondue, ça se transforme naturellement en prairie. Les graminées fleurissent et donnent des graines. Si l’expérience est renouvelée d’année en année, la flore se diversifie : trèfle, vesce, pissenlit et rumex s’installent, accompagnés d’un certain nombre de plantes annuelles (véroniques, lamiers, gaillets, carottes sauvages, etc.). Les grosses graines d’astéracées (chardons, centaurées, pissenlits, etc.) feront la joie des oiseaux granivores, dont le magnifique Chardonneret Élégant, si beau que Jacques Séguéla aurait déclaré un jour : «Si t’as pas vu un Chardonneret avant 50 ans, t’as raté ta vie». Au fur et à mesure que la prairie prend de la hauteur, elle est colonisée par une multitude d’insectes, rampants ou ailés (dont la grand sauterelle verte, quasiment disparue de nos campagnes), qui à leur tour viendront nourrir des prédateurs insectivores (dont l’impressionnante Mante Religieuse). Les tiges hautes servent de support aux toiles d’araignées, qui piégeront les moustiques et les moucherons à votre place. L’abondance de fleurs permet aux abeilles, bourdons, syrphes et papillons de trouver une nourriture abondante, variée et de qualité. Deux autres intérêts à ne pas tondre sa pelouse. 1) On économise de l’essence – on rappelle à ce sujet que le coronavirus n’a pas abrogé le réchauffement climatique. 2) On réduit la pollution sonore et on entend mieux les oiseaux chanter. Pendant l’hiver, pour restituer la matière morte au sol (ce que Marcel B. Bouché appelle la «phoromasse»), on broie la prairie. Au printemps, tout redémarre à nouveau. Pour ce qui est des haies, le sujet est si riche qu’un petit paragraphe n’y suffirait pas. Le lecteur curieux passera commande auprès de Fabrice d’un article de fond sur ce thème pour le prochain hiver.

Concernant l’interdiction sus-mentionnée, il est permis de penser que la rumeur se fait surtout entendre aux Grivauds, certes. N’empêche, la prochaine fois que vous verrez votre gazon pousser, dites-vous qu’il suffirait de bien peu pour qu’il serve enfin à quelque chose écologiquement parlant. Il suffirait d’un peu de lâcher prise, tout simplement. C’est dit !

Semis de fèves en poquet, avec Nicolas et Sandrine

On vous détaillera plus avant en quoi le confinement nous impacte dans le prochain article. Pour l’instant, contentons-nous de donner quelques nouvelles du jardin. Les oignons sont plantés ! Bulbilles et mottes sont en terre et paillés. Demandez à Nicolas, notre wwoofeur ce qu’il a pensé de ce chantier, je suis sûr qu’il vous dira un truc du genre : «titanesque». Les échalotes restent à planter par contre… Grace à Sandrine qui est venue deux fois au jardin, les petits pois et les fèves sont semés. Côté météo, il a gelé tous les matins mais les dégâts sont limités. Vous constaterez en regardant la galerie qu’on a trouvé un deuxième usage à nos cloches à scaroles ! La fin de la semaine a été consacrée à des récoltes pour le petit marché de Pierrefitte. Ce samedi, on a passé la barre symbolique des 50 clients, ce qui est très encourageant pour une petite commune comme la nôtre ! On apprécie d’être aussi proches de la ferme : les caisses de blettes sont vides ? Hop, j’en ramène une nouvelle série toute fraîche ! Impossible de procéder ainsi à Vichy…

Le wwoofing de Nicolas se termine et il se prépare à retourner à Paris. On lui souhaite un bon retour et on espère qu’il a apprécié d’avoir passer deux semaines de confinement au grand air ! De notre côté, on sait qu’on lui doit énormément ; notamment un intense coaching de nos poules pour qu’elles donnent plus d’œufs ! En tout cas, on vous reparlera de lui : rendez-vous est pris pour qu’il repasse au jardin en juillet ! Ça nous laisse du temps pour tondre nos pelouses et tailler nos haies.

À la semaine prochaine !

Rebondir

Vichy est inaccessible ? Et si on vendait nos légumes à Pierrefitte ?

Début de semaine difficile : il pleut des mauvaises nouvelles ! On fait une croix sur notre camion : notre garagiste ne reçoit plus de nouvelles pièces. On fait aussi une croix sur nos stagiaires et nos prochains wwoofeurs. Se pose la question de l’organisation de nos dernières Amaps. À Bourbon-Lancy, ce sont les conditions sanitaires trop complexes à mettre en œuvre qui nous obligent à y renoncer. À Dompierre, on y croit jusqu’à la veille et puis finalement, ça discorde en interne et la distribution n’a pas lieu. Ces annulations nous interrogent réellement : on prive nos clients de leurs légumes, les obligeant ainsi à aller les acheter dans des grandes surfaces où le risque de contamination est bien plus fort. Absurde. Si ça n’avaient pas été les dernières distributions de la saison, on se serait battu un peu plus. Du coup, on se retrouve avec pas mal de légumes sur les bras et on n’a plus la possibilité de les emmener loin (bye bye Vichy). Que faire ? Vente à la ferme ? Malheureusement, notre réseau de vente à la ferme n’est pas suffisant pour écouler autant d’épinards, de mâches et de salades. Rapidement, la seule solution raisonnable s’impose à nous : il faut organiser un mini-marché à Pierrefitte. Quelques coups de fil au Maire de Pierrefitte et au gérant de la supérette «Épicerie du Paradis» et on arrive à un accord : nous pouvons tenir un stand devant la supérette, à condition de respecter les règles sanitaires en vigueur.

Fabrice explique à Mi-Roux qu’avec un peu de chance, on pourrait avoir des courgettes début mai.

En dehors de ces vicissitudes, nos journées ressemblent à celles d’un mois de mars comme un autre : on plante des oignons, on sème, on repique, on désherbe. La routine quoi. Encore que… pas tout à fait ! Par exemple, nous avons planté une première série de courgettes avec une bonne semaine d’avance par rapport aux années précédentes. Le début de printemps très doux nous pousse à la témérité. Bon, dans la foulée, on découvre qu’on va devoir affronter 5 jours de gel la semaine prochaine, avec un pic à -8°C mercredi. On ne s’attend clairement pas à ce que tous les plants survivent ! On notera au passage qu’encore une fois, on enregistre nos températures les plus basses de l’année au printemps, et pas en hiver. Allez comprendre.

Nicolas, wwoofeur et planteur d’oignons.

Autre originalité du moment, figurez-vous qu’on a été épaulés toute la semaine par Nicolas, un wwoofeur parisien venu du monde de la finance. Comble du pire, il a travaillé pour le Crédit Agricole. Nous, au départ, on l’avait accepté en se disant qu’on pourrait se venger sur lui de tous les maux écologiques causés par la finance, la mondialisation, les traders, les banquiers, etc. Par exemple, en l’envoyant désherber de la potentille pendant de longues heures en le fouettant avec des chardons et des orties. Mais finalement, on l’a trouvé sympa et on a eu la flemme de cueillir des orties, alors on a laissé tomber. On a bien fait de ne pas trop le maltraiter : sans lui, on n’aurait pas autant avancé dans nos oignons ! Et puis, il nous a filé un sacré coup de main dans la préparation de notre petit marché du samedi matin ! Merci Nicolas !

Consignes sanitaires strictes : 1 m de distance entre les clients, les clients ne touchent pas les produits et on se lave les mains avant chaque vente.

Parlons-en d’ailleurs de ce marché. Car il a bel et bien eu lieu, sans aucun accro. Pour nous, c’est aussi l’opportunité de participer à la limitation des déplacements, en proposant des légumes au plus près de la ferme. Coup double : non seulement, ça limite les chances de propagation du virus, mais en plus ça lutte contre le réchauffement climatique. On a effectué une communication un peu à minima : une annonce à nos clients de vente à la ferme, une annonce sur Facebook et une affiche à la supérette. Résultat : une quarantaine de clients et des caisses qui se vident très rapidement. Les gens repartent avec un sourire et de beaux légumes qui vont les aider à rester en bonne santé. Simple, non ? Du coup, on remet ça samedi prochain, même heure, même lieu. Qu’on se le dise !

À la semaine prochaine !

Gardons notre calme !

Nous, on a plus peur de cet animal que du COVID-19

Mercredi, La Montagne titre en une «Gardons notre calme !». Nous, c’est exactement ce qu’on se dit tous les jours lorsqu’on voit Mi-Roux marcher dans les caisses de plants ou s’allonger sur les oignons fraîchement repiqués. C’est ce qu’on a essayé de se dire aussi mercredi soir quand la boite de vitesse de notre vieux camion rouge a rendu l’âme… Ah mais non, dans le journal, ils font référence au Coronavirus, pardon ! Ce sont les mêmes qui appellent à garder notre sang-froid alors que ça fait des jours que toutes leurs unes font monter la mayonnaise. Marrant d’ailleurs comment on a l’inquiétude sélective. Un virus ressemblant à une méchante grippe suffit à coller tout le monde en état d’alerte et de grosses mesures de précaution sont prises. Par contre, le réchauffement climatique, ça va ! Depuis le 5 mars, la France vit à «découvert climatique», c’est-à-dire qu’elle a déjà émis plus de CO2 en 9 semaines qu’elle ne devrait le faire en un an si elle voulait respecter ses objectifs de neutralité carbone. À mon humble avis, il est bien plus probable de vivre de longues canicules/sécheresses/incendies dans les années à venir que d’attraper le Coronavirus. Mais pendant ce temps-là, les camions continuent à sillonner la France et les avions décollent (il paraît même que certains volent à vide). Cherchez pas, c’est compliqué. Comble du comble, on nous prive de nos rares sorties : le concert de la fanfare et de la chorale est annulé. Il va falloir donc arrêter de vivre pour survivre…

C’est dommage que La Montagne ait titré sur l’épidémie ce jour-là, parce qu’ils avaient tout de même du contenu intéressant en pages 2 et 3 : un bel article sur l’agriculture de conservation dans l’Allier ! Avec un carabe en photo ! Et des gens qui vous expliquent que c’est une bonne idée de «laisser le sol tranquille», que ça leur permet de diminuer leur bilan carbone et de réduire leur consommation de produits phyto. On nous explique même qu’un ravageur comme la méligèthe (parasite du colza) peut aussi être un auxiliaire pollinisateur. Bigre ! Des insectes qui seraient tantôt méchants tantôt sympas, ça existe donc ? Un peu plus et on serait capable de nous dire du bien des limaces… Bon d’accord, l’agriculture de conservation utilise aussi pas mal de glyphosate. Dans ses conférences, François Mulet (un des pionniers du MSV en France) aime bien demander à l’assistance : «qu’est-ce qui pollue le plus ? Un coup de glypho ou un coup de charrue ?» Cherchez pas, c’est compliqué (bis).

Plantation de choux-fleurs avec Cécile et Denis

Bon, nous, on a tranché : ce sera ni l’un ni l’autre. Mais des fois, ça s’enherbe un peu, même malgré la paille. Alors, on intervient, soit manuellement, soit par occultation (on met une bâche sur le sol). Impossible sur une grande culture de procéder ainsi, c’est pour cela que vous ne trouverez quasiment aucun paysan qui soit à la fois en agriculture de conservation et en bio… Ça viendra peut-être plus tard, souhaitons-le. Revenons à nos cultures. Dans notre champ, les planches occultées en 2018 sont encore plutôt propres. On en nettoie une rapidement (un peu de renoncule, un peu de carex, un peu de pissenlit), on la paille et hop ! c’est prêt pour notre première plantation de plein champ de l’année ! À la manœuvre, nos deux premiers wwoofeurs de la saison : Denis et Cécile. Tous les deux sont en démarche d’installation et se forment en attendant le grand saut. Solides jardiniers, ils ont déjà beaucoup de connaissances et on échange autour de nombreux sujets. Mine de rien, on a planté pas mal de choses ensemble : des fenouils, des brocolis, des choux-fleurs, des choux-rouges, des salades et des épinards. Ils ont goûté aux joies du paillage en plein champ, sans sourciller – on sent qu’on a affaire à des sportifs. Les pignons des serres 6 et 7 sont montés, les derniers radis sous serre sont semés, les rhubarbes sont plantées ; bref, une semaine bien productive, encore une fois !

À la semaine prochaine !

L’intersaison maraîchère, c’est quoi ?

Plants de fenouils, blettes, brocolis, choux-fleurs et choux-rouges, à installer en serre la semaine prochaine.

Dans le grand royaume des légumes, il y a des stars incontestées et ce sont en général des légumes d’été. Les tomates, par exemple. Tiens, c’est un bon exemple ça, la tomate. On les plante en avril, elles donnent de fin juin à fin octobre (en gros). Sept mois pendant lesquels un tiers de notre surface sous serre est occupé par des tomates. D’autre part, à partir de la fin mars (toujours approximativement, hein), les stocks de légumes d’hiver (navets, betteraves, carottes, céleris-raves, radis, etc.) s’épuisent et les cultures d’hiver (choux, poireaux, épinards, mâches) tirent la langue (plus précisément, elles préparent leurs floraisons). Entre ces deux évènements, de fin mars à fin-juin, il y a une période un peu maigre chez les maraîchers, qu’on appelle l’intersaison. À ce moment-là, le maraîcher vend ses derniers épinards et fait des tartes avec ses premières orties. Produire des légumes en intersaison, c’est délicat. Sous serre, la place coûte chère et c’est difficile d’enchaîner une culture de printemps (par exemple un chou pointu) avec une culture d’été (par exemple une aubergine) : il y aurait une superposition qui porterait préjudice à la précocité de la culture d’été. En plein champ, il fait encore trop froid pour espérer planter quoi que ce soit avant la fin du mois (en dehors des oignons). Aux Grivauds, on a décidé d’améliorer notre intersaison en implantant deux nouvelles serres. Il y aura désormais trois serres (les serres nº5, 6 et 7) qui seront spécialement dédiées à ce type de culture. On les a placées en plein milieu de notre grand champ pour qu’elles prennent beaucoup de lumière au printemps. Qu’y trouvera-t-on ? Des salades, évidemment. Des carottes, évidemment. Les courgettes précoces (celles qu’on espère pour la mi-mai). Des navets nouveaux, quelques choux chinois, quelques fenouils. Et surtout, on espère réussir une série de brocolis et de choux-fleurs. Dans nos autres serres, concernant spécifiquement l’intersaison, il y a déjà plusieurs cultures en place : des radis en serre 2, des oignons nouveaux (serres 1 et 4), des choux pointus et cabus (serre 5) et nos fameux petits pois (serre 4).

Derrière Florin, des petits pois en grande forme !

Alors ? Sommes-nous prêts pour attaquer sereinement ce moment délicat ? La réponse, c’est qu’on est plus à l’heure que les années précédentes mais que ce sera sans doute encore mieux les années suivantes (quand on n’aura plus besoin de monter de nouvelles serres à la sortie de l’hiver ou d’éliminer les potentilles de nos planches avant chaque plantation). N’ayons pas peur de le dire, sans nos stagiaires, on n’en serait pas là ! À tour de rôle, Lucie, Clément et Lili nous ont accompagnés en cette fin d’hiver et ont mis un coup d’accélérateur à nos différents chantiers (installation des serres, semis, plantations, désherbage, récoltes). Il y a un autre facteur qui nous aide : la douceur de l’hiver, qui permet à nos cultures de printemps de démarrer sur les chapeaux de roue !

La semaine prochaine, nos premiers wwoofeurs de la saison débarquent aux Grivauds. En attendant que les températures soient suffisamment clémentes, on leur épargne la caravane et on leur a préparé une petite chambre dans la maison. Normalement, leur venue coïncidera avec les premières grosses plantations de l’année : les oignons et les échalotes. À voir si la météo nous permettra de suivre notre planning… Sur ce suspens insoutenable, je vous dis :

À la semaine prochaine !

Composer avec le vent

Des arceaux tordus, de la paille envolée, une bâche au sol : le vent est passé par là !

Jeudi, milieu d’après-midi, le jardin est surplombé d’un ciel menaçant. Il a plu par intermittence ces dernières heures mais rien de très significatif. Fabrice et Lucie travaillent dans la serre nº3 au palissage des petits pois, pendant que je m’affaire dans la serre 7 à préparer le semis de carottes du lendemain. Tout à coup, tout devient bruyant, mouvant : le vent s’est levé. C’est toujours impressionnant en serre car on a l’impression que toute la structure métallique devient vivante. Un grain se prépare à l’horizon. Fabrice et moi sortons au même moment de nos serres respectives pour inspecter rapidement le champ et évaluer tout ce qui menacerait de s’envoler. Les bâches d’occultation clapotent bruyamment : depuis le début de l’hiver, on ne cesse de les remettre en place. À chaque nouveau coup de vent, on rajoute de nouveaux lestes aux points les plus fragiles, est-ce que ça suffira aujourd’hui ? À gauche de la serre nº5, on a installé un tunnel nantais de 50m le long, sous lequel on a semé des carottes lundi. Le vent frappe le tunnel de profil et les arceaux semblent résister pour le moment. La bâche est retenue par des ficelles, elles-mêmes attachées aux arceaux. Alors que tout semblait sous contrôle, de puissantes rafales balaient le champ et la bâche du tunnel nantais se sauve, partiellement retenue ici et là. Je décide d’aller la plaquer au sol pour l’empêcher de s’envoler, de se déchirer ou même de se déformer. Alors que je commence à rouler la bâche contre une providentielle rangée de choux, la pluie démarre, brutale, froide. Soufflée en bourrasques sauvages, on a l’impression qu’elle tombe horizontalement. Je ne traîne pas et une fois la bâche rabattue, je cours me mettre à l’abri. La pluie ne durera pas plus de 5 minutes. Très rapidement, le ciel se dégage, le vent s’apaise et on constate qu’on s’en tire à bon compte, finalement.

Nos bâches d’occultation sont lestées par des barres de fer.

Le vent, ça joue avec la patience des maraîchers, qui craignent toujours pour leurs voiles, leurs filets, leurs bâches voire leurs serres. Or, on sait maintenant que le réchauffement climatique s’accompagne aussi d’une augmentation des phénomènes convectifs (coups de vent, tempêtes, orages, tout ça). Là où est situé notre jardin, on est assez loin des côtes et on imagine comment un maraîcher breton ou normand doit galérer pour garder ses serres debout pendant l’hiver… Dès lors, comment s’y préparer ? Notre projet de haies fruitières pour casser le vent dans notre champ devient d’une criante actualité… Un jour, on s’y mettra pour de bon, c’est promis ! En attendant, on bricole comme on peut et on cours après nos voiles…

Plantation des navets nouveaux avec Lucie

Le lecteur attentif aura noté qu’on a tout de même fait deux semis de carottes dans la même semaine ! Une partie en plein champ pour le début de l’été et une partie en serre pour la fin du printemps. Notre technique de semis est bien rodée : semis sur le sol, on couvre les graines avec du compost tamisé et on paille les inter-rangs. On arrose et voilà ! On n’a pas chômé non plus le reste de la semaine : récolte des derniers navets (un peu plus de 80kg, stockés en chambre froide), plantation des roquettes, des navets, des salades, des choux chinois… Les deux nouvelles serres se remplissent à toute vitesse ! Et en plus, on a re-semé environ 18m de radis après une grosse récolte de mâche (serre nº2) et on a palissé nos petits pois (avec un mois d’avance…). Bref, encore une semaine bien productive !

À la semaine prochaine !

Petite compta entre amis

Bon, la compta, jusqu’à présent, c’était pas notre truc. Nous, on fait des légumes et pour le reste, on délègue, voilà comment on résonnait jusqu’à présent. Allez savoir, finalement, c’est presque sur un coup de tête qu’on a décidé de participer activement à la création de l’AFOGC de l’Allier. L’idée, c’est de réunir des agriculteurs pour les former à la comptabilité-gestion et pour qu’ils s’entraident. Dans notre département, l’association a été créée il y a quelques mois seulement, sous l’impulsion d’un petit collectif de producteurs. Elle compte actuellement une quinzaine d’adhérents. Les séances de formation permettent la prise en main du logiciel tout en s’appuyant sur les pièces comptables effectives de chacun. En terme de coût, c’est nettement moins onéreux que de faire appel à un cabinet comptable mais ça n’est pas notre motivation principale. L’intérêt est surtout de gagner en autonomie sur notre gestion et de donner du sens à nos chiffres.

La récolte d’épinards pour l’Amap de Bourbon-Lancy. La pesée est surveillée par Victor.

La semaine a été marquée par d’imposantes récoltes pour nos Amaps et pour le marché. Au total, on a récolté plus de 32kg d’épinards, 11 kg de mâche et une centaine de salades (batavias, scaroles et frisées). À quoi on ajoute la préparation des légumes racines (dégermer les pommes de terre, laver les carottes, éplucher les céleris raves, etc.). Lucie, présente à partir de mercredi, nous accompagne vaillamment dans ces longues récoltes. L’année dernière, nous n’avions pas assez de légumes pour tenir un stand sur le marché en février. Pour nous, traverser l’hiver sans faire relâche, c’est nouveau ! On découvre qu’à cette période, il y a peu d’exposants à l’étage producteurs mais qu’il y a beaucoup de clients ! Du coup, on voit fondre nos caisses de salades et d’épinards à une vitesse impressionnante. Sandrine m’accompagne cette semaine et elle n’en revient pas : à 11h00 le stand est vide !

Repiquage des tomates par Lucie

Finalement, on fait peu avancer nos plantations cette semaine mais on réussit tout de même à repiquer les solanacées (tomates, aubergines et poivrons) semées il y a quinze jours (dans des grosses mottes de 7cm) et à semer notre deuxième série de tomates et aubergines. Fabrice installe une nouvelle bâche au sol de la deuxième serre à plants et y place aussitôt nos caisses d’oignons rouges. On sème aussi une nouvelle série de radis et on plante nos choux de printemps (enfin !). Le paillage des rhubarbes est aussi commencé. La semaine prochaine, il va falloir accélérer le tempo : il y a beaucoup de plants qui réclament une plantation rapide ! Des salades, des navets et de la roquette notamment. Il faudra aussi qu’on sème des carottes et qu’on réfléchisse sérieusement au palissage des petits pois, qui poussent à une vitesse vertigineuse !…

À la semaine prochaine, donc !

Ça chante dans le jardin !

Signe du printemps qui vient : la serre à plants commence à se remplir sérieusement !

Le printemps semble avoir de l’avance cette année : on croise déjà très régulièrement des bourdons, des abeilles, des guêpes, des mouches et même quelques coccinelles. D’ailleurs, en se penchant sur l’ail en plein champ, on aperçoit des piqûres de mouche mineuse du poireau ; pour éviter la catastrophe, on place un filet anti-insecte sur toute la longueur de la planche. Et puis, les oiseaux commencent à chanter. Les mésanges bleues et charbonnières se font entendre depuis un certain temps, les moineaux font un beau raffut dans les haies et une alouette lulu nous salue depuis le champ du voisin. On se sait pas si cette douceur est de bonne augure pour le reste de l’année mais c’est vrai que l’hiver a été plus «poussant» que les années précédentes : tout démarre très vite, tant les salades et les radis que les petits pois.

Installation des bâches des nouvelles serres avec Clément, Lili et Charles

C’est surtout samedi, vers midi, qu’on a entendu d’autres chants : ceux de satisfaction de la petite bande venue aider à la mise en place de la bâche de nos nouvelles serres : Lili, Charles et Clément. Le travail avance si vite que je ne trouve même pas le temps de faire des photos ! Pourtant, il y a eu des moments spectaculaires, notamment quand Didier, notre voisin éleveur, est venu avec son Manitou pour qu’on puisse dérouler la bâche par dessus les arceaux. Quelques jours plus tôt, c’est le vent qui est venu nous siffler de drôles de mélodies, pleines de violence et de menace. Surtout jeudi, lorsqu’il nous a emporté une toile tissée juste sous nos yeux et qu’au même moment des trombes d’eau se sont mises à nous tomber dessus ! Lucie, qui était de la partie ce jour-là, a fini mouillée jusqu’à l’os en nous aidant à retenir la bâche…

Les tomates et les aubergines ont bien germé !

Les petits travaux succèdent aux grands chantiers : paillage des fraises en serre nº1, montage des pignons sur la deuxième serre à plants, décaissage des entrées de serre, tailles diverses et petits désherbages. Bref, tout avance bien ! Ça nous laisse même le temps d’admirer nos différents semis (les petits pois dans la serre nº4, les radis dans la serre nº2 et les solanacées en terrine)… On s’étonne d’être autant à l’heure cette année, pourvu que ça dure !

À la semaine prochaine !

Le secret du radis express des Grivauds

Fabrice en train de semer les radis, après une récolte de mâches.

On vous l’a déjà expliqué plein de fois : on est un peu fâchés avec les semis directs ! Pour ça, il faut un sol nu, ce qui assez rare chez nous, surtout en serre. Semer des radis à la volée dans un résidu de paille, on a fait… et on ne refera pas. On peut toujours semer après avoir dépaillé, mais du coup, c’est très difficile de maintenir les inter-rangs propres, car les lignes de semis sont très serrées pour le radis (10-15 cm) et qu’on ne peut pas mettre de paille sur si peu de largeur. Le problème s’est compliqué un peu plus il y a deux semaines, quand on s’est rendu compte qu’on n’avait pas vraiment prévu d’espace en serre pour nos premières séries de radis. On a alors envisagé un tunnel nantais en plein champ mais c’est beaucoup de boulot pour du radis… Que faire ? Une ébauche de solution nous est apparue après une récolte de mâches : voilà 6 rangs assez serrés (pas autant qu’ils devraient mais passons) constitués principalement du terreau des mottes de la mâche. On a alors bêtement semé dans ces sillons providentiels et on a recouvert de compost tamisé. On arrose et voilà ! Résultat : on a une belle levée (voir photo ci-contre) ! Du coup, on recommence l’expérience cette semaine, sur une quinzaine de mètres, en se promettant de recommencer toutes les semaines, après chaque récolte de mâche. Et nous voilà réconciliés avec le radis sous serre !

Semis de tomates en terrine

Autres semis emblématiques de la période : les semis de solanacées pour l’été ! Du moins, la première vague. On a donc semé de quoi faire une planche de tomates précoces, une demi-planche d’aubergines et une planche de poivrons. La première série de persil est semée aussi. On garde un œil sur nos semis de la semaine passée : les navets et les oignons ont levé. Pour les oignons, c’est surveillance rapprochée : pas question de se faire détruire le plant par les mouches mineuses comme ça a été le cas à l’automne avec les oignons nouveaux…

Planche des petits pois en cours de paillage

En dehors des récoltes pour les amaps et le marché, on trouve aussi le temps de pailler les petits pois, qui ont déjà bien poussé. On profite d’une journée exceptionnellement chaude pour enfermer un maximum de chaleur dans le sol. On poursuit la taille des haies et on prépare de beaux pignons pour notre deuxième serre à plants (celle qui sert pour l’endurcissement). La durée du jour s’allonge mais pas encore nos journées de travail. C’est que, finalement, on sort de cet hiver plutôt à l’heure sur notre calendrier. Tant mieux, ça laisse même assez d’énergie à Fabrice après le marché de samedi pour filer à la Journée d’Échange de Semences Paysannes à Luzy…

À la semaine prochaine !

Deux lignes de petits pois et quatre voies de RCEA

En haut, c’est le bourg ; en bas (en rouge), c’est la RCEA et au milieu, c’est nous.

Cette semaine, par plusieurs fois, un petit vent de sud nous a rappelé la présence de la RCEA à quelques centaines de mètres de notre ÉcoJardin. Pour ceux qui ne sont pas du coin, la RCEA, c’est l’autre nom de la N79, la grosse route à camions qui traverse notre département de part en part. Lorsque le vent est dans le bon sens, donc, la circulation devient un bruit de fond difficile à ignorer. On a beau se concentrer sur les chants des mésanges, rien à faire ! On a appris récemment que cette route allait être refaite pour passer à 4 voies. L’automobiliste se réjouit : il manquait un axe rapide pour relier Monluçon à Macon (en gros) ; ou, plus modestement, pour aller de Moulins à Digoin pied au plancher. La presse et nos édiles se félicitent : il y a 400 emplois locaux à pourvoir, c’est toujours ça de pris. Mais, moi, je ne suis pas très sûr de me réjouir. Je ne le dis pas trop fort pour ne pas casser l’ambiance, mais je suis dubitatif. L’urgence écologique ne nous impose-t-elle pas d’autres chantiers plus urgents ? Tiens, au hasard : tous ces camions ne seraient-ils pas mieux sur des rails ? On investit des millions dans des routes, en cette deuxième décennie du siècle, alors qu’il ne faut pas être grand sorcier pour prévoir qu’elles risqueront rapidement de devenir obsolètes si on vient à manquer de pétrole. C’est un peu comme si on se disait : le réchauffement climatique d’accord, mais la mobilité, c’est plus important. On pourrait penser que l’été qu’on vient de vivre avec ses canicules et sa sécheresse suffirait à refroidir ce genre de grand projet d’un autre siècle. Non, visiblement, non.

Aux Grivauds, le tracteur sert essentiellement à transporter la paille. Ici, le premier paillage de l’année se prépare : ce sera pour la planche des petits pois.

De notre côté, si nous laissons le tracteur au garage, ça n’est pas seulement pour mieux entendre les pépiements des bergeronnettes des ruisseaux venues s’abreuver à notre mare. Et même, ça n’est pas seulement pour limiter nos émissions de CO2 – je pense que, vue notre surface, nous ne pesons pas grand-chose de ce côté-là. C’est aussi et surtout pour réapprendre à cultiver la terre de la façon la plus sobre possible, énergétiquement parlant. Bien entendu, il faut assumer des rendements horaires inférieurs à ce qu’on peut trouver ailleurs. Nous sommes encore fragiles économiquement, mais il faudra juger l’expérience dans quelques années, quand les derniers investissements (serres et irrigation) seront derrière nous et que nos itinéraires techniques se seront stabilisés. Notre plan de culture de cette année témoigne de cet état d’esprit : on ne cultivera pas beaucoup plus que l’année dernière, mais on travaille à améliorer nos taux de réussite pour chaque culture. Au vu des défis qui nous restent à affronter, on serait en droit de nous contester toute légitimité à recevoir des stagiaires. C’est que, d’ors et déjà, nous produisons des légumes. Et puis, nous avons déjà de nombreuses connaissances sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, qu’elles soient d’ordre agronomiques, botaniques ou écosystémiques. On ne se prive pas non plus de raconter nos doutes et nos échecs car ils sont aussi sources de réflexion. Au final, oui, on produit des légumes presque sans pétrole ; oui, on prépare un jardin qui résistera du mieux possible contre les défis de demain (réchauffement climatique et hausse des coûts de l’énergie) mais non, on n’a pas la prétention de s’ériger en exemple et de dire que le chemin est parsemé de roses.

Dès lundi, l’armature de la première serre était montée !

On a la tête dans le futur mais ça ne nous empêche pas de nous consacrer à fond à la saison qui vient : planter les petits pois et la salade, récolter les poireaux, désherber les carottes, etc. On a aussi semé nos oignons rouges (30 plateaux, tout de même). Et surtout, il y a le lancement du grand chantier du montage des nouvelles serres ! Clément et Lili, présents en début de semaine, sont sur tous les fronts et nous permettent d’avancer à grandes enjambées. Rapidement, les amarres se retrouvent en terre, la structure est élevée et les barres de culture sont installées. Concrètement, il nous reste à installer les pignons et … à bâcher. On tient le bon bout !

À la semaine prochaine !

Deux résolutions de plus pour cette année

Une piste pour améliorer le remplissage et la précocité de nos planches de petits pois sous serre : le semis en mottes.

On est encore en janvier, alors on a encore le droit de faire des résolutions. Il y a deux semaines, on vous avait déjà fait part d’un de nos défis de cette année : réussir les poireaux. Ou, plus largement : se donner tous les moyens de réussir ce qui très attendu par tous, notamment en tirant tous les enseignements possibles de nos échecs de l’année. La deuxième résolution concerne le printemps : on souhaite gagner en abondance et en précocité notamment entre mi-avril et mi-juin. Pour ce faire, on a mis au point tout un tas de stratégies, qu’on vous détaillera au fur et à mesure. Semer des petits pois en mottes, ça en fait partie par exemple. La troisième résolution, on l’a prise cette semaine, un peu devant le fait accompli… On vous explique.

Atelier lavage de carottes dans la grisaille

En novembre, avant les gelées, on a fait rentrer nos carottes dans la cave et on les a recouvertes de paille (comme l’année précédente). Allez savoir pourquoi (hiver trop doux, tas trop épais) mais depuis une dizaine de jours, tout s’est mis à pourrir à toute vitesse. Jeudi matin, en urgence, on a décidé de faire du tri et de séparer ce qui était sauvable de ce qui ne l’était pas. Et… de tout laver. Sauf que jeudi, c’était aussi la journée la plus froide de la semaine : la température n’a pas dépassé les 2°C… Et que notre espace de lavage est situé dehors… N’importe, ce qui devait être fait a été fait : nos dernières carottes saines de l’année ont été lavées et stockées en chambre froide. Alors voilà la résolution nº3 : trouver une solution pour garder nos carottes le plus longtemps possible. On a déjà plusieurs pistes, évidemment, mais là encore, on vous dévoilera ça en temps et en heure.

Sous nos voiles : quatre rangs de laitue et un rang de Mi-Roux

Il y a des semaines comme ça, où le moral joue au yo-yo… Des carottes qui pourrissent, des épinards qui périclitent sans qu’on comprenne pourquoi (vraisemblablement à cause du Virus de la Mosaïque du Concombre), des gelées un peu fortes, une chambre froide en panne, nous voilà la mine basse et le front soucieux. Mais, vendredi, la température remonte et on bombe le torse en admirant nos batavias, nos scaroles et nos laitues. On replonge le nez dans le plan de culture des serres pour l’été et on se met à rêver de concombres, d’aubergines et de tomates… Samedi, pendant que j’assure la vente sur le marché de Vichy, Fabrice est resté sur la ferme et en a profité pour remettre en état l’électricité de la bergerie. Moralité : on a de la lumière partout désormais. Et même dans la chambre froide ! Une petite révolution aux Grivauds !

À la semaine prochaine !