Deux lignes de petits pois et quatre voies de RCEA

En haut, c’est le bourg ; en bas (en rouge), c’est la RCEA et au milieu, c’est nous.

Cette semaine, par plusieurs fois, un petit vent de sud nous a rappelé la présence de la RCEA à quelques centaines de mètres de notre ÉcoJardin. Pour ceux qui ne sont pas du coin, la RCEA, c’est l’autre nom de la N79, la grosse route à camions qui traverse notre département de part en part. Lorsque le vent est dans le bon sens, donc, la circulation devient un bruit de fond difficile à ignorer. On a beau se concentrer sur les chants des mésanges, rien à faire ! On a appris récemment que cette route allait être refaite pour passer à 4 voies. L’automobiliste se réjouit : il manquait un axe rapide pour relier Monluçon à Macon (en gros) ; ou, plus modestement, pour aller de Moulins à Digoin pied au plancher. La presse et nos édiles se félicitent : il y a 400 emplois locaux à pourvoir, c’est toujours ça de pris. Mais, moi, je ne suis pas très sûr de me réjouir. Je ne le dis pas trop fort pour ne pas casser l’ambiance, mais je suis dubitatif. L’urgence écologique ne nous impose-t-elle pas d’autres chantiers plus urgents ? Tiens, au hasard : tous ces camions ne seraient-ils pas mieux sur des rails ? On investit des millions dans des routes, en cette deuxième décennie du siècle, alors qu’il ne faut pas être grand sorcier pour prévoir qu’elles risqueront rapidement de devenir obsolètes si on vient à manquer de pétrole. C’est un peu comme si on se disait : le réchauffement climatique d’accord, mais la mobilité, c’est plus important. On pourrait penser que l’été qu’on vient de vivre avec ses canicules et sa sécheresse suffirait à refroidir ce genre de grand projet d’un autre siècle. Non, visiblement, non.

Aux Grivauds, le tracteur sert essentiellement à transporter la paille. Ici, le premier paillage de l’année se prépare : ce sera pour la planche des petits pois.

De notre côté, si nous laissons le tracteur au garage, ça n’est pas seulement pour mieux entendre les pépiements des bergeronnettes des ruisseaux venues s’abreuver à notre mare. Et même, ça n’est pas seulement pour limiter nos émissions de CO2 – je pense que, vue notre surface, nous ne pesons pas grand-chose de ce côté-là. C’est aussi et surtout pour réapprendre à cultiver la terre de la façon la plus sobre possible, énergétiquement parlant. Bien entendu, il faut assumer des rendements horaires inférieurs à ce qu’on peut trouver ailleurs. Nous sommes encore fragiles économiquement, mais il faudra juger l’expérience dans quelques années, quand les derniers investissements (serres et irrigation) seront derrière nous et que nos itinéraires techniques se seront stabilisés. Notre plan de culture de cette année témoigne de cet état d’esprit : on ne cultivera pas beaucoup plus que l’année dernière, mais on travaille à améliorer nos taux de réussite pour chaque culture. Au vu des défis qui nous restent à affronter, on serait en droit de nous contester toute légitimité à recevoir des stagiaires. C’est que, d’ors et déjà, nous produisons des légumes. Et puis, nous avons déjà de nombreuses connaissances sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, qu’elles soient d’ordre agronomiques, botaniques ou écosystémiques. On ne se prive pas non plus de raconter nos doutes et nos échecs car ils sont aussi sources de réflexion. Au final, oui, on produit des légumes presque sans pétrole ; oui, on prépare un jardin qui résistera du mieux possible contre les défis de demain (réchauffement climatique et hausse des coûts de l’énergie) mais non, on n’a pas la prétention de s’ériger en exemple et de dire que le chemin est parsemé de roses.

Dès lundi, l’armature de la première serre était montée !

On a la tête dans le futur mais ça ne nous empêche pas de nous consacrer à fond à la saison qui vient : planter les petits pois et la salade, récolter les poireaux, désherber les carottes, etc. On a aussi semé nos oignons rouges (30 plateaux, tout de même). Et surtout, il y a le lancement du grand chantier du montage des nouvelles serres ! Clément et Lili, présents en début de semaine, sont sur tous les fronts et nous permettent d’avancer à grandes enjambées. Rapidement, les amarres se retrouvent en terre, la structure est élevée et les barres de culture sont installées. Concrètement, il nous reste à installer les pignons et … à bâcher. On tient le bon bout !

À la semaine prochaine !

2 réponses sur “Deux lignes de petits pois et quatre voies de RCEA”

  1. Bon courage à vous , c est désolant le progrés qui prend le dessus sur les chats d oiseaux ,les camions sur les rails oui il le faudrait ,on transporte trop de choses qui pourraient se trouver prés de chez nous !! amitiés

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