Premier bilan de l’analyse de notre sol : nourrir, nourrir, nourrir !

«Il est beau notre sol, hein ?» Vous nous avez déjà certainement entendu nous exclamer d’enthousiasme devant nos sols cultivés. Leur texture souple et grumeleuse, leur belle couleur foncée, leur douce odeur d’humus. D’ores et déjà, on sent, notamment lors des plantations, que les choses évoluent dans le bon sens : on tapote à peine le sol de la pointe de notre petit plantoir, que déjà c’est prêt à recevoir la motte de terreau. La reprise des plants est rapide, quasiment systématique. Nos rendements et nos taux de réussite augmentent année après année. On a l’impression de faire les choses correctement et d’être justifiés dans notre pratique. Cependant, ça faisait longtemps qu’on parlait de faire une analyse de sol. Le suspense était fort, on avait envie de savoir ! Savoir si notre pratique du MSV (Maraîchage sur Sol Vivant) avait réellement un impact sur la qualité de nos sols. Savoir si, depuis trois ans que nos sols ne sont plus travaillés et nourris à la paille, nos efforts pouvaient être quantifiés. Cet hiver, on passe le pas et on profite d’une opération groupée d’analyses organisée par la FRAB pour soumettre nos échantillons de sol. Il y a notamment un indicateur qui nous intéresse au plus haut point, c’est le taux de matières organiques (MO). On vous explique pourquoi.

Impressionnants turricules de vers de terre, signe d’une bonne activité biologique du sol

En MSV, la fertilité est assurée par l’activité biologique du sol : les minéraux (azote, phosphore, potassium, etc.) sont mis à la disposition des plantes grâce aux champignons, aux bactéries, aux vers de terre, etc. Sans parler du fait que les vers de terre contribuent à l’aération et la décompaction du sol. Une des manières de quantifier cette activité biologique, c’est de connaître la quantité de matière organique présente dans le sol. Cette matière est issue de la décomposition des déchets végétaux (rémanents de culture, engrais verts, racines, pailles, etc.) et animaux présents dans le sol ou juste au dessus (dans la litière). Lorsque les apports sont suffisants, la matière organique se retrouve stockée dans le sol sous forme d’humus. Je vous la fais courte[1]Pour en savoir plus, je vous renvoie à ce document : https://occitanie.chambre-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Occitanie/GuidePO_Tome1_chapitre_2.pdf mais, en gros, on considère que les sols de forêts (5% de MO) ou de prairie permanente (4% de MO) sont autofertiles. Alors que les sols agricoles (1 à 2 % de MO) ont besoin d’être fertilisés en permanence (avec du fumier ou du compost, quand ça n’est pas des engrais chimiques…). Pourquoi les sols agricoles sont-ils plus pauvres ? Principalement parce que le travail du sol dégrade la matière organique et qu’elle l’empêche de se stabiliser sous forme d’humus. En MSV, on ne travaille pas son sol et on cherche à se rapprocher d’une dynamique de prairie en déposant continuellement des matières très carbonées (pailles, BRF) sur le sol. Les pionniers du réseau, à force de nourrir leurs sols, obtiennent des taux de MO supérieurs à 5 et récoltent des choux de taille impressionnante…

Les prélèvements ont eu lieu à deux endroits de la parcelle : à gauche de la serre 5 (échantillon appelé Grivauds-2-haut) et à droite de la serre 5 (Grivauds-1-bas). On vous met les deux documents à disposition pour que les plus experts d’entre vous puissent les étudier (cliquez sur les images ci-dessus pour télécharger les pdf fournis par le laboratoire). Si on se limite au taux de MO, on note que l’échantillon Grivauds-2-Haut annonce 2,6% alors que l’échantillon Grivauds-1-Bas donne 3,7%. La différence entre les deux valeurs s’expliquent par l’histoire de ces deux zones : l’une a connu beaucoup plus de travail du sol que l’autre. La valeur la plus basse nous interpelle et semble expliquer la différence de performance constatée entre les deux parties de notre champ. À la lecture de cette valeur, on s’est sentis un peu déçus. Après trois années de paillage, on s’attendait à quelque chose de plus spectaculaire. On n’a jamais caché que notre pratique agronomique était un peu faite «au doigt mouillé», sans véritable mesure. Même dire précisément quelle quantité de paille nous apportons sur chaque planche de culture est délicat. Un calcul approximatif nous donne une fourchette entre 10 et 15 tonnes par hectare et par an. On comprend maintenant que, dans cette partie du champ, nos paillages ont bien réenclenché une vie du sol (il n’y a qu’à voir la formidable activité lombricienne pendant les inter-saisons) et ont légèrement amélioré le taux de MO (qui était descendu en dessous de 2% au moment du passage en MSV). Par contre, pour ce qui est d’une véritable aggradation, on sent confusément qu’il nous faudra employer les grands moyens : semer des engrais verts, laisser en jachère ou apporter du BRF. Le document ci-dessous confirme la bonne activité microbienne de notre sol ainsi que son excellente capacité à mettre à disposition de l’azote pour les plantes.

On reviendra sans doute plus tard sur ces analyses de sol, car elles sont riches d’enseignement. En attendant, en plantant nos salades de printemps, on salue avec respect les vers de terre qui s’ébattent sous nos yeux, vaguement dérangés par la vibration occasionnée par nos petits coups de plantoir. On admire leur longueur impressionnante, leur ondulation ; on les sent chez eux, nourris et protégés par notre paille. Notre pratique agricole améliore la vie souterraine et cette vie, par ricochet, nous enrichit et nous encourage à poursuivre dans cette voie. Il y a là un cercle vertueux qui suscite en nous un enthousiasme qu’aucune pluie d’hiver, si froide fut-elle, ne viendra doucher.

À la semaine prochaine !

Moins de légumes aux Grivauds ? Vraiment ?

Vivre entouré de courges, une manière de garder autour de soi un témoignage de la saison passée.

Il y a quelques semaines, Céline nous a posé la question suivante : «qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre travail ?» Fabrice et moi étions d’accord : produire de beaux et bons légumes. Ça doit vous paraître presque un peu décevant, compte-tenu du temps que nous passons à vous parler de notre écosystème, mais c’est parfaitement exact. Nous, ce qui nous fait nous lever tous les matins aux aurores, ce qui nous aide à supporter la chaleur, le froid, les amplitudes horaires délirantes, ce qui nous rend fiers lorsque nous nous couchons épuisés le soir, ce sont nos légumes. Leur goût, leur contribution à votre bonne santé, leur beauté, la gourmandise qu’ils suscitent en vous. Et plus on en a, plus on est heureux ! À Vichy, on adore quand on vous sent hésiter devant notre grand stand coloré, quand vous nous racontez comment vous vous êtes régalés la semaine passée avec les haricots, les tomates ou les courges des Grivauds. La saison avance et notre gamme se réduit petit à petit. Plus le temps passe et plus nos stocks s’épuisent. Car, en ce moment, nous vendons des légumes qui ont poussé l’été dernier. Quand il n’y a plus d’oignons, par exemple, c’est définitif. Du moins vous faudra-t-il attendre jusqu’à avril pour profiter des oignons nouveaux. Or nos stocks diminuent rapidement, trop rapidement à notre goût et nous nous sentons légèrement mal-à-l’aise. Il y a moins de variété, que ce soit dans les paniers d’Amap ou pour Vichy. Et notre stand est rapidement épuisé. Que s’est-il passé ? Que sont devenus les légumes des Grivauds ?

Mathilde et Roman, futurs stagiaires des Grivauds. Ils venaient pour une simple visite, ils se retrouvent à récolter des poireaux, des navets et des choux sous la pluie. Un bizutage qu’ils ont l’air de prendre avec le sourire…

Il y a deux facteurs qui expliquent cette baisse de disponibilité. D’abord, nous avons plus de clients que les années passées. Certes, le nombre de paniers en Amap a augmenté après le premier confinement. Mais c’est surtout que, à Vichy, il manque un collègue à l’appel : le fameux Vincent… Depuis quelques mois, avec les autres producteurs, nous absorbons tant bien que mal son imposante clientèle. Du coup, notre stand se vide à grande vitesse et nos stocks diminuent inexorablement. Compte-tenu des problèmes que nous avions eu sur la conservation des carottes l’année dernière, nous avons fait le choix de les vendre rapidement et finalement… alors que nous n’en avons perdu aucune, nous n’en avons déjà presque plus. Globalement, nous avons mieux réussi nos légumes d’hiver que les années passées (notamment les navets, les poireaux, les betteraves et les courges). Il y a aussi eu quelques échecs (choux de Milan, radis d’hiver). Mais au final, si on se retrouve si rapidement dépourvus, c’est bien à cause de la hausse de la demande.

Ça, c’est la série de salades qu’on devrait récolter en ce moment… Quand ça veut pas, ça veut pas !

Ensuite, il y a les légumes «feuille» d’hiver. Nous avons été très sérieux cet automne et nous avons beaucoup planté de mâches, de salades, de chicorées, de mesclun et d’épinards. Sans exagérer, nos serres sont pleines ! Et pourtant, ça fait deux semaines qu’on n’arrive plus à mettre de salade dans les paniers. La faute à deux facteurs. Le premier, c’est que les taux de réussite en hiver sont plus faibles qu’en été (plus de problèmes phytosanitaires et plus de carences). La série de salades qu’on devrait récolter actuellement n’a pas du tout marché. Le deuxième, c’est que s’il fait trop froid ou trop sombre (ou pire, les deux en même temps comme ces derniers jours), alors plus rien ne pousse. Depuis deux semaines, les blettes et les épinards font du sur-place, les salades et les mâches se sont mises en grève et les scaroles ont même eu le toupet de geler sous leurs cloches ! Et nous, pendant ce temps-là, on trépigne d’impatience…

Je me pose la question suivante. Que faudrait-il faire pour satisfaire toute cette demande ? Faire un peu de revente ? Nous savons que certains d’entre vous froncent le nez à cette idée mais nous ne voyons pas d’autres pistes sur le court terme. Produire plus ? Ce serait oublier que nous sommes objectivement au maximum de nos capacités physiques, Fabrice et moi. Nous pourrions envisager de prendre un(e) saisonnier(e) toute la saison pour semer plus de carottes (par exemple). Pourquoi pas. Mais ce serait oublier que notre rentabilité est toujours très faible, compte-tenu de notre faible mécanisation notamment, et qu’un salaire, ça coûte très cher. Faire entrer quelqu’un d’autre dans le GAEC ? Ça nous est arrivé d’y réfléchir avec Fabrice et c’est une piste que nous laissons ouverte, qui a ses mérites et ses inconvénients. À Vichy, cette année, il y a deux nouveaux maraîchers qui se sont installés à l’étage. Pour l’instant, leur production hivernale ne permet pas de compenser l’absence de Vincent. N’empêche, on sent qu’il reste de la place pour de nouvelles installations. D’autant plus que la fraction de la population qui consomme local et bio reste encore faible. Le passage d’un certain nombre de «porteurs de projet» aux Grivauds nous rassure sur la dynamique actuelle. C’est sur cette réflexion un peu en suspens que je vous dis…

à la semaine prochaine !

«…comme s’ouvrent les fleurs»

Ci-dessus, une photo d’Hellébore Fétide, en espérant que vous me pardonnerez de vous avoir attirés avec un titre qui évoque la botanique alors que je vais vous parler de tout autre chose…

Ah 2020 ! Quelle année incroyable ! De mémoire de maraîcher, je n’avais encore jamais connu d’année aussi riche, aussi folle ! Quand je repense à son intensité, mon cœur se gonfle et un chant immense, tellurique, enfle dans ma poitrine. Mes bras s’écartent, mes pieds s’enracinent et tout mon corps se prépare à lancer un impétueux «Freude, schöner Götterfunker» (Joie, belle étincelle divine) à la face d’un ciel pourtant peu clément. Je sens bien que vous allez m’en faire le reproche : j’ai tort de sans cesse ressasser la saison passée et il est temps de passer à la suite des choses. Oh ! Ne vous inquiétez pas : 2021 va se mettre tranquillement en place dans notre ÉcoJardin. En témoigne le nombre d’heures que nous passons devant Qrop… N’empêche, vous ne m’empêcherez pas de battre frénétiquement la mesure au moindre rayon de soleil, comme pour rejouer encore et encore la Symphonie Eroica (Héroïque). Car, vous l’avez compris, 2020, ça restera pour moi (comme pour vous j’imagine), l’année Beethoven.

Oh ! Un arc en ciel ! Oui, c’est bien une tentative éhontée d’essayer de vous faire oublier que non seulement je ne parle pas de fleurs mais en plus, contrairement à ce qu’on pourrait croire au début de l’article, je ne fais pas du tout le bilan de l’année 2020. Oui, j’aurais pu mettre une photo de Camille Saint-Saëns ici mais ça fait longtemps qu’il n’est pas venu nous voir aux Grivauds…

Je ne vous l’apprends pas, on a fêté l’année dernière les 250 ans de la naissance de ce démiurge allemand. Beethoven, c’est l’auteur notamment de la Symphonie Pastorale, dans laquelle l’orchestre se prend à imiter les sons de la Nature : le vent, le ruisseau, l’orage et les chants d’oiseaux. Citons Anton Schindler, qui racontait ainsi un retour de promenade avec l’ami Ludwig : «Beethoven s’arrêta plusieurs fois, promena son regard enchanté et respira l’air embaumé de cette délicieuse vallée. Puis s’asseyant près d’un ormeau, il me demanda si, parmi les chants d’oiseaux, j’entendais celui du loriot! Comme le silence absolu régnait, dans ce moment, autour de nous, il m’apprit que la scène du torrent fut écrite dans cet endroit, et que les loriots, les cailles, les rossignols, ainsi que les coucous, étaient ses collaborateurs!». Pas étonnant que Fabrice se goberge de musique romantique allemande à longueur de journée… Il faut le voir traverser le jardin en sifflotant des extraits de la Missa Solemnis. De mon côté, je me console en me disant qu’il y a tout de même de grandes choses à attendre de 2021. Et en particulier, je me réjouis du fait que cette date coïncide précisément avec … les cent ans de la mort de Camille Saint-Saëns ! Vous savez, le compositeur du Carnaval des Animaux. Ou de l’opéra Samson et Dalila, où l’héroïne séduit traîtreusement son bel amant chevelu en lui murmurant : «Mon cœur s’ouvre à ta voix, comme s’ouvrent les fleurs / Au baiser de l’aurore». Notez qu’à l’époque, on savait déjà écrire de très mauvaises paroles de chanson ; rassurant n’est-ce pas ? Tiens, et puisque vous me le demandez, voici deux petites pièces pour découvrir un échantillon du talent du grand Camille : Calme des nuits (pour chœur a cappella) et le Rondo Cappricioso (pour violon et orchestre).

Fortes gelées : on purge toutes les zones sensibles de notre installation . Tiens ? Une photo qui a un rapport avec le paragraphe adjacent ! Ça c’est surprenant !

Bon, et sinon, à part écouter en boucle les sonates de Beethov’ et les concertos de Saint-Saëns, on fait quoi aux Grivauds en hiver ? Plein de belles choses, on vous rassure ! Nos plans de culture avancent à grands pas : celui des serres est terminé pour la saison (toutes les plantations de printemps et d’été sont placées !) et celui du plein champ est déjà très avancé. Les oignons, les petits pois et toutes les cultures de printemps (jusqu’à juin environ) sont placées. En serre, de petits désherbages nous permettent de préparer la prochaine plantation de mâche (serre 1) et le prochain semis de radis (serre 4). L’arrivée d’une vague de froid un peu sérieuse nous oblige à vidanger notre système d’irrigation, histoire d’éviter que nos équipements ne se fendent sous l’action du gel (ça s’est déjà vu !). Et une bonne partie de la période est consacrée à l’entretien des haies et des zones longeant les serres. Par exemple, on est prêts maintenant à recevoir du compost et du BRF : on a désormais une place prévue pour ça à l’entrée du champ. Mentionnons le retour de Céline cette semaine. Ses progrès en reconnaissance de plantes sauvages sont spectaculaires ! Et notez qu’elle apprend à les reconnaître à un moment très précoce, où les fleurs ne sont pas encore visibles, ce qui est très méritoire !

Voilà, ça c’est un vrai tas de branches !

Tiens, détaillons notre façon d’entretenir nos haies. Deux cas de figure. Si la haie a été taillée récemment (par exemple l’année dernière), une simple paire de cisailles permet de faire tomber les rameaux de l’année. Dans le cas contraire, il y aura un peu plus de travail. D’abord, on place une série de repères à environ deux mètres du centre de la haie pour couper tout ce qui dépasse. On est sûrs de cette manière d’avoir une haie de quatre mètres de large, ce qui commence à avoir du sens d’un point de vue écologique. Relire à ce sujet l’excellent article de Fabrice ! Ensuite, on élague toutes les grosses branches, soit à la scie, soit au sécateur coupe-branches. Et on termine à la cisaille. Que faire des résidus d’élagage ? Le premier qui répond «on les dépose à la déchetterie» a le droit à un gage. Non mais soyons sérieux deux minutes ! Si c’est très fin (ronce, branches de l’année), on pousse du pied dans la haie, ni vu ni connu. Un peu comme vous faites chez vous avec les miettes dans la cuisine (Ah bon ? Il n’y aurait donc que moi qui fasse ça ? Bande d’hypocrites !). Ou alors, on broie le tout sur place. De toute façon, en général, un passage de notre fantastique broyeur à couteaux s’impose, ne serait-ce que pour gérer les drageons de prunelliers. Si les branches sont de grosse section et si elles sont nombreuses, alors on les met en tas. Mais on fait un tas sérieux, hein ! On découpe finement les branches et on tasse bien (pas directement avec le pied : c’est une très mauvaise idée avec l’Épine noire… ; on place une planche en bois sur le tas et on monte dessus). On monte, on monte, on monte, jusqu’à avoir un bon gros tas ; genre au moins un mètre de hauteur pour deux mètres de rayon. L’idée, c’est que le tas doit pouvoir héberger de petits mammifères comme des hérissons ou des belettes et tout plein d’insectes. De maintenir tout ce petit monde à l’abri du gel. Et de les protéger de leurs prédateurs (renards, chiens, chats, etc.) ; c’est d’ailleurs pour cela que le tas doit être compact.

Posé dans un roncier, un nid de fauvette (vraisemblablement).

Le jardinier standard, à la lecture du précédent paragraphe, devrait déjà être plus ou moins en PLS. Quoi ? Vous taillez tout à la main ? Plusieurs centaines de mètres de haie sans moteur ? Oui, et en plus on en est fiers. On passera sur l’économie de pétrole engendrée. Ou sur le fait que le maraîcher brûle ainsi les graisses qu’il a accumulées pendant ses longues vacances d’hiver. Plus sérieusement, on apprécie énormément de pouvoir travailler dans le silence, de pouvoir entendre la mésange charbonnière commenter notre travail ou le rouge-gorge venir voir s’il n’y aurait pas quelques insectes à glaner sur les branchages extraits de la haie. On progresse lentement, nez-à-nez avec nos arbustes. Une façon pour nous, à nouveau, d’éviter que la matière végétale ne devienne anonyme. On s’amuse à identifier les espèces (épines noires, aubépine, chêne, fusain, charme, noisetier, etc.). On repère les maladies. On essaie de mettre en rapport la vigueur de certaines zones avec des conditions pédologiques particulières, en observant notamment la flore sauvage de la prairie qui jouxte la portion de haie en question. On repère les pucerons d’hiver sur certaines feuilles de ronce. Et on repère les nids de l’année… Tout ça rend l’exercice beaucoup moins abrutissant qu’il n’y parait, non ?

Bon, c’est pas tout, mais j’avais prévu de me réécouter tous les quatuors de Beethoven ce week-end alors je vous laisse !

À la semaine prochaine

Haie alors ?

Attention évènement : Fabrice reprend la plume ! Et cette fois-ci, il nous livre une réflexion autour de l’importance écologique des haies. Avec l’exemple des Grivauds en arrière plan, il montre comment ces alignements d’arbres peuvent venir enrichir le jardin en biodiversité. Mais pas seulement…

Une haie diversifiée en espèces et étagée, composée de chênes, frêne, saule marsault, aubépines, prunelliers, églantiers et ronces.

De la perte de biodiversité, il en est question. Qui ignore encore aujourd’hui que la richesse spécifique de notre planète est mise à mal, et que nous en sommes les seuls responsables ! Même si sur bien des choses nous ne pouvons agir que collectivement pour inverser ce phénomène d’érosion et d’extinction, nous pouvons aussi agir chacun individuellement ! De nombreux éléments du paysage, nécessaires à notre faune pour vivre, sont devenus trop rares comme les mares, les prés humides, les friches, les bois et forêts mélangées, les murets,… Dans cet article il sera question d’un des éléments essentiels de nos paysages de campagne, présent aussi bien en zones humides que sèches, du nord au sud, d’est en ouest, de la plaine à la montagne, il s’agit de la haie !

« Une haie est une structure végétale linéaire associant arbres, arbustes et arbrisseaux (fruticée), sous-arbrisseaux et autres plantes indigènes qui poussent librement », telle en est la définition (source : Wikipédia)

Si le linéaire arboré français était encore bien dense et diversifié jusque dans les années cinquante, les différents choix opérés par la politique agricole ont abouti à la destruction de plus de 70 % de cette richesse en un siècle ! Et même si nous avons l’impression que le paysage bocager est encore bien présent, on peut admettre que ses fonctions premières ne sont plus, sa quasi seule vocation est d’ordre physique, elle marque la limite et le contour des parcelles agricoles et résidentielles !

Et pourtant la haie est un élément protecteur contre le vent, un élément qui induit des micro-variations climatiques au sein d’une parcelle ou d’un ensemble de parcelles, la haie permet le déplacement des espèces d’un point à un autre (c’est le fameux corridor écologique), elle permet d’accueillir une faune très diversifiée qui trouve abri en son sein pour se protéger, se reproduire et se nourrir quelle que soit la saison. Et c’est vrai pour toute la faune, des plus grands animaux aux plus petits ! La flore qui se développe dans et aux abords d’une haie est très riche en espèces.

Et nous dans tout ça, comment on gère dans notre Écojardin ?

Eh bien on laisse s’élargir et grandir nos haies, les quelques 700m de linéaires qui entourent nos parcelles de production se sont grandement épanouis, diversifiés en espèces végétales et animales pour notre plus grand bonheur. Larges d’au moins 4 mètres et hautes de 3 à 5 mètres, composées de chênes, frênes et saules marsault, d’aubépines, prunelliers, fusain d’Europe, troènes, néfliers, cornouillers, noisetiers, sureaux, mais aussi d’églantiers, ronces, chèvrefeuilles, lierres et autres plantes herbacées (stellaire holostée, germandrée scorodoine, gaillet mollugine,…), elles ont profité d’un certain laisser aller pour devenir de merveilleux refuges pour notre faune auxiliaire. Quelques coups de sécateurs sont tout de même nécessaires pour les contenir !

Vous avez dit faune auxiliaire, mais quelle est-elle ?

Nombreuses baies d’aubépine, dont raffolent les merles et les grives notamment. Ce matin, j’ai dénombré plus de 15 merles sur 100m de haie !

Nous pouvons être fiers d’accueillir une très nombreuse diversité d’oiseaux (au moins 15 espèces nicheuses dont 5 de fauvettes), de mammifères (hérissons, musaraignes), de reptiles (lézard vert) et d’amphibiens (grenouille agile, rainette arboricole) et de nombreux insectes. Dans nos haies on peut voir nicher à peu près tous les oiseaux qu’il serait possible d’accueillir à part ceux ayant besoin de cavités (mésanges, rougequeues, rouge-gorges par exemple), on peut aussi croiser de nombreux oiseaux l’hiver qui viennent se délecter de toutes les baies présentes, au printemps la floraison est intense et tous les insectes pollinisateurs sont présents, les abeilles domestiques certes, mais aussi les abeilles sauvages, les papillons,… Cette biodiversité est une force dont nous nous servons pour produire sans utiliser tout ce que la chimie a à nous offrir !

La haie abrite aussi bien la faune auxiliaire que celle qualifiée de « nuisible » ! Je n’aime pas ce mot, dans la nature tout le monde a un rôle (à part peut-être l’…… mais je m’égare !), ce qui veut dire qu’un être vivant quel qu’il soit assure une mission d’utilité écologique ! Les mauvaises herbes dans le jardin ne sont pas là pour embêter le jardinier, leur rôle en tant que plantes pionnières est de restructurer le sol, de lui redonner une certaine cohérence pour l’aider à résister aux différentes agressions humaines et climatiques.

Et c’est quoi la différence entre vos haies et celles de vos voisins ?

Un exemple de « clôture arbustive » sans aucune fonction écologique !

Il faut savoir que quasiment aucune espèce d’oiseaux ne peut nicher dans une haie monospécifique de prunelliers taillés 2 fois par an, d’un mètre de large sur un mètre de haut ! Je crois bien que le seul qui peut s’en accommoder est le tarier pâtre ! La floraison de printemps est quasi inexistante donc aucun fruit ne sera produit et disponible aux oiseaux l’hiver pour se nourrir et passer la mauvaise saison ! Ces linéaires que je nomme à juste titre « clôtures arbustives » ne permettent pas aux espèces d’y trouver refuge en cas d’intempéries, les déplacements entre deux espaces boisés éloignés ne sont pas possibles en toute quiétude ! Et autre chose dont je suis persuadé, il n’y a pas plus de vent aujourd’hui qu’avant, il y a beaucoup moins de haies qui en freinent la force !

Nous pensons, nous paysans naturalistes, que si chacun réserve un petit coin de vraie nature dans son jardin, dans sa parcelle, sur son balcon, que la biodiversité ordinaire peut renaître ! Laissez un petit coin de pelouse non tondu à partir du printemps, un petit tas de branches dans un coin du jardin, un petit tas de pierres, une taille de haie plus raisonnée (et raisonnable!), choisir des espèces d’arbres et arbustes plus adaptés et attrayants pour notre faune ! Et pour finir, installez des nichoirs pour les oiseaux cavernicoles mais aussi les chauve-souris !

C’est d’ailleurs ce que nous allons débuter cet hiver ! Au programme nous avons une petite quinzaine de nichoirs à installer tout autour des cultures dans les plus hauts arbres des haies, nous avons choisi d’accueillir la devenue rare Huppe fasciée, le grimpereau des jardins, les mésanges bleues et charbonnières, les rougequeues noirs et à front blanc. Et pour parfaire l’ensemble, 5 haies fruitières diversifiées vont être implantées au milieu des cultures à partir de cet hiver ; l’idée étant de produire des fruits de consommation et des baies pour les oiseaux, d’accueillir plus d’auxiliaires, de permettre le déplacement de la faune à travers le jardin et, actualité oblige, nous permettre de tamponner les effets des changements climatiques sur notre production !

Et pendant ce temps au jardin ?

Une semaine plutôt calme et encore douce, un semis de mâche, le dernier pour cet hiver ! Un arrosage sous serre avant la période beaucoup plus fraîche annoncée Une petite vente la veille de noël et la fin du chantier de bâchage de la future zone de courge ! Denis en congés pour un repos bien mérité et la semaine prochaine c’est mon tour !

A la semaine prochaine !

Fabrice

Le stade rosette

Lever de soleil sur notre petite mare

Voici venue la saison des longues nuits. La saison où, dans la torpeur des petit matins laiteux se trame le repos végétatif. Épuisée de tant de passions printanières et estivales, la Nature s’autorise enfin une pause. Le jardinier s’étonne tout d’un coup de voir l’écosystème qui l’entoure s’immobiliser progressivement, lui qui s’était habitué à compter de nouvelles fleurs chaque jour. Après la dernière tonte d’automne, aucune plante ne se risque plus à se lancer à l’assaut des hauteurs. À part quelques interventions insolentes du rouge-gorge ou de la mésange charbonnière, la faune vient étourdir la flore d’un assourdissant silence. Le naturaliste attentif, néanmoins, sait que cette immobilité n’est que de façade. C’est que l’action qui se joue sur ces planches a quitté la temporalité humaine pour s’installer dans la clandestinité ouatée des imperceptibilités. Et c’est au ras du sol que se dessine la nouvelle saison à venir, que se récite la promesse du retour des fleurs. L’Homme, dans sa grande brutalité, dans sa grande bêtise, piétine l’incipit du puissant poème qui se réécrit chaque année, ne pouvant comprendre ce qui se joue à un niveau si bas. Or que voit-on à travers la prairie, à travers la pelouse, sur le bord des chemins, des routes et des bois ? On voit de petits cercles de feuilles, toutes issues d’un même point central : les rosettes. Point de tige, point de fleur, juste des feuilles.

Rosette de laitue vireuse (Lactuca virosa) au milieu des mâches (qui, elles aussi, sont au stade rosette)

On a tellement pris l’habitude de s’appuyer sur les tiges et les fleurs pour percevoir et identifier les plantes, qu’on a énormément de mal à apprécier ce qui se joue à ce stade végétal précoce. D’ailleurs, je dis précoce, mais certaines plantes, comme les pissenlits, ne quittent jamais le stade rosette et émettent leurs fleurs directement au centre de ce rond de feuilles, sans faire l’effort d’aller les accrocher à une tige. La rosette change radicalement de forme si elle est composée de feuilles avec pétiole (c’est cette petite «tige» qui relie le limbe d’une feuille à la tige ou à la rosette) ou de feuilles sessiles (sans pétiole). Les géraniums font partie de la première famille, les pissenlits de la deuxième. Les rosettes avec pétioles ont un aspect souvent plus érigé, plus hirsute. Certaines plantes (comme les vesces ou les pois) ne passent jamais par ce stade. Les astéracées et les brassicacées de leur côté n’envisageraient pas d’émettre leur tige sans cette forte assise foliaire. Et c’est d’ailleurs souvent à ce stade que ces plantes sont comestibles. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : toutes les rosettes ne sont pas comestibles. Prenez le temps de bien connaître et identifier la plante avant de la consommer, ça va sans dire… En réalité, les jardiniers connaissent bien les rosettes, même parfois sans le savoir. Car figurez-vous que les légumes dits «feuilles» ne se consomment qu’à ce stade : les laitues, les blettes, le persil, les épinards, les mâches, les poireaux, les choux, etc.

(Pour agrandir les photos de la galerie ci-dessous, il faut cliquer plutôt vers le haut de la vignette. Normalement le curseur de votre souris doit se transformer en loupe.)

La laitue se récolte au stade rosette.

«Tu ne récolteras pas ta salade montée» est l’un des commandements sacrés du maraîcher. On dit qu’un légume «monte» justement lorsqu’il quitte le stade rosette et que la tige apparaît. À ce moment, différents mécanismes biologiques conduisent à la dépréciation gustative et nutritive des feuilles : production de fibres, mobilisation des minéraux, des vitamines et des sucres dans la construction de la tige et dans la floraison, apparition d’une certaine amertume, etc. Rien qu’à la forme des feuilles, les connaisseurs savent si les épinards qu’on leur présente sont issus de plants «montés» ou non. Nous, ce qui nous amuse en ce moment, c’est de repérer les rosettes de plantes adventives qui s’installent au milieu des mâches et des épinards (qui se récoltent donc au stade rosette si vous avez bien suivi). Certaines sont d’excellents comestibles, comme la Cardamine hérissée (Cardamine hirsuta) qui a l’odeur et le goût d’un cresson piquant. Dans quelques semaines, ces plantes, stimulées par la montée en température des serres, seront les premières à fleurir dans notre jardin (souvenez-vous, j’y avais consacré un article l’année dernière).

Histoire de renforcer un peu plus cette impression de quiétude dans notre jardin, notez que Fabrice sera seul à travailler la semaine prochaine et que ce sera l’inverse la semaine suivante. Il n’y aura a priori pas d’article de la semaine pendant les semaines à venir et on se retrouve donc en janvier pour de nouvelles aventures !

Qrop : l’outil qui change tout

Ça, c’est vraiment typique de la pusillanimité de l’auteur de ce blog. Comme il est incapable d’assumer le fait qu’il s’apprête à écrire un article chiant comme la pluie sur un obscur logiciel de planification agricole, il détourne l’attention avec des photos de la stagiaire du moment qui contemple une physalis sur fond de buttes fraîchement paillées. Et vous allez voir qu’il va même trouver le moyen de vous écrire un premier paragraphe complètement sur-vendu où il va essayer de noyer le poisson dans un style fin-de-siècle prétentieux. Tant de prévisibilité, c’est tout simplement navrant.

Ami, prête l’oreille. Ne sens-tu pas quelque subtile modification de la trame du temps et de l’espace ? Quelque chose s’est produit. Une déflagration lente qui déferle par vagues dans nos petites existences maraîchères. La nouvelle se propage, d’abord doucement, comme un son qui aurait été émis par une corde trop ténue. Et soudain, tout le monde sait. Vendredi soir, alors que mon cœur bat d’un nouveau courage et que l’hiver prend subitement une dimension prospective, je reçois un message de David, notre ami-ex-stagiaire-collègue-maraîcher-du-Morvan : «est-ce que vous aussi vous savez ?». Et la réponse est oui. Car Jean, un autre ami-ex-stagiaire-futur-collègue-maraîcher, nous avait éventé la prophétie au printemps, à un moment où nous n’étions pas encore prêts à mesurer l’ampleur de la révélation. Avec Maxime, un ami-ex-saisonnier-futur-collègue-maraîcher, nous avions alors caressé délicatement l’ampleur des possibles que nous offrait ce nouvel agencement de l’univers et nos mains encore malhabiles avaient tremblé d’excitation. Ami, l’heure des hésitations n’est plus ; redresse la tête et, les pieds solidement posés sur ton sol (qu’on espère paillé, hein), laisse ton regard vagabonder sur tes planches de culture sénescentes et vois comme le futur s’y inscrit déjà, ourlant chaque contour végétal d’un fin liseré mordoré. Et ce futur porte un nom gourmand, semblant croquer la vie à pleines dents : Qrop.

Qrop 0.4.5. Et allez, une capture d’écran parfaitement incompréhensible mais avec des jolies couleurs. Si ça n’était pas pathétique, on pourrait presque s’émouvoir de voir l’auteur se débattre comme un forcené pour rendre son article un minimum digeste. Il ne manque plus qu’une allusion à Mi-Roux et on aura eu droit à toutes les vieilles recettes usées jusqu’à la corde du blog des Grivauds…

C’est au sein de l’Atelier Paysan, sous la main inspirée d’un certain André Hoarau, qu’est né Qrop. Qrop, l’outil qui change tout, le logiciel qui nous manquait et qui ringardise nos schémas sur feuilles volantes, nos feuilles de calcul sur tableur ou toute autre tentative de dessiner son jardin dans le temps et dans l’espace. Faisons factuel (pour changer) et voyons ce que l’outil permet. Premièrement, on y saisit toutes les séries de légumes à mettre en place au cours de l’année. Pour chaque série, on renseigne des données temporelles (dates de semis, de plantation, de récolte) et des données spatiales (quelle surface, quelle densité). À partir de ces séries, le logiciel est capable de lister la quantité de semences nécessaires pour chaque légume. Je vous laisse imaginer le temps qu’on va gagner lors de nos commandes de graines… Ensuite, il permet de dessiner un parcellaire simplifié et d’y placer les séries de légumes sus-mentionnées. Si tout est bien renseigné, alors on peut rapidement anticiper de quelle manière les cultures peuvent se succéder sur une même planche, ce qui est intéressant notamment lorsqu’on doit planifier des implantations d’épinards derrière des cultures d’été (genre tomates). Enfin, il offre la possibilité de faire un suivi des récoltes et de calculer des rendements. Bon, nous, on n’en est pas là… Pour la première année d’utilisation, le travail est fastidieux : il faut tout renseigner. Mais ensuite, pour les années suivantes, il suffira de faire des copier-coller des séries de légumes et d’ajuster en fonction des retours du terrain. C’est presque trop beau pour être vrai. Et comme si ça ne suffisait pas, figurez-vous que Qrop est un logiciel libre, ce qui n’est pas pour déplaire au hacker qui sommeille en moi. Incidemment, ça signifie que son utilisation est gratuite – vous pouvez d’ors et déjà le télécharger sur la page idoine. Qu’on vous prévienne tout de même : Qrop est en cours de développement et il reste encore quelques menus problèmes à résoudre. À noter, il existe un chat d’entraide assez réactif, où on peut même discuter avec le concepteur du logiciel.

Il pleut. Ou il bruine. En tout cas, il fait un temps à ne pas mettre un Mi-Roux dehors. Alors, aux Grivauds, ça pantoufle dur. Fabrice dépouille méthodiquement les relevés de compte et notre cahier de caisse. Il ne sera pas dit que ses formations auprès de l’Afocg Allier auront été vaines : notre bilan comptable pourrait être prêt encore plus tôt qu’à l’époque où nous le faisions faire par le CerFrance. Et dans le bureau, c’est là que s’ourdit notre terrible plan pour conquérir le monde, ou du moins pour planifier nos cultures 2021. Céline, une stagiaire-future-collègue-maraîchère-mais-plutôt-dans-le-Beaujolais, déjà présentée sur ce blog, est solidement installée devant Qrop. Derrière elle, fiévreux de faire accoucher l’année qui vient, votre serviteur épluche frénétiquement son journal de bord : «alors, l’année dernière, on a semé les choux chinois en février mais ils n’avaient rien donné. On va les placer en mars, d’accord ?». Au final, toutes les séries de légumes à semer entre janvier et fin-mars sont saisies. Et la semaine peut se terminer sur notre première commande de graines pour 2021. Ne vous placez pas sur notre chemin, nous sommes inarrêtables désormais !

À la semaine prochaine !

Urgence ?

Charly, son bonnet rose et sa grande résistance au froid

Charly est de retour. Il était déjà venu il y a quelques semaines aux Grivauds. À l’époque, il faisait encore suffisamment chaud pour travailler régulièrement en tee-shirt dans nos serres. La douceur automnale jouait les prolongations et une joie débridée remplissait les cœurs et les esprits, comme si un nouvel été était encore possible. En même temps que Charly, nous accueillions alors deux drôles d’oiseaux : Charlène et Yolande. Charlène avait beaucoup dessiné dans notre jardin et je lui avais laissé le soin de rédiger l’article de la semaine. Charly n’avait donc pas eu le droit à la traditionnelle présentation que je fais de nos petites mains à leur arrivée au jardin. Pauvre Charly, déjà qu’on t’avait noyé sans ménagement dans nos interminables discussions philosophiques, voilà qu’on t’évince en plus de notre blog. Bon, cela dit, je savais que tu reviendrais et que je pourrais donc me rattraper plus tard. Considère cet article comme la juste dédicace que tu mérites.

Oui Charly, il va falloir faire entrer toutes ces caisses dans le camion

Charly, c’est un stagiaire en BPREA qui nous vient du CFPPA de Neuvy, celui dont étaient issus Clément et Lili l’année dernière. Recevoir des stagiaires, on sait faire ici. Du moins, on a suffisamment l’habitude pour réussir à anticiper certaines de leurs attentes, pour essayer de leur offrir un cadre d’apprentissage serein et productif. En général, on s’appuie sur le projet du stagiaire pour personnaliser les tâches et les conversations. Avec Charly, on a été dès le début obligés de sortir de nos petites routines d’enseignement. Charly ne cherche a priori pas à créer une ferme pour vendre des légumes. Non, lui, ce qui le motive, c’est d’apprendre le plus vite possible à jardiner pour se préparer à l’effondrement à venir. Faisant sienne une hypothèse collapsologique de courte échéance, il se dirige à grands pas vers une nouvelle manière d’appréhender son alimentation et celle de la communauté dans laquelle il vit : selon lui, il va falloir rapidement devenir autonome. Après un an de volontariat dans une autre ferme maraîchère de l’Allier, Charly décide de passer le pas et se lance dans une formation agricole avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir. Soyons justes, cette envie d’autonomie, elle anime tous les écologistes un tant soit peu décroissants. Retrouver la simplicité d’un semis de petits pois, d’un pain dans le four, d’un vêtement confectionné soi-même. Se débarrasser progressivement des artefacts de la techno-structure qui nous entoure pour redonner sens à nos existences déconnectées. Poser sur la nature un regard nouveau, émerveillé, humble, reconnaissant. Vous qui nous lisez, sans doute avez-vous déjà effectué une partie de ce chemin. Charly et ses amis y ajoutent simplement une urgence et une radicalité que je ne veux pas partager. Lâcheté ? Peut-être. Ou peut-être simplement que je refuse de travailler avec ce stress au dessus de ma tête. Deuxième point de surprise : Charly casse les codes que notre société nous a fait si bien intégrer. Il est par exemple capable de formuler une question de jardinage de telle sorte qu’elle sonne comme un énoncé de philosophie. Il exprime ses sentiments sans filtre aucun, et notamment sa joie d’être là, qu’il brandit comme l’étendard d’un monde nouveau. Et quand il est bien entouré, on peut même l’entendre chanter des chants indiens à plein poumons…

Bruant zizi

Le froid s’installe et il n’est pas de matins où l’onglée ne vienne mettre à mal notre détermination à mener à bien nos tâches du jour. Pourtant le travail avance. Les futures planches de courges sont intégralement paillées, les fraisiers continuent à être désherbés et on récolte une impressionnante quantité de légumes pour nos deux Amaps et pour le marché de Vichy. De son côté, Fabrice, mettant à profit ses formations de l’Afogc, poursuit son travail de comptabilité et ne désespère pas de pouvoir annoncer un jour fièrement être à jour de ses saisies. Pendant ce temps-là, les feuilles n’en finissent pas de tomber et je peux de nouveau photographier les oiseaux du jardin à travers les branchages. La semaine se termine donc héroïquement avec quelques clichés de Bruant Zizi, de linottes et de mésange bleue.

À la semaine prochaine !

Dernières lumières d’automne

Broyage de la future zone des courges dans la lumière du petit matin

Après les interminables atermoiements humides d’octobre, voici le retour des jours secs. À un moment parfaitement inattendu, d’ailleurs ! La pluviométrie totale du mois de novembre s’élève péniblement à 15 mm, ce qui correspond au quart de ce qui est attendu en cette saison. En jours courts, qui dit sécheresse dit froid et, de fait, les gelées sont de retour. Le ciel est si transparent, l’air est si clair, que les étoiles brillent avec une vigueur surprenante. Des teintes fantastiques s’attardent sur l’horizon entre chien et loup et cette lumière si belle nous aide à supporter l’intense morsure du froid sur nos mains. On se motive en se rappelant qu’on travaillera sans manteau avant la fin de la matinée, même en extérieur. Charlène, qui est de retour pour la fin de semaine, exploite pleinement le potentiel artistique de ces dernières lumières d’automne et bombarde le jardin de photos. Les travaux vont bon train, malgré un certain engourdissement des corps en cette fin de saison : les céleris et les dernières carottes sont récoltés, les dernières tomates et les poivrons sont désinstallés, on se lance joyeusement dans le désherbage des fraisiers en serre et on commence à pailler les futures planches de courges (oui, avec six mois d’avance, on vous en reparlera plus tard). Pour une fois, il nous semble qu’on attaque l’hiver bien à l’heure. Ça nous laisse du temps pour nous reposer et aussi pour envisager avec sérénité nos prochains grands chantiers, comme la plantation de nos arbres fruitiers et le nivelage de la serre d’endurcissement.

Récolte des céleris raves avec Céline

On est rejoint cette semaine par Céline, une nouvelle stagiaire en BPREA, qui nous vient du Beaujolais. Issue d’une famille paysanne mélangeant élevage, grandes cultures et restaurant à la ferme, elle a le projet de créer conjointement sur la structure un atelier maraîchage et une association qui ferait le lien entre l’activité agricole et le reste du monde. Une façon d’assumer pleinement que nos métiers sont extrêmement gourmands en main d’œuvre et qu’il serait légitime que notre société hors-sol retrouve le chemin des champs et vienne prêter main forte à ceux qui nous nourrissent. L’optimisme de Céline et son amour de la vie sous toutes ses formes résistent vaillamment face à notre scepticisme parfois teinté d’amertume et c’est tant mieux. On échange énormément autour du végétal et elle apprend à une vitesse impressionnante à reconnaître nos différentes adventices d’automne. Le désherbage des fraisiers est aussi le prétexte pour parler de stratégie de reproduction et d’architecture végétales. Tout un programme…

Il était temps que Yolande parte : elle commençait à faire des bêtises au jardin. (photo de Charlène)

Cette semaine aura aussi été la dernière pour Yolande. Venue une première fois en wwoofing en septembre, elle a choisi de rester confinée dans notre ÉcoJardin pendant ces cinq dernières semaines. Si vous suivez ce blog, vous avez déjà apprécié ses articles, d’une densité et d’une précision remarquables ! Si vous achetez nos légumes à Vichy, vous avez peut-être eu le privilège d’être servie par elle ; Yolande y est venue cinq fois et y a été tout de suite à son aise. Son impressionnante connaissance des légumes et sa facilité de contact avec les clients en font une vendeuse hors-pair. Au jardin, elle nous aura accompagnés vaillamment à travers l’arrivée des jours courts et des premiers frimas. Elle venait le matin aux Grivauds et profitait de ses après-midi pour se ressourcer, pour sillonner les environs, en marchant ou en courant, pour cuisiner, pour lire toutes nos bandes dessinées… Oh oui, je vais regretter ma complice du matin et ses longues discussions, parfois paisibles, parfois plus agitées, mais toujours sensibles. Au revoir Yolande ! Ce jardin a été le tien et le restera aussi longtemps que tu le souhaiteras.

À la semaine prochaine !

Semis tardifs de carotte : un essai partiellement concluant

Tout simplement les meilleures carottes au monde. En toute modestie.

Ici, aux Grivauds, nous produisons les meilleures carottes du monde. Notez l’utilisation du présent de l’indicatif, notez la position de l’assertion en tête d’article, notez que le maraîcher qui l’écrit n’éprouve aucun remord, notez qu’en temps normal pourtant il serait plutôt du genre à la jouer modeste… D’accord, je sens à votre sourcil levé et à votre moue dubitative qu’il va falloir que je sois un peu plus convainquant que d’habitude. Pour commencer, parlons pinard. Un sujet que Fabrice et moi maîtrisons fort bien, comme chacun sait. Eh bien, figurez-vous que dans ce milieu-là, celui de la viticulture, on évoque constamment le fameux «effet terroir». Pour schématiser, un même cépage produit des fruits de saveurs différentes en fonction des conditions pédoclimatiques qui caractérisent le vignoble. La composition du sol aurait un impact fort sur la composition minérale des fruits, sur la quantité ou le type de tannins et d’arômes développés. Et pourquoi ne pas imaginer que cet effet ne pourrait pas être ressenti dans le cadre d’une culture légumière ? J’ai du mal à trouver des études qui attestent cette hypothèse mais elle ne me semble pas absurde a priori. Je me fais la réflexion, notamment, que le MSV augmente drastiquement la qualité et la quantité des mycorhizes des plantes. Je serais curieux de connaître précisément l’impact gustatif de cette bonne mycorhization (taux de sucre, arômes et autres métabolites secondaires). Au delà de cet «effet terroir» supposé sur nos carottes, elles ont surtout pour nous le goût des efforts qu’on leur consacre : des semis héroïques en plein été, un paillage demandant un certain tour de main, des arrosages réguliers, des protections permanentes (filets) contre les mouches. Et elles ont aussi un petit goût de fierté : celle que nous avons de proposer ces délicieuses racines en continu d’avril à février. Donc, il n’y a pas à discuter : ce sont les meilleures carottes du monde. CQFD. La semaine prochaine, mes petits amis, nous étudierons les ravages de la mauvaise foi en milieu maraîcher.

De mystérieuses tâches noires (alternaria radicina ?) apparaissent sur nos carottes à partir du mois d’octobre. Les dégâts sont uniquement superficiels et un petit coup d’économe suffit à régler le problème. Mais leur mauvais aspect complique la vente et nous inquiète pour leur conservation.

Si vous calculez bien, vous voyez qu’il y a quand même 2-3 mois de carence en la matière (de février à mi-avril). Pourquoi donc ? À ces dates-là, pas de carottes «nouvelles», ce sont forcément des carottes semées l’année précédente. Pour les amener à traverser l’hiver, on a le choix entre deux options : soit on les récolte et on les conserve (mais les hivers très doux ne nous permettent pas de les tenir au delà de fin-janvier de cette façon-là) ; soit on les laisse dans le champ et on les protège du gel. C’est cette dernière technique qu’on a voulu tester cette année. Deux semis de 60m ont été effectués dans cette idée : un au 14 juillet (variétés Nantaise et Rouge-sang) et un au 21 juillet (Napoli F1). Pour ces semis très tardifs, nous avons utilisé des variétés à cycle très court. Et de fait, en ce mois de novembre, on constate qu’on a obtenu des calibres relativement corrects. Mais toute idée de les conserver en terre s’est rapidement évanouie… Bon, on s’en doutait, nos petits mammifères des champs (campagnols et mulots) se réjouissent de la présence de cette nourriture offerte en abondance et nos chats peinent à limiter la pression qu’ils exercent sur nos rendements finaux. Et en plus, on constate avec dépit que certaines parties de la peau de nos carottes (notamment la pointe) se tâchent de noire sans qu’on comprenne bien pourquoi. On suspecte un champignon appelé Alternaria radicina sans pouvoir être bien sûrs. Du coup, nos carottes sont moins belles et s’abîment vite. Impossible de les laisser dans le champ tout l’hiver dans ces conditions. Moralité : nous voilà déjà en train de les vendre dans nos paniers et sur le marché de Vichy…

«Tout ça pour ça», me direz-vous. «Tout ça pour finir par nous dire que vous n’aurez toujours pas de carottes à vous entre février et avril ?» Certes… Mais réjouissez-vous, ce sujet m’offre de nouveau l’opportunité de céder la plume à Yolande, notre grande star du blog, qui avait envie de disséquer une carotte ! C’est pas une bonne nouvelle, ça ?

Dans les entrailles de la carotte

(par Yolande Belleau)

La carotte est un légume commun, tellement que quand vous la regardez vous ne vous posez pas autant de questions que face à un aliment nouveau, inconnu. Et pourtant, la connaissez-vous vraiment ? La plante dont est issue la carotte appartient à la famille des Apiacées. L’espèce la plus commune est daucus et sa famille carota. Cette plante est dite bisannuelle. Son cycle de reproduction sexuée (ensemble des étapes permettant à un individu de produire de futurs individus) dure 2 ans. La carotte est produite lors de la première année. La plante y stocke des réserves d’éléments nutritifs qui seront utilisées l’année suivante à la sortie de l’hiver afin que la plante fleurisse. La carotte est en effet un organe avec une fonction spécifique de réserves. À l’origine la carotte est la racine de la plante. L’appareil racinaire est dit pivotant et la carotte en est le pivot, la racine principale. Lors du stockage des réserves nutritives cette racine devient un tubercule. Ce phénomène est nommé tubérisation. Ainsi la racine en plus de son rôle d’ancrage et d’assimilation des substances nutritives et de l’eau acquiert celui de réserve. La tubérisation peut concerner d’autres organes des végétaux telles que la tige (pomme de terre) ou les feuilles (oignons).

La nature et la localisation des réserves varient selon les tubercules. Chez la carotte ces réserves sont de nature glucidique. Elle emmagasine de l’énergie sous forme de molécules de glucose, à l’origine du goût sucré de la carotte ! Les tissus accumulant les molécules de stockage sont les tissus qui conduisent la sève (un tissu est un ensemble de cellules ayant la même structure, fonction et origine embryologique). Observons directement cette organisation sur une carotte.

Le cambium est un méristème dit secondaire. Un méristème est une zone de division cellulaire, à l’origine d’organes et/ou de tissus végétaux. Les méristèmes primaires sont situés généralement au niveau des parties terminales des organes (racines, tiges) ou à la base (aisselle) des feuilles. Ils permettent la croissance en longueur des organes. Les méristèmes secondaires assurent eux la croissance en épaisseur et leur localisation est variable au sein de l’organe. Dans la racine, ils forment un anneau à partir duquel les cellules se divisent et se différencient (acquièrent des spécificités) ensuite en tissu. Chez la carotte le cambium génère du bois vers l’intérieur et du liber vers l’extérieur. Le bois est issu du xylème primaire, tissu conducteur de la sève brute (issue des racines à destination des autres organes, contenant principalement l’eau et les minéraux du sol). Le liber (ou liège) est issu du phloème primaire, tissu conducteur de la sève élaborée (issue des feuilles à destination des autres organes dont ceux de réserves tels les tubercules durant la phase de tubérisation) contenant principalement des sucres issus de la photosynthèse). Au moment de la récolte, les carottes ont atteint un stade où les tissus secondaires sont très développés, rendant peu visibles les tissus primaires.

Si vous mangez une carotte dont l’intérieur est dur et fibreux, cela indique que votre maraîcher l’a récoltée âgée, à un stade avancé de développement du bois. Elle est devenue difficilement consommable, car ce tissu est progressivement composé de cellules mortes à la paroi rigidifiée par une molécule nommée lignine. En fonction de sa consistance, vous saurez désormais déterminer si votre carotte est vieille ou non !…

À la semaine prochaine !

Le chant des jardins

Chant triomphal du soleil qui perce à travers le brouillard

Pardon ! Pardon, Fabrice, mais parfois je mets des oreillettes dans le jardin. Je sais bien que c’est mal, je sais bien que j’ai tort mais c’est plus fort que moi. C’est que j’ai besoin de ma dose quotidienne de musique classique et que j’aime la prendre ici, au milieu de cet environnement si beau, si inspirant. C’est comme ça qu’il m’arrive de louper un vol de grues, juste parce que je me laisse entraîner par d’autres accents, d’autres sollicitations auditives. C’est comme ça… Le jardinier, satisfait de son labeur, fier de ses salades, de ses poireaux, de ses tomates, a parfois envie de joindre son propre chant à celui de la Nature, comme pour se redonner du cœur à l’ouvrage, comme pour se prouver que sa place dans le jardin est aussi sonore. Les petites mains qui ont eu le triste privilège de me supporter ne le savent que trop bien : je parle beaucoup, je sifflote constamment, je ris et je cherche à faire rire… J’en ai bien conscience : je suis sans doute le mammifère le moins discret de notre jardin ; je suis un éléphant dans un magasin de porcelaine, un Florin sur un voile anti-insectes, un Mi-Roux dans une caisse de plants…

C’est le matin, le soleil perce enfin le brouillard. Je retire des potentilles en serre 2, en préparation d’une nouvelle planche de mâches, perdu dans mes pensées. En face de moi, de l’autre côté de la serre, une musaraigne pousse de petits cris. C’est incroyable qu’un animal si fragile se signale autant ! Comme s’il cherchait à jouer les bravaches face à notre armée de chats. La musaraigne, nous, on aime bien pourtant : avec son régime insectivore et sa tendance à s’intéresser aussi aux gastéropodes, on a plutôt tendance à la classer dans les auxiliaires de culture. Je repense avec mélancolie à l’époque où j’étais ouvrier agricole et où on m’avait appris à me méfier de tous les petits mammifères à quatre pattes (soricidae ou rongeurs), indifféremment qualifiés de «vermine». À plusieurs reprises, j’entends claquer des coups de feu. La chasse bat son plein. Car, oui, pour rien au monde, on aurait confiné de nouveau les chasseurs, dont les pratiques sont considérées «d’intérêt général» (contrairement à celles des naturalistes par exemple). Je repense à ce tract surréaliste de la Coordination Rurale que nous avons reçu deux jours plus tôt et dans lequel on trouve un article sur «le loup au portes du Bourbonnais». La CR demande, dans le plus grand des calmes, que les troupeaux d’ovins puissent bénéficier du statut de «non-protégeabilité» pour pouvoir tirer le loup plus facilement. Car, n’est-ce pas, «ce n’est pas aux éleveurs de s’adapter au loup ! C’est au loup de s’adapter aux différentes situations d’élevage.» (sic) D’agacement, un rouge-gorge se met à chanter à deux pas de ma serre. Fabrice m’a fait la remarque qu’ils sont particulièrement nombreux dans le jardin cette année. Tant mieux, leurs chants vont accompagner joyeusement nos courtes journées d’hiver. Au même moment, Fabrice repère un Pouillot sibérien près du plan d’eau. Après vérifications, il constate que cet oiseau n’a été repéré que 4 fois cette semaine en France.

La brouette, un outil silencieux

Il fait chaud et pour cause : le vent souffle du sud-est. Comme toujours dans ce cas-là, les sons de la RCEA sont portés vers notre petit havre vert. L’espace d’un instant, j’essaie d’oublier cet intarissable vomi de camions venus d’un autre siècle. Dans le lointain, j’entends une machine, une tondeuse peut-être, ou un taille-haie. Et je repense à ce texte de Gilles Clément que Charlène m’a envoyé en début de semaine. «L’idée de jardin ne paraît pas compatible avec les machines. La prolifération d’outils bruyants, malodorants et coûteux est archaïque en face de la nature. C’est à dire en face de la connaissance biologique, scientifique que l’on pourrait avoir de la nature d’aujourd’hui. Un peu comme s’il fallait un marteau de plus en plus grand pour écraser des mouches de plus en plus petites. Si l’on considère la fragilité des brins d’herbe, passer la tondeuse pour les tailler à ras, est d’un point de vue énergétique, une dépense exorbitante.» Je ne saurais dire mieux : il y a beaucoup à entendre dans un jardin, pour peu qu’on y prête l’oreille.

À la semaine prochaine !