Chercher et se chercher

Semis d’épinards en trois quart face, une technique inventée par Salomé

C’est le propre de chaque nouvelle génération de chercher sa place dans le monde tel qu’il a été construit. De le bousculer, de le contester et de rêver de jours heureux. Mais avoir vingt ou trente ans de nos jours, ça prend un tout autre sens. C’est être plongé·e d’emblée dans un monde en crise, dans lequel tout est à reconstruire, où toutes les problématiques sont urgentes – écologiques, sociales, sociétales, sanitaires -, où on est formé·e par la génération précédente, qui n’a su régler aucun problème mais qui aimerait que ça bouge le moins possible. C’est ainsi qu’on croise aux Grivauds quantité de wwoofeurs et de stagiaires plus ou moins en rupture avec leurs études, des doutes plein la tête, tiraillés entre des injonctions de normalité (finis tes études, valorise tes diplômes, entre dans l’emploi) et l’envie de faire un pas de côté. Faire un pas de côté, ça commence par aller voir ailleurs, par voyager, par aller à la rencontre de ceux·celles qui ont déjà les mains dans le cambouis, en train d’essayer de réparer la planète à petits coups de permaculture, de bonne volonté et de sobriété. Et tant qu’on n’a pas trouvé de réponses face à l’éternelle question «que faire ?» on continue à vadrouiller, à poser ses valises de ferme en ferme, d’éco-lieu en éco-village. Salomé, notre stagiaire-wwoofeuse de la semaine en est à ce stade-là. Des études supérieures de socio, quelques expériences professionnelles à droite à gauche, elle sent que ça ne va pas être facile de se fixer sur un projet qui lui convient. Et elle est loin d’être la première à nous confier cette impression de ne pas avoir encore trouvé de sens à ce début d’existence erratique.

Les parcours de vie sont devenus extrêmement hétérogènes. Tout aussi hétérogènes sont les pratiques et les modes de vie rencontrés au sein du petit monde des maraîchers·ères. Nos petites mains nous racontent cette diversité et Fabrice profite des visites de ferme organisées par la Frab pour ramener aux Grivauds les bonnes idées glanées ici et là. Immanquablement, je pose toujours les mêmes questions. Quel degré de mécanisation ? Quel travail du sol ? Quelle relation à la biodiversité ? Quels objectifs financiers ? Quel volume horaire ? Quel stress au travail ? Chacun se positionne par rapport à ses besoins, ses envies, ses contraintes, ses compétences. Et ça forme une mosaïque d’approches qui font qu’aucune ferme maraîchère ne ressemble aux autres. Au sortir de cette année difficile, aux Grivauds aussi on se cherche un peu. Des problématiques nouvelles ont émergées, comme la saturation en eau des sols de nos serres par temps humide ou la perte de fertilité de certaines zones du champ. Chercher, inventer, réinventer en permanence, il semblerait qu’aucun parcours réellement écologique ne permette le repos. Et c’est tant mieux. Après tout, c’est ça aussi être vivant. Se perdre sans cesse, se retrouver parfois, (se) chercher toujours.

On grignote sur le parc des ânes

Preuve qu’on est mobiles aux Grivauds, on a pris la décision de déplacer certaines des planches de culture vers l’Est, en empiétant sur le parc des ânes. Quatre nouvelles planches vont y être créées pour héberger les courges 2022. Redémarrer sur de la prairie et semer des engrais verts dans nos planches les moins performantes, c’est une de nos réponses à la baisse de performance de la partie Ouest de notre champ. De nombreuses planches seront bâchées avant l’hiver. Car, oui, nous connaissons déjà nos besoins de «planches propres» pour l’année prochaine. On a pris un petit temps devant Qrop [1]notre logiciel de planification libre et gratuit et on a préparé l’assolement pour la saison à venir. Tout est prêt pour redémarrer sur de bonnes bases. Promis, pour l’année prochaine, tout sera fait pour que notre production soit un feu d’artifice de légumes !

À la semaine prochaine !

References

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1 notre logiciel de planification libre et gratuit

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