Voyager de jardin en jardin

Première tâche pour Mickaël, de retour aux Grivauds : planter du basilic. Et nous raconter ses autres stages.

Quand un·e de nos stagiaires est de retour aux Grivauds, comme c’est le cas de Mickaël cette semaine, il y a toujours un moment que j’attends avec gourmandise. Celui où le·la stagiaire va nous raconter ce qu’iel a vu dans ses autres stages. L’avancement des cultures, l’ambiance, ce qu’on y fait et ce qu’on y apprend. C’est pour moi déjà une façon de voyager. Mais, depuis mercredi, le dépaysement a augmenté d’un cran. Car en ce moment nous recevons Lucas. Et Lucas est brésilien. Pendant les deux premiers jours, je suis resté très concentré sur mon portugais, qui était très rouillé. Focalisé sur le fait de comprendre ce qu’il raconte. Obsédé par la réactivation du vocabulaire, de la conjugaison et des girias[1]C’est le mot portugais qui désigne les idiomatismes, c’est à dire les expressions propres à une langue, à un dialecte.. Et puis, petit à petit, à force d’entendre cet accent carioca[2]Relatif à Rio de Janeiro si délicieusement chuintant, les souvenirs ont afflué et la saudade[3]Le mot saudade désigne un sentiment complexe proche de la nostalgie. m’a enveloppé de sa douceur piquante. Oh oui, maintenant, je me souviens.

Lucas, les mains dans les petits pois

Je me souviens de mon premier wwoofing. C’était dans le Minas Gerais, à Rio Pomba. Je me souviens de la chaleur tropicale, des longues matinées de travail, des siestes sous un soleil brûlant, du soleil qui se couche à la verticale à 18h. Des soirées autour d’une guitare et d’un feu de camp. Je me souviens d’avoir récolté des bananes et des noix de coco. D’avoir cueilli des mangues et des baies de Jabuticaba. D’avoir bouturé des choux (!) et d’avoir palissé des tomates qui ressemblaient à des pieds de vigne (!!). Je me souviens des moustiques. Je me souviens de mes motivations à faire du wwoofing : apprendre le portugais et rencontrer des brésilien·nes. J’avais déjà un peu jardiné quand j’étais petit. Mais pas beaucoup. Je suivais alors ma mère au jardin avec un enthousiasme d’adolescent très mesuré. Je crois que c’est vraiment à Rio Pomba que j’ai attrapé le goût du jardinage. C’était en 2014, j’avais 31 ans. Dans l’année qui a suivi, j’ai refait du wwoofing. En Argentine, au Chili et au Pérou. Et puis en France. C’est en cherchant un lieu où venir donner un coup de main que je me suis retrouvé ouvrier agricole. De fil en aiguille, à force de voyager, je suis devenu maraîcher. Mais, oui, d’une certaine façon, c’est bien mon amour de la langue portugaise qui m’a amené là où je suis aujourd’hui.

Paillage des planches de courges

Lucas et Mickaël, bien qu’ils soient nés à 8000 km de distance, partagent une même trajectoire, qui semble propre à cette génération. Nous en avions déjà parlé dans l’article «Chercher et se chercher» de cet hiver. Lucas me raconte que cette précarité existentielle est devenue inévitable pour les jeunes, même au Brésil. Il y a la pression de la crise écologique. Et, dans le même temps, il y a déjà un cortège de publications et d’initiatives qui permettent rapidement de faire un pas de côté sans avoir à réinventer la roue. C’est tellement tentant…

Comme ça me fait drôle que ce soit à mon tour de montrer nos gestes et nos façons de faire à un brésilien… Je mesure le chemin parcouru en 8 ans et c’est vertigineux. Lucas n’est pas vraiment un perdreau de l’année, il a déjà pas mal d’expérience. Il sait planter, il sait récolter plein de choses, il sait palisser une tomate… Avec Fabrice, il communique avec les mains et avec quelques rudiments de français qui s’épaississent de jour en jour. Avec Mickaël, il parle anglais. Comme d’un fait exprès, l’été fait une entrée précoce au jardin et nous tanne gentiment le cuir. On se dépêche de planter les dernières tomates : l’énorme chantier «courges» nous appelle. Dans le même temps, une ombre trop bien connue rôde sur nos têtes : le blé fait un retour en force dans toutes nos cultures… Souvenez-vous, l’année dernière déjà

À la semaine prochaine !

References

References
1 C’est le mot portugais qui désigne les idiomatismes, c’est à dire les expressions propres à une langue, à un dialecte.
2 Relatif à Rio de Janeiro
3 Le mot saudade désigne un sentiment complexe proche de la nostalgie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.