Toujours un temps d’avance

Un tableau sur papier avec la liste de nos 51 planches, un stylo et un peu de volonté et nous voilà en train de commencer l’assolement 2022 !

Ça y est, aux Grivauds, la saison 2022 a commencé ! Peut-être qu’on a besoin de s’y prendre très en avance pour avoir l’impression d’être déjà en train de tourner la page de la saison 2021, l’une des plus difficiles qu’on ait connues jusqu’à présent. Peut-être qu’on a fini par comprendre, aussi, qu’un certain nombre de choses se jouaient maintenant. Par exemple, passé le 1er octobre, c’est très difficile de semer un engrais vert. Et une toile tissée qui n’est pas mise en place avant fin-septembre a peu de chance de réussir à éliminer de la potentille avant mai. Jusqu’à présent, faute de disposer d’un plan d’ensemble suffisamment tôt, on procédait toujours un peu au jugé : «là, ça pourrait être des oignons, là des choux, là des courges, etc.». Et ensuite, au cours de l’hiver, on préparait notre assolement en tenant compte de ces décisions prises parfois entre la poire et le fromage. Cette année, on procède avec anticipation et avec méthode. Premièrement, on fait le point sur les problématiques propres à chaque planche (enherbement, état du paillage, performance agronomique, etc.). Ensuite, on fait l’inventaire de nos toiles tissées. On les rassemble et on en fait un tas à l’entrée du champ. La semaine prochaine, on préparera une ébauche de plan de culture dans Qrop pour connaître avec précision nos besoins. En particulier, il y a une zone de notre champ qu’on a envie de «rebooster» un peu : celle qui est la plus proche de la route. Au programme : un engrais vert sur tout 2022 pour remonter le taux de matière organique et retrouver une bonne fertilité. Du coup, ça signifie qu’il nous faudra sans doute ouvrir de nouvelles planches dans le parc des ânes. Combien ? C’est ce qu’il faut qu’on réussisse à estimer.

Étienne, Amadou et Fabrice inspectent l’état du sol sur une future zone d’engrais vert

«Je ne comprends pas pourquoi la deuxième série d’épinards n’est pas semée» ai-je demandé à Fabrice. Qui m’a gentiment rappelé qu’on avait l’habitude de semer les épinards fin-septembre, pas avant. Ceux qu’on vient d’installer en serre 5, c’est une petite série précoce d’inter-saison, histoire de patienter avant le contingent hivernal. Comme cette année on est plutôt à l’heure sur les installations de légumes d’automne, je me sens déboussolé de ne planter « que » 3 caisses de salades et 2 caisses de persil cette semaine. Et j’ai l’impression qu’on devrait déjà être en train de planter des mâches et des épinards à tour de bras. Détends-toi Denis et profitons de cette avance pour planifier la prochaine saison. Et décider, par exemple, de ce qu’on va faire de nos fraisiers sous serre. Désherbage ? Déplacement ?

À la manœuvre cette semaine, deux personnalités importantes de l’année. Étienne, tout d’abord, qui enchaîne sa 4ème et dernière semaine de wwoofing aux Grivauds. Autonome sur de nombreuses tâches, on a beaucoup profité de son investissement sur la ferme et on a adoré ses expériences culinaires. Amadou, ensuite, qui s’offre une deuxième semaine de stage chez nous. Toujours aussi souriant et positif, il est partant pour tout : plantation, désherbage, récolte, etc. Et on le découvre même particulièrement habille pour ouvrir des trous au cutter chauffé dans nos toiles tissés. Du coup, c’est lui qu’on place responsable de l’ouverture des trous dans les bâches de scaroles, de salades et de persil. Le travail avance toujours aussi bien. De nouveau, on a conscience qu’on n’aurait pas pu être aussi à l’heure sur notre agenda de plantations sans nos petites mains. Une nouvelle fois, on a envie de remercier tous ceux qui sont venus filer un coup de main dans nos cultures. Et l’année n’est pas terminée…

À la semaine prochaine !

Potimarron : le bon créneau de récolte

Dernière semaine de stage pour Adeline : juste à temps pour récolter une première série de courges !

L’été a à peine eu le temps de se mettre en place que nous voilà déjà en automne. Alors que toute notre attention est encore portée sur les récoltes de légumes d’été (haricots, melons et tomates notamment) et sur les implantations en serre des légumes d’inter-saison (blettes, salades, épinards, mesclun, chicorées, etc.), nos potimarrons nous tirent gentiment par la manche. «Eh, ne nous oubliez pas !» Et ils ont raison les bougres ! Plusieurs indices nous prouvent qu’il est temps de les récolter : leur belle couleur rouge, le début de dessèchement de leur pédoncule (la tige liégeuse qui relie les fruits aux plants) et la sénescence de leur feuillage. Cette année, la récolte est plus précoce que d’habitude : on fait le choix de récolter les fruits à leur optimum de maturation ou en légère sous-maturité (orange). On s’appuie sur les résultats d’études récentes[1]http://www.chambres-agriculture-bretagne.fr/ca1/PJ.nsf/TECHPJPARCLEF/32760/$File/Optipot%20CR%20conservation%20du%20potimarron%202018-2019.pdf?OpenElement pour essayer d’optimiser la conservation de nos courges, tout en essayant d’obtenir de bons taux de sucre. En gros, ce qu’on commence à comprendre, c’est que plus on attend et plus on obtient des fruits sucrés (ce qui présente un intérêt gustatif certain, surtout pour un légume d’hiver). Mais aussi que plus on récolte tôt et plus on augmente les chances de pouvoir conserver les potimarrons au-delà du mois de janvier. Bref, il y a un compromis à trouver. Mais il y a un autre facteur très important qui déclenche la récolte chez nous : une fenêtre météorologique favorable. Une belle journée sèche et lumineuse par exemple. Et c’est exactement le type de temps qu’on a eu en début de semaine.

Pour éliminer la rosée des courges, on les met à sécher au soleil sur de la paille.

Sur le marché de Vichy, on vend déjà un peu de potimarron. Mais on précise bien : «n’hésitez pas à utiliser d’abord la courge comme objet de décoration avant de la consommer». Pourquoi ? Parce que le taux de sucre augmente toujours dans les semaines qui suivent la récolte. Ça, on peut le constater empiriquement : les fruits fraîchement récoltés sont toujours légèrement fades. Il se dit aussi que le taux de béta-carotène augmente pendant la conservation. Néanmoins, en cherchant des sources scientifiques fiables à cette assertion qu’on entend couramment, je me suis un peu cassé le nez. Si certains d’entre vous connaissent des études traitant du sujet, je suis preneur. Pour le moment, nos courges patientent bien au chaud dans notre garage, le temps que les pédoncules sèchent complètement. Elles seront ensuite stockées plus à l’intérieur de nos maisons, pour leur garantir une température relativement constante tout au long de l’hiver (l’optimum se situant autour de 15°C, ce qui est difficile à trouver).

Notons en passant que cette première récolte de courges nous permet de faire rentrer environ 208 kg de fruits, ce qui est environ la moitié de ce qu’on espérait. La grêle de fin-juillet est passée par là… D’ailleurs tous les potimarrons portent des scarifications qui témoignent de cet événement traumatique.

Willie s’est éteinte

Pour finir, deux nouvelles à vous donner. La première est joyeuse : nos semis en poquets effectués la semaine dernière lèvent ! On voit des roquettes, des épinards, des mâches et des radis qui pointent le bout de leurs cotylédons et ça fait plaisir à voir. La deuxième est beaucoup moins drôle : Willie, l’aînée des chat·tes des Grivauds, est décédée ce samedi, à l’âge respectable de 19 ans. Grande réclameuse de caresses, au caractère parfois bien trempé, ses miaulements rauques vont nous manquer. Elle est enterrée aux côtés de Crevette et de Vasco.

À la semaine prochaine !

Sur des rails pour l’automne

Il y a quelques semaines, nous avons reçu le message suivant :

«Bonjour,

Obtenez des articles grâce à l’intelligence artificielle fait pour vous. Cela veut dire : Stop à la procrastination, Stop à la page blanche, Stop à la surcharge de travail. Tout est inclus et la qualité est garantie. Soyez parmi nos membres VIP et conservez ce bon prix pendant que vous le pouvez encore. Juste une réponse de votre intérêt pour plus de temps libre, et plus de référencement pour vous souhaiter la bienvenue.

Au plaisir d’échanger,

Albert S.»

Et ça tombe bien, parce que j’ai beaucoup de choses à faire ce week-end – en particulier découper nos derniers choux d’été pour faire de la choucroute. Alors, le logiciel fonctionne très simplement : on lui donne à manger les articles des années précédentes à la même période, on y ajoute quelques mots-clés et on remue bien. Bonne lecture.

Semis de mâche en «poquets paillés» ; oui, cette photo n’a rien à voir avec l’article qui va suivre
Alors qu’ici on attend la pluie désespérément, notre première série de haricots mange-tout à rames sous serre avait donné des cendres venues tout droit des incendies qui touchent la forêt amazonienne. Par contre, elle nous avait permis de nous rendre compte à quel point nos clients, que ce soit en Amap ou sur le marché, étaient demandeurs de bons haricots frais. L’eau, c’est une substance liquide qui mouille, vous voyez ? Mais ne faisons pas l’autruche, au final les bénéficiaires de cette politique nous sont aussi très proches. Et c’est en ce moment qu’on en récolte les fruits : il va pleuvoir du haricot aux Grivauds en ce début d’automne ! Il y a donc un problème global, pas seulement local. Une urgence de semis d'engrais vert.
Les légumes d’été commencent à marquer le pas dans notre grand jardin. Fabrice a réussi miraculeusement à dégager quelques heures et on marche un peu sur des œufs. On a commis deux erreurs cette année : nos poireaux d’été sont magnifiques et on s’extasie devant nos carottes. C’est quand on se sent complètement épuisés le lundi soir après plus de cinq heures de récolte de haricots verts qu’on prend de grandes résolutions. Du coup, on est contents de pouvoir compléter les paniers avec nos scaroles démesurées et nos petites mains (wwoofeurs et stagiaires) qui nous ont permis d’être efficaces et d’entretenir au mieux nos cultures. En poussant le jardin dans ses retranchements, on tergiverse moins qu’au printemps pour ne pas mouiller les oignons rouges.
À la semaine prochaine.

PS : Oui, je suis d’accord avec vous, on n’est pas sûrs de maintenir notre contrat avec Albert S., il me semble que le subterfuge est visible. Promis, la semaine prochaine, on essaiera d’utiliser de l’intelligence humaine. En attendant, on vous invite à vous régaler avec la galerie de photos.

Umami

Tomates cerise «Green Grape», des fruits au goût surprenant

Les tomates sont là, nombreuses, généreuses, colorées, appétissantes. Les esprits chagrins mentionneront que les taux de sucre sont bas cette année, notamment parce que les tomates mûrissent presque sans soleil. N’empêche, elles sont excellentes ! Et, non, cette fois-ci, je ne vais pas vous ressortir le couplet sur l’effet terroir en MSV. Même si ça me démange. Non, aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous une découverte. Tout part d’un constat : les petites mains des Grivauds plébiscitent régulièrement nos tomates cerise. Et notamment nos tomates jaunes (variété Green Grape). J’entends un peu de tout à propos de ces tomates, et notamment qu’elles sont très sucrées, ce avec quoi je suis partiellement d’accord. Adeline, de retour aux Grivauds pour 3 semaines de stage, m’explique son ressenti : «on a l’impression de recevoir un câlin quand on mange cette tomate». Bon. Il y a visiblement une saveur dans cette tomate qu’on ne retrouve pas ailleurs. Mais comment la décrire ? J’essaie de me souvenir du vocabulaire utilisé par les amateurs de vin ou de thé. Souvent, pour décrire une saveur, on la compare à d’autres références. Par exemples d’autres fruits. Mais là, je suis un peu à la peine. Alors, je convoque mes saveurs primaires : sucré, salé, acide, amer et umami. Sucré, certainement. Amer, non. Acide, un peu. Salé ? Tiens, je ressens bien une nuance minérale. Mais je ne dirais pas que c’est salé, non. Umami ? Ça, jusqu’à il y a peu, je connaissais mal. Heureusement, sur France Inter, cet été, il y a eu une série d’émissions, qui, sous le titre de «Saveurs savantes», explorait le goût sous toutes ses formes. Et dans l’épisode traitant de l’umami, j’ai eu la confirmation que les tomates déclenchent bien la sensation d’umami dans la bouche. De quoi s’agit-il ? Y a-t-il un rapport avec le plaisir qu’on prend à déguster une Green Grape ? Explorons cette piste ensemble.

Les Earl of Edgecomb, des tomates de fin de saison, charnues et délicieuses

La saveur umami, on la connaît mal en Europe. La faute à notre éducation au goût, tout simplement. Parce que d’un point de vue morphologique, nos papilles sont les mêmes que celles d’un japonais alors il n’y a pas de raison qu’on y reste indifférents. Pour faire simple, il existe sur notre langue des cellules spécialisées dans la détection de trois molécules : le glutamate (ainsi que sa forme acide, l’acide glutamique), la guanosine monophosphate (GMP) et l’inosine monophosphate (IMP). C’est cette détection qui provoque la sensation umami, sensation agréable et persistante. La saveur umami crée, qui plus est, un certain «confort de bouche», notamment en stimulant la salivation. Les tomates mûres, et notamment les tomates cerise, contiennent de l’acide glutamique et procurent donc bien une sensation umami. Je parierais gros que les Green Grape en contiennent une dose supérieure à la moyenne ! Et parmi nos autres tomates, celles qui me paraissent le plus umami sont de nouveau celles de couleur orange (de variété Earl of Edgecomb). D’autres légumes ont un goût umami mais ils sont rares : les asperges, les brocolis, les épinards, les champignons…

Umami ou non, nos tomates ont été récoltées avec compétence par nos petites mains du moment : Cécile (qui nous a quitté en début de semaine), Suzanne (qui est wwoofeuse pour une semaine et qui n’est pas vraiment débutante…), Adeline (qu’on ne présente plus) et Étienne, son compagnon (qui a un statut de wwoofeur mais qui, en plus, nous concocte des petits plats mémorables). Alors, oui, il y a un peu de télescopage, mais c’est un peu fortuit. Du coup, tout avance d’un coup très vite. On récolte, on plante (des navets, des radis et de la mâche), on désherbe, on palisse et on prépare des colis de tomates. Bref, c’est pas parce qu’on est nombreux qu’on joue aux dés ou qu’on sirote des Piña coloda, non mais !

Bon, alors, qui reprend de la tomate, du coup ?

À la semaine prochaine !

Des melons et de la rhubarbe

Du melon à Vichy en plein mois d’août !

Aux Grivauds, on assume d’avoir des melons un peu tard en saison. Pour deux raisons. D’abord, parce que les melons qui mûrissent en août ont un incroyable goût de miel. Ensuite parce que ce sont des melons qu’on peut installer après une culture de printemps (par exemple après des carottes ou des navets nouveaux). Ils sont plantés fin-mai, début-juin, à une période où on n’implante plus aucun légume d’été. Sauf… des melons. Cette semaine, on est venus avec nos premiers melons de l’année sur le marché de Vichy et on est repartis avec nos caisses vides. Tout va bien : même si ces légumes arrivent à un moment inattendus, ils sont tout de même les bienvenus.

Une rhubarbe qui ne donne pas quand on l’attend…

Cette semaine, on a aussi récolté de la rhubarbe. La même rhubarbe qui a péniblement donné une première série de tiges au printemps… Cette fois-ci, on en récolte presque une dizaine de kilos et on est fiers de les présenter à nos clients. Résultat : on n’en a pas vendu du tout. Pour le coup, la rhubarbe qui ne pousse pas au printemps a peu de chance d’être vendue. Et on vient donc de le découvrir à nos dépends…

Mais finalement, ce qu’on retiendra de la semaine, ce sont surtout les 200 kilos de tomates récoltées mardi et vendredi… Ça au moins, c’est cohérent avec la saison…

À la semaine prochaine !

Les navets, c’est parti !

Plantation de navets avec Elsa et Guillaume. Ils me montrent qu’on peut même creuser deux pré-trous en même temps, avec un plantoir dans chaque main. On n’arrête pas le progrès !

C’est en août qu’on met la dernière touche à notre plein champ. Les dernières plantations, les derniers désherbages, les derniers semis. Passé le 15 août, normalement, on se concentre plutôt sur la remise en état des serres d’intersaison pour l’automne. Par contre, ça n’est pas parce que ce sont les derniers gestes maraîchers dans le champ qu’il faut les négliger. Et on ne hausse surtout pas les épaules en se disant «bon, les navets, ils attendront». Parce que les navets, eh bien, c’est bon, et, euh, ben, c’est facile à faire, alors, hein, faudrait pas s’en priver, hein. Et en plus, ben, c’est bon. En tout cas, moi, j’aime ça, alors voilà. Surtout braisés. Passons.

Cécile et Elsa installent de l’irrigation au dessus des plantations de navets. Eh oui, il fait enfin beau !

Cette semaine, malgré d’intenses récoltes de tomates, on a donc planté et semé des navets (et des radis d’hiver). Mais le plus remarquable, ça a surtout été la célérité de l’exécution de ces chantiers. À ce sujet, hommage soit rendu à nos petites mains de la semaine : Cécile, Elsa et Guillaume. Cécile, si vous ne la connaissez pas, c’est que vous ne lisez pas assez souvent nos articles. Et ça, c’est mal. Elsa et Guillaume, ce sont deux wwoofeurs pas vraiment débutants. Ils ont fait l’acquisition d’un terrain en Saône et Loire où ils ont le projet de faire pousser des légumes. De futurs collègues en somme. Alors, nous, on se met en mode «maîtres de stage» et eux nous font l’honneur de nous accompagner dans nos tâches toute la journée longue. Moralité, au bout de deux semaines, ils sont autonomes sur de nombreuses tâches, s’occupent presque entièrement de toute la re-fertilisation des plants de tomates et plantent des navets à la chaîne sous une chaleur terrifiante. Une dernière fois, nous aimerions les remercier du fond du cœur pour leur incroyable investissement au sein des Grivauds. Cette année encore, nous avons conscience de la chance que nous avons avec nos stagiaires et nos wwoofeurs. Sans ces «petites mains», nous serions obligés de travailler bien plus, de nous mécaniser plus, de renoncer à certains désherbages. D’évidence, on leur doit une bonne maîtrise de notre planning de travaux agricoles et une grosse réduction de notre stress quotidien. Bon, d’accord, on ne tire pas encore de salaires de notre activité, mais, au moins, on se marre tous les jours dans nos champs. Alors, hein, voilà.

À la semaine prochaine !

Tomates : reconnaître et intervenir… ou pas !

On a encore envie que vous nous plaigniez un peu… Figurez-vous que notre camion bleu, celui qu’on vient d’acheter à crédit, vient de passer une semaine au garage pour une histoire de relai dans une boite liée au démarrage… Et que dans le même temps, la vessie de notre pompe a éclaté, nous laissant sans arrosage pendant plusieurs jours de suite. La série noire continue. Vous me direz, l’arrosage, en ce moment, hein, on peut s’en passer, même sous serre, vu comme le temps est sombre et les températures peu poussantes. Bon, d’accord. Mais d’ailleurs, puisque vous me parlez de météo, apprenez que, pour couronner le tout, l’humidité et le manque de lumière sont en train de nous jouer un mauvais tour.

Liège sur les racines de tomate (Corky-Root)

Oui, je sais, ça fait deux articles de suite sur les tomates. Mais dîtes-vous bien que la tomate, pour des maraîchers, c’est un peu le nerf de la guerre, le beurre dans les épinards, le Graal sur la Table Ronde. Et comme elles sont arrivées très tard cette année, on les surveille comme le lait sur le feu. L’année dernière, passé le 15 septembre, la saison des tomates était pliée pour nous à cause du Corky-Root (maladie de la racine liégeuse). Alors, pour 2021, compte-tenu des moyens mis en œuvre, on aimerait bien tenir jusqu’à mi-octobre. C’est pour ça que lorsqu’on a vu le mildiou faire son entrée dans nos serres, on a froncé les sourires, on s’est exclamés «ah non, pas ça!» et on a sorti les sécateurs.

Des tâches brunes non compartimentées : mildiou !

Depuis que je suis arrivé aux Grivauds, le soin des tomates a toujours consisté à se concentrer sur la prophylaxie. On fait le maximum pour que les plantes poussent dans un environnement sain et fertile. Et ensuite, on les invite à se débrouiller un peu toutes seules. Pas d’effeuillage, pas de pulvérisation d’anti-fongique. La bonne réponse immunitaire des plants de tomates est en partie due à notre pratique du MSV : nos sols fournissent tout ce qu’il faut à la plante pour qu’elle puisse se défendre. On veille à ce que nos sols restent hydratés pour que la prospection racinaire se fasse bien, ce qui signifie que, en temps normal, on pratique l’aspersion. Mais seulement le matin, par une belle journée ensoleillée, pour que les feuillages soient secs le soir. Et pour lutter contre le Corky-Root, on a greffé une grosse partie de nos plants, comme on vous l’expliquait la semaine dernière. Bref, tout est fait pour qu’on n’ait pas besoin d’intervenir lorsqu’une tâche un peu suspecte apparaît sur nos feuillages. Mais, cette année, rien ne se passe comme prévu. Le temps est sombre et l’air est constamment humide. Du coup… les champignons foliaires se développent joyeusement. Un peu trop joyeusement pour qu’on ait envie d’en sourire…

Nouveauté de l’année : des chloroses provoquées par un virus… On remercie nos amis les pucerons de nous apporter des plaisirs variés…

Devant la variété des bizarreries constatées sur nos pieds de tomate, on a dû passer un peu de temps sur E-Phytia. Ce qui nous a permis de distinguer 4 problèmes différents (en se limitant aux parties foliaires) : le mildiou (oomycète dont les tâches ne sont pas compartimentées), l’alternariose (oomycète, dont les tâches sont entourées d’une chlorose), le botrytis (ascomycète générant une pourriture grise) et les viroses (créant des chloroses d’aspect variable, les virus étant véhiculés par les pucerons). Pour les trois premiers problèmes, une même règle prévaut : éviter que les feuilles ne restent trop humides. On se décide à effeuiller le bas des plantes pour faire circuler plus d’air au ras du sol. On désherbe, pour éviter que les adventices ne viennent mouiller les feuilles de tomates, par évapo-transpiration ou par guttation. Du mildiou, on en a rarement, et, en général, la plante finit par éliminer toute seule les feuilles contaminées. Sauf que, samedi matin, lorsque je me suis retrouvé face à la dernière série de Previa, dans la serre 1, j’ai pris peur : en 24h, le nombre de feuilles attaquées a doublé. C’est la rançon du succès : les pieds greffés ont des feuilles si grandes que l’air y circule mal. On se dit que, l’année prochaine, ça ne serait pas une mauvaise idée de conduire ces pieds en rang unique mais sur deux brins (en Y). Mais en attendant que faire ? Eh bien, on coupe. On tranche dans le vif, on élimine les feuilles contaminées et on les sort de la serre.

Je laisse mon regard se promener sur la flore spontanée des Grivauds et je fais les constats suivants. D’abord que, cette année, nos prairies et nos bords de chemin sont restés très verts. Ensuite que nombre de plantes sont aussi atteintes d’une grande variété d’agressions fongiques (mildiou et alternariose) ou parasitaires (acariens, pucerons, chenilles et autres larves mineuses). Je vous mets quelques exemple dans la galerie.

Et je vous souhaite une belle semaine !

Tomates greffées vs tomates non greffées

Ça tombe dans les tomates !

La semaine dernière, on s’est quittés un peu sèchement je crois. C’est que nous avions besoin d’exprimer notre dépit d’avoir en si peu de temps perdu autant de légumes… Une semaine s’est écoulée, on a fait le deuil de nos salades et on a regardé nos plantes réagir à l’agression des grêlons. On a vu les feuilles de betterave se relever malgré leurs trous, les courgettes ré-émettre des fleurs, les Blue Ballets cicatriser vaillamment. Incroyable résilience végétale. Mais surtout, quelque chose a changé aux Grivauds. Quelque chose que nous attendions depuis de longues semaines : ça tombe enfin dans les tomates.

De belles panières de tomates anciennes à Vichy, ça redonne le sourire !

«Ça tombe», en langage maraîcher, ça veut dire que les récoltes deviennent soutenues et régulières. Ça y est nous pouvons désormais mettre des tomates dans les paniers d’Amap. Et nous avons de quoi remplir nos grandes panières rondes avec des tomates anciennes sur le marché de Vichy. Vous le savez, la météo met nos cultures à rude épreuve cette année et nos pieds de tomates ont été soumis à des stress assez extrêmes : gelées tardives, sols froids, air humide, faible ensoleillement. Du coup, les attaques fongiques sont légions et font des dégâts parfois spectaculaires : mildiou dans les tomates cerise (notamment les Black Cherry), alternaria dans les Saint-Pierre, Botrytis (notamment dans les Green Zebra et les Purple Calabash) et, probablement, Corky Root (on a des pieds aux couleurs violacées qui nous laissent songeurs). Bref, on devrait être inquiets. Mais non ! Au contraire, on est plutôt contents de nous. Pourquoi ? Parce que la grande majorité de nos pieds se défend vraiment très très bien ! Le point commun entre ces pieds en bonne santé ? Ils sont tous greffés.

Vous vous souvenez, on a pris la décision de greffer nos tomates cette année, pour lutter contre un parasite racinaire qui s’accumule au cours des années : le Corky Root (racine liégeuse). Ce parasite est commun dans les jardins où les tomates sont toujours plantées au même endroit. Il se peut même que notre pratique du MSV (et notamment le non-travail du sol) favorise l’accumulation du pathogène. Les symptômes sont très clairs : mi-juillet, les plants s’affaiblissent, la croissance se ralentit, les tiges s’affinent et les fleurs coulent. En conséquence de quoi, on se retrouve à court de tomates en septembre.

La greffe a été une opération délicate et Fabrice se souvient encore des sueurs que ça lui a causées. Devant les taux d’échec et la peur de mettre tous nos œufs dans le même panier, nous avons choisi de ne pas greffer 100 % de nos plants. Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des pieds greffés et non-greffés dans les mêmes serres. Les dernières gelées ont fait mourir quelques pieds ici et là et nous les avons remplacés au fur et à mesure. Il y a deux cas très intéressants : dans les Green Zebra non-greffées, nous avons planté un pied de Green Zebra greffé. Et dans les Roses de Berne greffées, nous avons planté un pied de Roses non-greffé. Ces deux cas d’école sont présentés dans les photos ci-contre. Et plaident pour une conclusion sans appel : nous DEVONS désormais greffer nos tomates. La question qui reste en suspens est celle du goût. J’aurais aimé pouvoir comparer sérieusement mais l’année ne s’y prête pas. Nos tomates ont mûri sans soleil et n’expriment pas leur plein potentiel gustatif. Ce qui ne nous empêche pas de nous régaler de la douceur des Earl of Edgecomb et de la suavité des Roses de Berne.

En espérant que vous partagerez ce petit enthousiasme gustatif, je vous souhaite une belle semaine.

Maraîcher, l’impossible métier

Avec un peu de soleil, les haricots décollent

Chaque semis, chaque plantation est un pari sur l’avenir. Et plus les années passent, plus le pari est risqué, plus les chances de réussir diminuent. La faute notamment à un climat rendu capricieux par l’activité humaine. Cette année, on nous demande souvent : est-ce qu’il y a tout de même des légumes qui profitent d’un temps froid et humide ? Oui, il y a des légumes qui poussent même les pieds dans l’eau, même dans une ambiance constamment automnale. Mais, n’empêche, même ceux-là – poireaux, choux et autres carottes – ont besoin de lumière pour faire de la photosynthèse. Sous les nuages, rares sont les plantes qui peuvent se dire parfaitement heureuses. Alors, nous, on s’enthousiasmait très fort du retour du soleil, dimanche dernier. Jusqu’à ce que…

Des blettes mal en point après le passage de la grêle

Le retour des normales de saison, les cultures et les maraîchers en avaient bien besoin. Notamment les tomates qui n’attendaient que ça pour mûrir. Tout l’aspect du jardin s’en trouve changé ! On se remet à prendre espoir : on va finir par sortir de cette mauvaise météo et on va avoir les légumes qu’on mérite ! Comme la croissance reprend, les sols se déshydratent et on lorgne sur les possibles orages de vendredi soir pour éviter d’avoir à arroser en plein champ la semaine prochaine. En voyant les premières gouttes tomber du ciel, on se dit que c’est gagné. Mais, finalement, on déchante : cette pluie d’orage est empoisonnée ! En quelques minutes, on prend 30 mm (plus une grosse dizaine de millimètres le lendemain) et, au milieu des gouttes d’eau, se cachent de gros grêlons. Rapidement, c’est la catastrophe. Le champ se retrouve de nouveau miné par la grêle, comme en 2019. Les dégâts sont très importants : les salades, les blettes, les courgettes, les courges, les haricots… De nombreuses cultures sont sévèrement touchées.

Une échalote molle avec une chaire translucide et une odeur d’oignon cuit : signe d’un choc thermique au moment du séchage

Jongler avec la météo, c’est quelque chose qu’on n’apprend jamais définitivement. Et parfois, il faut faire certaines erreurs plusieurs fois avant de tirer les bonnes leçons. Imaginez 105 m d’échalotes étalées sur le sol, séchant sagement en plein soleil. C’est beau. Et la récolte est bien moins mauvaise qu’on ne le pensait. Par contre, en sortant les échalotes de la paille humide, on se dit que ce serait une bonne idée de les faire sécher quelques jours dans le champ, comme c’est préconisé dans tous les bons bouquins de maraîchage. Sauf que, vendredi, en venant les ramasser, je constate, horrifié, que de nombreuses échalotes sont devenues molles. Et qu’elles sont brûlantes alors qu’il est seulement 11h et que le soleil est légèrement voilé. J’en ouvre une en deux par curiosité. Les tuniques sont translucides et elles dégagent une odeur sucrée d’oignon cuit. Oui, vous ne rêvez pas, malgré des températures très modérées (à peine 30°C, ce qui n’est vraiment pas méchant en été), nos échalotes ont brûlé au soleil. Mais comment est-ce possible ? J’ai une petite hypothèse qui vaut ce qu’elle vaut. Les échalotes, chez nous, poussent dans la paille. Elles ne reçoivent jamais de lumière directe. Elles ne sont pas du tout habituées à «gérer» des coups de chaud. Moralité, en MSV, quand on cultive sous paille, on fait sécher ses alliacées (ail, oignons, échalotes) à l’ombre ! On avait déjà fait cette erreur l’année dernière avec l’ail. Cette année, c’est l’échalote qui trinque. Normalement, là, on est vaccinés.

On est en juillet, c’est à dire à la moitié de l’année. Et on se dit déjà que l’année 2021 est la plus dure qu’on n’ait jamais eue à vivre au jardin. On essaie de se réjouir de l’arrivée tant attendue des tomates et on essaie d’oublier que Météo France nous prévoie de nouveau une quinzaine de jours froids et humides, pour changer…

À la semaine prochaine !

PS : Dans la galerie, vous ferez connaissance avec Amadou, un merveilleux stagiaire que nous avons accueilli cette semaine et qui nous a beaucoup aidé. Ça aurait été mal lui rendre hommage que de le présenter au milieu d’un article aussi maussade. Les photos parlent d’elles-mêmes.

Trop de courgettes fin juillet ?

Récolter tous les jours et récolter des fruits petits : une bonne manière de limiter la surproduction de courgettes en plein été.

Ça fait quand même quelques temps qu’on mange de la courgette. Et donc, on finit par se lasser un peu, c’est naturel. Et nos clients, c’est pareil … ils ont envie d’autre chose. De tomates, par exemple. Alors, tous les ans c’est la même chose : on se retrouve en surproduction de courgettes en juillet. En plus, les jardiniers commencent à en avoir dans leur carré potager. À ce moment-là, plusieurs stratégies sont possibles. 1) Chercher à les vendre en demi-gros. L’année dernière, on en avait placé quelques dizaines de kilos auprès d’un magasin bio à Cusset mais c’est beaucoup de travail (conditionnement, livraison) pour vendre un produit au rabais. 2) Ne plus récolter tous les pieds. Nous, typiquement, on arrête de récolter les séries de printemps, celles qui ont été plantées sous serre. Cette année, c’est frustrant, parce que ces séries ont peu donné. Mais nos courgettes de plein champ nous suffisent amplement. 3) Récolter avec des calibres plus petits. On récolte les courgettes tous les jours et on prélève les fruits deux ou trois jours après la floraison. Ça permet de n’avoir que des petites courgettes bien savoureuses, bien concentrées, qui rendent peu d’eau à la cuisson. Le must de la courgette ! 4) On transforme. Et c’est là que Manon intervient.

Antipastis de courgettes (merci Manon)

Manon ? Eh oui, Manon est de retour pour une nouvelle semaine de wwoofing ! Et Manon, quand elle voit nos courgettes invendues partir au compost, ça lui fend le cœur. Alors, elle profite de sa jeunesse encore pleine de foi et d’énergie pour se lancer dans un peu de transformation : des antipastis de courgettes. Le principe de la marinade de courgettes, on retrouve ça dans les fameux «pickles de courgettes au curry» : des courgettes en dés, des oignons et un mélange de vinaigre, de sucre et de curry. On met le tout dans des pots qu’on stérilise et les ressort à l’apéro tout au long de l’année. Bon, sur notre ferme, l’idée, ça n’est pas de les vendre mais plutôt de sauver quelques kilos de courgettes vieillissantes.

Clélia, Paul et Miroux s’intéressent à la leçon de choses autour de la mare

Est-ce qu’on vous fait un point sur la météo de la semaine ? Non, hein ! Vous aussi, vous avez eu froid, n’est-ce pas ? Le temps était si moche qu’on a décidé d’annuler la venue d’une famille de wwoofeurs qui devait camper dans le verger toute la semaine. Et pas n’importe quels wwoofeurs ! Figurez-vous qu’il s’agissait de la famille d’Adeline, une de nos clientes régulières sur le marché de Vichy. En guise de compensation, elle a pu tout de même venir sur la ferme y passer une journée avec Damien, son mari et leurs deux enfants, Clélia et Paul. Tous ensemble, on a fait quelques récoltes (pommes de terre, betteraves, fèves, persil, basilic, etc.) et … on a tiré du blé dans les betteraves, les poireaux et les fenouils. Les enfants ont adoré les chats et les ânes, vous vous en doutez… Beaucoup de rires et de fraîcheur, de quoi nous faire oublier un temps la grisaille de ces derniers jours…